Nous allons par quelques exemples concrets illustrer notre démarche d’évocation. Mais avant tout, il faut préciser ici la différence que nous plaçons entre évocation et reconstitution. La reconstitution implique que tout, depuis la matière première jusqu’à la technique de réalisation soit strictement correct pour la période et la région. Ceci est évidemment impossible et pour plusieurs raisons. Prenons l’exemple d’un haubert (c’est la cotte de maille mais ce mot inventé au XIX° siècle n’est pas correct). Vous vous procurez du fil en fer et vous fabriquez les anneaux et les rivets puis vous assemblez les pièces (entre 30 000 et 100 000 anneaux). Mais comment ce fer a-t-il été forgé ? Avec quel type de charbon (de terre ou de bois) ? Comment a-t-il été tréfilé ? Comme avez- vous fabriqué vos anneaux et vos rivets… Nous ne savons pas contrôler tout, donc la vraie reconstitution est un idéal que personne n’atteint.
Nos exigences :
Au niveau des matériaux : ils doivent avoir existé à l’époque dans la région, ils doivent être compatibles avec le statut social du personnage reconstitué (il ne serait pas logique qu’un paysan porte des vêtements de soie ou de coton), autant que faire ce peut choisir un matériau préparé avec des techniques proches de celle de l’époque.
Au niveau des objets : ils doivent être authentifiés par au moins deux sources historiques contemporaines du personnage et provenant de sa région (si possible ce ne l’est pas toujours), réalisé avec des techniques les plus proches possible de celle de l’époque quand c’est possible. Ils doivent avoir un « visuel » correct, je m’explique, il est inutile de coudre des vêtements à la main pour que cela se voit, la qualité de couture main des tailleurs médiévaux est telle que l’on croirait voir du cousu machine : inutile alors de faire snob, le plus pratique primera, on aura suffisamment d’occasions de se compliquer la vie pour en ajouter d’autre…
Au niveau du personnage : il doit avoir une histoire plausible, il doit avoir une tenue complète correspondant à son statut.
Exemple d’une analyse d’image ancienne
Cette enluminure provient de « L’Histoire d’Outremer » de Guillaume de Tyr, ce manuscrit est sans doute originaire de Boulogne et date de la seconde moitié du XIII° siècle. On y observe des cavaliers, porteurs de hauberts pourvus de cagoule de maille, ces hauberts ont différentes couleurs, ils ont sur les jambes des protections de maille moulantes allant recouvrir le pied. Un des cavaliers est mitré et est sans doute un Evêque, un autre porte un chapel qui est manifestement peint. Sur les hauberts les cavaliers portent une cotte d’arme ne figurant pas leur blason, par contre le bouclier qui est triangulaire est armorié, les chevaux sont porteur d’une housse armoriée elle aussi, la bannière du cavalier à l’avant plan est plutôt haute que large (l’inverse de nos modernes drapeaux). Les chevaux sont plutôt petits, les jambes des cavaliers plus en avant que de nos jours.
Que peut-on tirer comme conclusions ?
Que pour un chevalier de cette époque du nord ouest de la France on devrait représenter un homme portant un haubert à capuchon et des chausses de maille couvrant le pied. Sur le haubert doit être portée une cotte d’arme sans armoirie, le cheval, petit (limite double poney !) est recouvert d’une housse armoriée, le bouclier de forme classique est peint aux armes de son porteur. La bannière fait au moins trois unités verticales sur une unité horizontale.
Les hauberts existent en différentes couleurs.
Les évêques prennent parQt aux combats.
Encore faut-il que tout ceci soit corroboré par d’autres sources…Dans le cas présent, c’est le cas…Au long des pages nous aurons l’occasion de montrer d’autres exemples, images à l’appui.