L’équitation médiévale souffre du même problème que l’escrime médiévale, les grands maîtres livresques ne sont pas médiévaux. De même que certains semblent penser que l’art de l’escrime a été inventé au XV° siècle par d’illustres Talhoffer et consorts, d’autres sont convaincus que l’art équestre naît au XVI° siècle pour s’épanouir à l’époque classique chez ce bon monsieur de la Guérinière…
Si l’on sait que l’épée est, après la lance, l’arme de base du chevalier médiéval, il serait fort étonnant que ces gens s’en soient servis n’importe comment. Un manuscrit célèbre (I33 Royal Armouries Leeds UK) prouve d’ailleurs qu’au XII° siècle des cours dessinés existaient. Il en va de même pour l’équitation. Il est d’abord totalement impossible que les chevaliers qui passaient le plus clair de leur temps à cheval n’aient pas disposé d’un art équestre propre à leurs besoins, ensuite la terminologie extrêmement fouillée employée pour parler du cheval prouve à l’évidence qu’il existait à ce niveau des connaissances méconnues.
Généralités
D’abord, si une foule de techniques comme l’escrime, l’équitation et la cuisine voit apparaître ses premiers maîtres connus à la fin du moyen age c’est en grande partie du à l’introduction de l’imprimerie qui a permis l’édition d’ouvrages auparavant de diffusion restreinte. Par ailleurs l’imprimerie a sans doute décidé, comme le fait aujourd’hui l’informatique, des auteurs à consigner leur savoir par écrit. En effet, avant l’imprimerie, les manuscrits sont copiés par des moines, ceux-ci ne trouvent pas dignes d’être transcrites certaines connaissances « vulgaires » : escrime et équitation sont assez éloignées des préoccupations monastiques habituelles. Quand bien même ces écrits existeraient-ils, à qui seraient-ils destinés ? La majeure partie du public concerné ne sait pas lire ! Cette connaissance était sans aucun doute orale dans sa plus grande partie.
Le moyen age, on le sait, a été soigneusement dénigré par les historiens antiroyalistes sévissant dès le XVIII° siècle (les philosophes des « lumières »), le terme même de moyen age vient d’eux. Opposer comme le dit Gilles Raab « le monstre en armure aux andalous aériens de la Guérinière » est donc facile et tentant ! Voyez ces méchants seigneurs, non contents de tyranniser leurs paysans, ils brutalisent encore leurs chevaux…
S’il est tout à fait vrai que certaines pièces de harnachement sont impressionnantes par leur dureté (je pense particulièrement aux éperons et à certains mors, voir section « matériel »), il faut se souvenir quand même que les éperons de 25 cm sont destinés à des chevaux couverts sur les flancs par une housse, une couche de paille tressée ou une cotte de maille, sur la tête, un frontal métallique et souvent une housse d’étoffe toutes protections qui rendent évidemment difficile l’usage des aides tel qu’on l’imagine aujourd’hui. Il est toutefois certain que le confort du cheval n’était pas au premier plan : on le protégeait plutôt… En fait le chevalier appliquait à sa monture les mêmes règles (dures) qu’à lui-même sécurité avant confort… On ne peut juger des actes d’une époque avec les opinions d’une autre, ce serait incorrect. Je pense toutefois qu’au moyen age, le chevalier essayait dans la mesure du possible et des mœurs de l’époque de prendre soin de sa monture. Que ces soins ne correspondent pas aux standards actuels, c’est évident !
Rappelons d’ailleurs les histoires de chevaux pleurant leur maître dans diverses chansons de geste.
Le prix d’un cheval de guerre était considérable d’abord car il fallait une monture de grande qualité, ensuite parce que le dressage de cette monture était plus que conséquent et très difficile. Ceci est attesté dans des comptes retrouvés où des dressages sont ainsi « facturés ». Il est difficile de soutenir l’idée d’un chevalier abîmant volontairement un bien aussi précieux qu’un cheval.
En conclusion, le mythe d’une équitation simpliste au moyen age ne saurait tenir face à une analyse sérieuse. Le chevalier ne pouvait pas monter de manière grossière sous peine d’être démonté en pleine bataille ce qui ne devait pas être une très bonne idée, de multiples manœuvres de dressage encore enseignées aujourd’hui en Haute Ecole servaient à coup sûr pour se tirer de situations plus ou moins difficiles… Je pense qu’en regardant les figures encore pratiquées de nos jours on peut très facilement imaginer leur utilité dans une mêlée…