La Monnaie
par Bertrand de Malempré
Le système monétaire français au cours des douzième et treizième siècles
En réalité, il s’agit du système monétaire franc définit à l’époque carolingienne (et qui d’ailleurs subsistera jusqu’aux temps modernes).
La base en est la livre (d’argent, une unité de poids, donc)
Une livre vaut 20 sous
Un sou vaut 12 deniers
A l’époque qui nous occupe, les seules pièces en circulation sont des deniers (jusqu’au milieu du treizième) et on en « taille » au sens strict 240 dans une livre. La livre et le sou sont conservés comme monnaie de compte « fictive ». Ce qui compte n’est pas la valeur nominale mais le poids de métal précieux renfermé dans l’objet pièce.
Pour « simplifier les choses », on frappe également des pièce subsidiaires :
Obole : ½ denier
Picte : ¼ denier
En réalité, avec la désagrégation du pouvoir royal lors de l’agonie de l’empire carolingien, les privilèges régaliens sont perdus par le souverain au profit d’une multitude de seigneurs petits et grands. Il devient privilège seigneurial de battre monnaie. C’est donc le monnayage féodal qui « sévit ».
Problème : unités de poids fantaisistes et multiplicité des ateliers produisant des pièces de mauvaise qualité voire de mauvais aloi (proportion incorrecte des métaux diminuant la valeur réelle de la pièce).
A cette époque apparaît une nouvelle unité de poids : le marc subdivisé en un nombre variable d’onces.
Nous sommes sous le règne des premiers rois capétiens qui jusque Philippe Auguste sont trop peu puissants pour réclamer et obtenir les privilèges régaliens dont la frappe des monnaies.
Il y a toutefois une diminution progressive du nombre des ateliers de monnayage car les grands féodaux laïcs et religieux récupèrent à leur profit la frappe des monnaies dans leurs fiefs en en privant leurs vassaux : on assiste donc à l’apparition d’une monnaie de Normandie, de Champagne et du Domaine Royal (liste non exhaustive). C’est cette monnaie du domaine royal qui va, sous Louis VII, apparaître le denier « Franco » du nom de l’inscription figurant sur la pièce et caractérisant l’atelier d’émission. Ces pièces des premiers capétiens portent leur effigie ou leur monogramme. Elles sont émises au poids théorique de :
1.359 g (donc un denier pèse ce poids et une livre, 240 fois plus soit environ 326 grammes, simple, n’est-il pas ?)
Mais la réalité est un peu plus compliquée car les pièces dont nous disposons pèsent de 0.85g à 1.58g même en faisant la part de l’usure pour les plus légère, il s’agit manifestement de falsification.
Philippe II Auguste rattache le domaine Plantagenêt au domaine royal et la situation change, d’abord le Roi est respecté en tant que vraiment grand seigneur puissant (un des plus puissants du royaume) et riche. Ensuite, il dispose des ateliers de monnayage de ce gigantesque fief riche et prospère. Conscient de l’attachement très relatif à la couronne des Angevins, Tourangeaux et autres Normands (sans parler des Aquitains), le roi ne modifie que peu et très progressivement les structures administratives de l’état plantagenêt (il aurait eut tort de toute façon car ce fief, hormis le Comté de Flandre est le mieux géré de l’époque). En conséquence, le denier Tournois ( c’est à dire de Tours) est équivalent au denier Parisis (à savoir celui de Paris).
Sous Louis IX le rapport est fixé à 4deniers parisis pour 5 deniers tournois. Ce même roi est suffisamment puissant pour entre 1266 et 1270 par une série d’ordonnances rétablir le monopole régalien (attention, il ne faut pas s’imaginer que tout le royaume est concerné, la Flandre et le Midi par exemple de part leur situation frontalière et leur prospérité échappent partiellement à la monnaie royale qui y est présente mais pas seule).
Ces ordonnances :
Matérialisent le Sou (absent depuis presque quatre cents ans) sous les espèces d’une pièce d’argent nommée "gros tournois".
Restaurent la frappe de l’Or avec l’émission de l’écu (qui porte ce nom car un bouclier = écu figure sur la pièce).
A ce moment :
On frappe des pièces d’argent
Denier (dont l’apparence change peu) toujours au titre cité précédemment mais en le respectant plus (semble-t-il).
Gros tournoi de 4.2g d’argent (qui connaît un succès international immédiat)
On frappe des pièces d’or
Ecu valant dix sous en or fin à 24 carats (qui connaît une frappe moindre et un succès limité)
Ces pièces sont imposées par le roi comme moyen de payement que nul ne peut refuser.
L’objet pièce ne porte toujours aucune valeur nominale (on se demande bien d’ailleurs qui, en dehors des clercs et des commerçants, aurait pu lire ladite valeur nominale). Ce système toutefois permet au roi:
De changer le valeur nominale par édit (« dès demain, l’écu vaudra cinq sous » dévaluation de moitié et économie d’autant pour notre bon sire…)
De changer la valeur réelle par modification annoncée au non du poids ou de l’aloi…
En réalité, jusque en 1290, ces monnaies se maintiennent. Mais en cette fin du treizième siècle, la hausse du prix de l’or et de l’argent casse cette stabilité (sous le règne de Philippe IV le Bel). Ainsi, le marc d’argent vaut 54 sous tournois en 1266 en vaut 58 en 1289, 61 en 1295 et 85 en 1299 ce qui est tout de même une hausse de 67,75%, la hausse de l’or est elle évaluée de la même manière à 73,03%.
Donc, en 1290, est émises une nouvelle pièce valant toujours 10 Sous mais ne pesant plus que 3,547g c’est le Royal Assis en mai 1301 et 37 sous et 6 deniers en novembre tandis que le Royal Assis court lui à 20 sous tournois au moi de mai de cette même année 1301.
En 1303 est frappé un nouveau Gros dont l’aloi est abaissé d’un quart et le cours fixé à 24 deniers tournois, l’ancien gros monte alors jusqu’à 39 deniers tournois.
C’est dans la période qui suit immédiatement cette tempête économique que le Roi fait main basse de la manière que l’on sait sur la plus grande partie des trésors de l’ordre du Temple (quoi qu’en pensent les romantiques), c’est en effet en 1307 que Jacques de Molay est arrêté avec tous les chevaliers et frères de l’ordre pendant que le trésor du Temple de Paris est saisi par les archer du Roi. On sait comment en 1314 après procès truqué, accusés d’hérésie, les principaux Templiers de Paris furent brûlés vifs sur l’îlot des Juifs (pas très loin du Louvre). Il paraît que le Grand Maître cita à comparaître au tribunal divin le Roi et le Pape avant la fin de l’année. Il est vrai que ces deux derniers trépassèrent en 1314…