Thrall discutait avec son chef d’état-major :
« Donc, j’ai décidé d’envoyer une proposition de paix au Chef de l’Alliance »
Le général, un orc massif et bourru nommé Gromtall eut l’air perplexe : « Pourquoi faire ? »
« Vous ne trouveriez pas agréable de pouvoir traverser les Tarides pour aller à Mulgore par exemple sans vous faire attaquer de toutes parts ? Vous ne pensez pas que nos bûcherons travailleraient plus sereinement si nous trouvions un terrain d’entente avec les Elfes de la Nuit ? Et puis, reprit le Chef de Guerre en contemplant la Salle du Trône d’où on évacuait les cadavres d’Elfes, de Nains d’Humains et de Draenei restes du huitième raid allianceux de la journée, et puis je voudrais passer une journée, rien qu’une, sans raid, rien que pour voir »
« Vous allez vous ennuyer ! »
Un regard noir le coupa net dans son analyse de la psychologie des Chefs de Guerre en général et de Thrall en particulier.
« Il me faut, en conséquence, un messager qui portera la lettre au Chef de l’Alliance, ,tu vas me trouver ça ! »
« Ca va, je vais demander à un ptit gars de chez nous »
Le Chef de Guerre leva les yeux au ciel puis considéra le Général avec l’air qu’il aurait pris pour regarder une bouse de kodo : « NON ! Les Gardes de l’Alliance l’attaqueront à vue avec la tension actuelle, pas d’incident diplomatique surtout. »
« Un Troll ? Mais à nouveau Thrall fit la moue : non, trop indiscipliné, alors pas non plus un Elfe de Sang parce que s’il croise un Darnassien… »
« Mais alors cela ne vous laisse que les Taurens ou les Réprouvés »
« Non pas un réprouvé, ça serait mal perçu par les humains quant aux Taurens, je pense pas que leur fichu sens de l’honneur leur permettent d’être de bons diplomates ! Et de toute façon ça ne règle pas la question des Gardes qui seront agressifs envers tout membre de la Horde ».
Le Général eut un sourire lumineux : « Oooooh je sais : un Gobelin »
« Hors de question, trop cher et en plus ils n’ont aucun intérêt à nous voir faire la paix : leur commerce en souffrirait . Mais j’ai une idée : faites un prisonnier et envoyez-le avec ma lettre ! »
Le Général eut un air pensif « Oui ! Mais, on fait comment ? »
« On fait comment pour quoi ? »
« Pour faire un prisonnier ! »
Le rugissement de Thrall fit vibrer les lames des haches des gardes : « Espèce de sinistre abruti, on y va à 15, on l’encercle et on lui demande poliment – j’insiste : poliment- de venir jusqu’ici et laissez-moi faire le reste ! »
L’officier orc ouvrit de grands yeux car il ne comprenait pas comment on faisait pour être poli avec un ennemi, surtout quand, comme lui, on ne parlait que l’orc avec un accent paysan en plus ! Secouant la tête il sorti très ennuyé de la salle d’audience en se demandant à qui il allait bien pouvoir passer la corvée. Ses réflexions le menèrent jusqu’à l’entrée d’Orgrimmar (militaire orc, il réfléchissait lentement).
C’est à ce moment qu’une violente odeur frappa ses narines : un sanglier venait de lui déféquer sur les chaussures.
« Viens Kikoo, fit une voix jeune, le chasseur, dont le sanglier était le familier, leva les yeux sur le général courroucé et devint vert laitue (il pâlit fortement).
« Je suis désolé monsieur »
Le grondement sourd qui s’échappait de la poitrine de l’officier ajouta quelques points au stress du jeune orc.
« Mais non Kikoo, sage, je ne suis pas menacé ! Il ne manquerait plus qu’il l’attaque, songea le chasseur »
« Content de vous rencontrer… »Dit le Général avec un sourire féroce, « Vous êtes… »
« Kéran, chasseur Kéran, monsieur ; »
« C’est cela Kéran…Bien, espèce de raclure, pour vous récompenser de votre haut fait j’ai une mission pour vous ! »
Le jeune orc se redressa : « Elle sera remplie monsieur ! »
« Vous allez rassembler quelques amis aussi expérimentés que vous – tiens à ce sujet, vous êtes sorti quand de la Vallée des Epreuves ? »
« Hier, monsieur ! »
« Hier, héhé, vous gagnerez les Tarides et vous ferez prisonnier un membre de l’Alliance. »
« Je vous demande pardon ? »
« Vous ferez un prisonnier, n’importe lequel tant qu’il est de l’Alliance, et vous l’amènerez au Chef de Guerre. »
« Au Seigneur Thrall ? »
« Vous en connaissez un autre ? »
« Non, non Général .
Celui-ci tourna les talons en se disant que Thrall aurait tout le temps de changer d’idée sur le temps que ce jeunôt répande ses os dans les Tarides. « Je me demande qui va l’avoir lui et son cochon poilu pensa-t- il »
Le lendemain matin, le soleil levant teintait Orgrimmar de lueurs roses quand les Gardes de l’entrée virent, stupéfaits, cinq jeunes orcs, trois trolls et un tauren entourant une jeune femme humaine porteuse d’un bâton luminescent s’approcher de la porte de la ville.
« C’est notre prisonnière, dit le chef du groupe, aux Grunts, nous devons l’amener au Chef de Guerre. »
« Ah ? Ah ! Bon ! (un grunt ne brille pas par sa conversation)
« C’est le général Gromtall qui nous l’a ordonné »
« Ooooh (par contre son respect de la hiérarchie est certain), alors entrez ! »
Le groupe entra attirant les regards des citadins les plus matinaux. Les orcs ne sont pas réputés expansifs mais ce cercle de presque gamins entourant une humaine avait de quoi surprendre.
« C’est votre déjeuner, lança un marchand ? »
« Je préfère être le leur que le tien, gros lard ! »
Ca c’était l’humaine qui, loin d’être impressionnée de se trouver seule humaine au cœur de la Capitale de la Horde, venait de remettre en place le lourdau.
Le tauren pouffa en lançant un regard au marchand qui compris que même jeune et inexpérimenté un Tauren gagnait à n’être pas en colère.
Au Fort Grommash, la réaction des Gardes fut la même :
« Qui vous êtes ? Et qui c’est ça ? »
« Nous avons l’ordre de ramener un prisonnier au Chef de Guerre »
« Et alors ? »
« Et bien, fit le chasseur qui trouvait cela évident, c’est elle ! »
Le garde commença à rire…Thrall allait bien s’amuser…
« Bon, entrez, le chef est là bas au fond ! »
Lorsque le groupe entra dans la salle du trône, Thrall eut un haut le corps ! Qu’est-ce que c’était encore que ces gugusses. »
« Vous venez pourquoi, dit-il d’un ton à geler les Steppes Ardentes ? »
« Le général Gromtall m’a chargé de vous amener une prisonnière de l’Alliance ! »
Thrall passa lentement la main sur son visage, Gromtall allait l’entendre…
« C’est cette dame, je suppose ? »
Le chasseur fit un signe affirmatif et ajouta : « Je crois qu’elle est mage ! »
« Ah tiens, pourquoi dites-vous cela, ironisa le Chef de Guerre ? »
« On s’en est douté quand elle l’a changé en mouton, il désigna le tauren »
Thrall regarda le guerrier en souriant, il commençait à trouver ça très drôle.
« Il va mieux maintenant, poursuivi le chasseur »
« J’avais vu, dit simplement Thrall ! »
« Une simple question, dit le Chef de Guerre, quand vous faites un prisonnier, vous ne penseriez pas à le désarmer ? »
« Le désarmer ? »
« Oui, ce qu’elle a dans le dos, c’est un bâton et à la ceinture c’est une baguette, poursuivit Thrall avec une louable patience, entre les mains d’un mage, ce pourraient être des armes mortelles, ne pensez-vous pas ? »
L’ensemble du groupe (sauf l’humaine qui semblait, elle, se retenir de rire) eut l’air très gêné.
« Passons, fit Thrall, vous ferez votre expérience ! Quoi qu’il en soit vous méritez récompense, passez à l’armurerie et on vous trouvera bien quelque chose ! »
« Euh, chef ? »
« Oui, chasseur ? »
« Vous n’allez pas lui faire de mal ? »
Thrall le regarda étonné. « Non, bien sur que non, pourquoi ? »
« C’est qu’elle est gentille, elle a invoqué de la nourriture pour tout le monde et de l’eau aussi, elle n’était pas obligée…Alors voilà… »
Le Chef de Guerre lança un regard intéressé à la magicienne qui lui répondit par un éblouissant sourire.
« Ne vous inquiétez pas pour elle, aller circulez maintenant. »
Thrall regarda le groupe de grands gamins quitter la salle, fiers comme s’il leur avait offert un commandement puis il reporta son attention sur la mage qui attendait sagement qu’on décide de son sort.
« Bonjour, dit-il en langage commun »
« Lok’thar Chef de Guerre, répondit-elle dans un Orc parfait et sans accent. »
Thrall fut surpris qu’une jeune humaine parle si bien sa langue mais il choisi de ne pas monter sa surprise.
« Bien, comment vous nommez-vous, jeune dame ? »
« Xihiis Fleur de Glace , mage. »
« Maintenant que les présentations sont faites, auriez-vous l’obligeance de m’expliquer pourquoi vous avez suivi cette sympathique bande da gamins ? »
Le jeune humaine sourit largement : »Ils me l’ont demandé si poliment que je n’ai pu refuser ! »
Thrall haussa les sourcils en pensant que ses ordres avaient sans doute rarement été aussi bien suivis.
Il examina la jeune fille : elle était blonde et avait un visage doux, un peu naïf jusqu’au moment ou on croisait son regard noisette qui pétillait d’un humour contenu et d’une conscience aiguë des réalités du moment. Elle était vêtue d’un gilet sans manche bleu, très court, qui montrait généreusement son abdomen orné d’un piercing azur, elle était jambes nues portant des braies courtes s’arrêtant sous le genou.
«Elle semble plus habillée pour une fête que pour la bataille, se dit Thrall, qui se dit au même instant que cette dame était somme toute charmante, pour une humaine. »
Son bâton portait une gemme rougeâtre autour de laquelle orbitaient d’autres gemmes de mêmes teinte mais plus petites.
« Et que faisiez-vous dans les Tarides, Jeune Dame Xihiis ? »
« En fait j’étais avec une amie et nous avions décidé de profiter du climat avenant avant de nouvelles aventures en Outreterre. »
Il fallu un instant a Thrall pour admettre ce qu’il venait d’entendre : ainsi des humains venaient se reposer dans les Tarides ?
« Assez rit, fit-il d’un ton plus dur, que faisiez-vous là ? »
« Je viens de vous le dire, le ton de la jeune fille était devenu plus froid lui aussi et des cristaux de givre dansèrent autour de ses mains »
« C’est cela ! Donc non seulement vous venez vous reposer en territoire ennemi, mais, non contente de ça, vous vous laissez faire prisonnière par la pire bande de naab que j’ai vu depuis la fin de la guerre ! »
« La pire bande de …quoi ? »
« C’est de l’orc ancien, ça veut dire débutant, expliqua Thrall distraitement »
« Ah ? Tiens c’est curieux en dialecte de Hurlevent nous disons « noob » c’est amusant ! »
Le Chef de Guerre fit un effort pour revenir au sujet présent.
« Arrêtez de vous payer ma tête, voulez-vous ? Je n’en n’ai pas le temps et je pourrais m’énerver ! Vous savez aussi bien que moi que vous auriez pu tuer ces gamins avec la moitié d’une incantation ! Alors POURQUOI les avoir suivi, je veux une vraie réponse ! »
Le visage de la magicienne devint malicieux : »Voilà bien les males ! On leur dit la simple vérité, ça ne leur convient pas. Mais je vous le redis, ils m’ont demandé très gentiment des les accompagner à Orgrimmar pour vous rencontrer et touchée, d’une part par leur politesse et d’autre part par la curiosité j’ai accepté ».
« Curiosité ? »
« De connaître votre ville et de vous rencontrer vous ! »
Le Chef orc regarda son interlocutrice avec attention mais il ne put déceler aucune moquerie, a priori elle disait la vérité !
« Bien, bien et vous n’avez pas eu peur ? »
« Et bien au début j’en ai moutonné un pour leur faire comprendre qui j’étais mais comme vous le savez sans doute ce sort n’est pas agressif et tout s’est donc bien passé ! Ensuite, ici, sous la sauvegarde de votre parole je n’ai aucune raison d’avoir peur ! »
Thrall pensa soudain que si tous les mages humains étaient comme cette jeune fille certaines choses seraient différentes sur Azeroth, en outre la dernière remarque était plutôt flatteuse.
« Vous ne semblez pas prendre la situation au sérieux… »
« Non, seigneur, car si je le veux je serai à Stormwind, Darnassus, Shattrath ou Ironforge en une fraction de seconde et nul, pas même vous, ne pourrez m’en empêcher., et d’autre part la vie est tellement courte et fragile qu’il serait bien malavisé d’y attacher beaucoup d’importance. Du moins tant qu’il s’agit de la mienne, pour celle des autres, là, je prends des risques et je la considère comme affaire sérieuse: tout le monde n’ayant pas à être de mon avis ! »
Le maître des Chamanes qui passait près d’eux se pencha à l’oreille de Thrall « Elle est sage et belle seigneur, c’est une bien dangereuse combinaison…Mais ce qu’elle dit est intéressant . De plus ce n’est pas une magicienne arcanique, elle sert un élément. Je le sens et vous aussi sans doute.»
Thrall se redressa : »Vous êtes une mage du givre, n’est-ce pas ? »
« Absolument! Elle eut un sourire narquois, mais je ne suis glacée qu’en magie… »
«Puis-je faire confiance à cette gamine ? se demanda Thrall, Est–elle assez…Sérieuse pour lui faire confiance ? De toute façon, ai-je bien le choix ? »
A ce moment une jeune orque entre dans la salle, elle jeta un regard sur la magicienne et ses yeux étincelèrent.
« Thrall ! »
Celui-ci regarda l’arrivante : « Oui ma Dame »
« QUI est cette fille ? »
« Une prisonnière humaine, que… »
« Tu avais besoin de la déshabiller pour l’interroger sans doute ? »
La magicienne éclata de rire.
« Non, il ne m’a pas déshabillée mais c’est une tenue très en vogue en Outreterre ! »
L’orque émit un grognement de doute.
« Pourquoi êtes-vous ici ? »
« Je ne sais pas, j’attends qu’il me le dise, répondit l’humaine en désignant Thrall »
«Le Chef inconstesté de la Horde s’empressa d’exposer ses vues aux deux dames : « Je souhaite envoyer un émissaire au chef de l’Alliance pour faire une proposition de paix durable, seulement si j’envoie un membre de la Horde, il va se faire attaquer par les gardes avant même d’avoir pu expliquer la nature de sa mission. »
Les deux femmes se regardèrent.
« Et bien, fit l’humaine, je dois dire que c’est plutôt une bonne idée, il serait temps d’unir nos forces contre la légion et le reste des abominations qui peuplent ce monde et l’Outreterre d’ailleurs. »
«Vous voyez! Donc voici un courrier pour Dame Jaina et je souhaiterais que vous lui remettiez. Ensuite, vous pourriez venir me donner des nouvelles de votre mission. En quelque sorte, je vous nomme ambassadrice extraordinaire. »
La jeune femme regarda Thrall d’un air sérieux qui contrastait avec sa légèreté précédente. « Me voilà flattée, Seigneur ».
Thrall eut un sourire carnassier: ce n'était pas le but, croyez-le bien: je me sers de vous voilà tout!".
L'humaine le regarda d'un air très amusé: "Mais nous sommes tous les outils de quelque chose qui nous dépasse, Seigneur, être votre outil ne saurait être offensant!"
La jeune orque eclata de rire:"Elle t'a bien eu, je commence à l'adorer!"
Le Chef de Guerre se dit que si l'humaine et sa compagne s'entendaient bien il avait intérêt à envoyer l'une au loin rapidement s'il tenait à rester, lui, le maître d'Orgrimmar! "D'ici à ce qu'elles s'invitent à manger à la taverne...pensa-t-il encore..."
"De tout façon, reprit la jeune orque, tu ne vas pas l'envoyer si loin sans la laisser se restaurer, que va-t- elle penser de Toi?"
"Et voilà, qu'est-ce que j'avais dit, poursuivit Thrall en pensée, je le savais! J'aurais du être devin!"
"Bon, dit-il tout haut, jamais je n'avais eu l'intention de la renvoyer comme ça, mais je te signale tout de même que comme mage, le problème de nourriture ne se pose pas vraiment. Toutefois, dit-il prudemment après avoir vu le regard peu amène de sa compagne, je l'invite à notre table, bien entendu."
Mais les deux jeunes femmes eurent un même signe de tête négatif:"Non, non, dit l'orque, nous allons manger à deux, parler de trucs de filles, cela ne saurait t'intéresser"
"Des trucs de filles, fit Thrall dubitatif..."
"Tu envoies une charmante jeune femme comme émissaire à une femme charmante et jeune et tu trouves que nous n'avons rien à nous dire...entre filles? Que sais-tu de ce que je peux avoir à faire dire à Dame Jaina?"
L'humaine, morte de rire, dissimulait assez mal son amusement."Si les orcs commencent à avoir de l'humour, on pourra peut-être sortir quelque chose de sympathique de la Horde!".
Quelques jours plus tard, la jeune fille, accompagnée de son amie, une démoniste vêtue sensiblement de la même façon approchait du macréacge d'Aprefange. Toutes deux en grande conversation animée sur un sujet qui lassait le malheureux marcheur du vide obligé de suivre une conversation sur la mode.
"Enfin Xihiis, on va traverser un marécage, plein de moustiques et d'autres bestioles infectes, magie ou pas, enchantement ou pas, en se promenant en petite culotte comme nous le faisons on va être complétement bouffées."
"Oui mais si tu mets régulièrement ta peau de démon (bref si tu y penses et que tu ne fais pas comme d'habitude), je leur souhaite du plaisir aux moustiques, moi pareil avec l'armure de glace et tout le monde est content"
"Pas moi, se dit le marcheur du vide, qui risqua un "Je n'aime pas cet endroit", sonore".
Malgré la puissante voix caverneuse les deux femmes continuaient à discuter l'aspect esthétique de leur tenue.
"Et moi je te dis que le Nain de la Halte du Fracas qui nous a donné ces braies est un vieux pervers qui aime voir les filles se balader en slip!"
"Ca peut-être, maintenant, pense un truc, ça fait 20 ans qu'ils sont en Outreterre, les Naines, déjà que ça ne court pas les rues, que c'est moche et poilu, il a peut-être plus vu de filles depuis des lustres c'est surement pour ça!"
"Oui mais!"
"Quand on se balade partout avec une Succube on ne joue pas ses mijaurées d'abord!"
Le démon qui ne pouvait pas supporter les succubes ne put s'empêcher d'émettre ce qui pour lui était un rire.
"Oh ça va toi, fit la démoniste sans même le regarder!"
"Bon on a mis une semaine pour traverser les Tarides, dit la magicienne, j'imagine qu'on va mettre à peu près la même chose pour traverser Aprefange, tu ne crois pas?"
Sa compagne fit la moue:"Mouis, peut-être, mais c'est agité par là, enfin, on verra bien!"
L'étendue brumeuse du marécage glauque s'ouvrait devant elles. Des bourdonnements d'insectes divers fusaient de partout et l'odeur de la vase était tellement présente qu'on l'aurait presque dite solide. Après l'atmosphère sèche et le vent continuel des Tarides, l'air avait ici une immobilité humide et lourde qui ne tentait vraiment que les gens obligés de passer par là. Et, même ceux-là préféraient la plupart du temps courir le long de la route vers Theramore plutôt que de s'infiltrer dans le dédale de lagunes, de bourbiers et de forêt qui cernait la route défoncée vestige d'un autre temps.
Pourtant les deux femmes connaissaient bien cette jungle, leur formation les y avait en effet amenées plusieurs fois.
"On pourrait couper au court et traverser la lagune à la nage, dit la démoniste."
"Hum...On pourrait..."
Elles se regardèrent. Aucune d'entre elles ne souhaitait vraiment que l'on choisisse cette solution.
"Ce serait plus court mais je pense qu'il vaut mieux remonter par la route, dit Xihiis, si on arrive par la bande, on va croire que nous avons quelque chose à cacher."
"Et ce n'est pas le cas, demanda la démoniste en souriant?"
"Que veux-tu dire?"
"Simplement ceci: tu ne m'as jamais dit ce que tu as fait pendant tes trois jours d'absence..."
Xihiis eut l'air ennuyée...
"Non, mais je vais le faire bientôt, je te le promets!".
"J'ai faim"
Ca c'était le marcheur du vide qui se rappelait à leur bon souvenir.
« On ne va quand même pas attaquer quelqu’un rien que pour te donner à manger tout de même ! »
L’expression du démon montrait que cette éventualité ne le gênait pas du tout.
« Ce sont les chasseurs qui nourrissent leurs familiers pas les démonistes et tu le sais très bien, Grak’kath ! »
« Yaëlly, je pense qu’on devrait y aller avant que la nuit ne tombe. »
Les deux femmes et le démon s’engagèrent sous les premiers arbres qui ombrageaient la route
Le soir dans le marais. Des cris, des grincements, des coassements et une obscurité totale. Ou presque. Un feu de camp brille et autour de lui une bonne odeur de viande grillée, de roulés à la cannelle ainsi que deux humaines et un démon.
« Voilà, je vais t’expliquer ce qui m’est arrivé pendant ces trois jours ».
La jeune démoniste eut un sourire radieux : »Je t’écoute »
« Bien lorsque tu es parties pour ton rituel d’invocation à Ratchet, j’ai décidé de profiter du soleil et je me suis assise dans la savane, je ne risquais pas grand-chose comme tu sais. Et j’ai vu arriver une bande de jeunes (très jeunes) hordeux qui ont tenté la plus maladroite des manœuvres d’encerclement que j’ai vue. »
« Encercler un mage ? Mais c’est idiot tu peux te libérer instantanément ; »
« Absolument, Yaëlly ! Ils en étaient touchants de naïveté. Alors je les ai laissé faire puis j’ai moutonné un Tauren, histoire qu’ils comprennent que je n’étais pas sans défense. Mais le plus comique c’est que le « chef » m’a alors parlé en orc (heureusement que je le parle, soit dit en passant) et il m’a dit comme ça : Madame, seriez-vous assez gentille que pour nous accompagner à Orgrimmar nous devons ramener un membre de l’Alliance pour qu’il parle avec le Chef de Guerre Thrall ! et il a ajouté, s’il vous plait »
« NON ! »
La démoniste avait presque crié et même le marcheur du vide marqua une certaine surprise.
« Si ! »
« Il a dit s’il vous plait ? »
« Oui c’est drôle non ? »
« Oui plutôt. Et alors ? Tu as fait quoi ?»
« Alors j’ai été avec eux voir Thrall qui m’a remis une lettre pour Jaina Portvaillant : il veut faire la paix… »
La jeune démoniste inspira profondément. Puis demanda d’une voix langoureuse : » Il est comment ? »
« Hein ? Qui ça ? »
« Yaëlly soupira : « Thrall, bien sur ! »
Xihiis se mit à rire : « Il est vert ! »
« Oh c’est drôle tiens ça remarque ça me plait, c’est couleur la démoniaque il paraît. Mais physiquement ?»
« Grand, baraqué, il a des crocs comme tous les orcs et sur le plan non physique, il est plutôt calme, d’esprit ouvert et il a une compagne. Très charismatique mais ça tout le monde s’en doute ! »
« Une compagne ? Mais personne ne le sait ça ! Elle est jolie ? »
« Aucun doute là-dessus, elle est même très belle pour une orque, bien sur. Et en plus elle aussi est intelligente, on a discuté ensemble un bon moment. ».
« Vous vous êtes dit quoi ? »
« Oh ben des trucs entre femmes, elle voudrait que je dise un mot à Dame Jaina et que je lui ramène de l’argile verte d’Aprefange. »
Yaëlly eut l’air perplexe.
« Pourquoi de l’argile verte ? »
« Et bien nous nous utilisons de la terre du soleil de Ratchet comme fond de teint mais elle préfère l’argile verte d’Aprefange, question de couleur de peau bien sur. »
« Et le mot à Jaina ? »
« Elle voudrait la rencontrer et établir des rapports plus proches entre Orgrimmar et Theramore, elle souhaiterait que Theramore devienne plus neutre pour pouvoir y venir de temps à autres ! »
Soudain un bruit derrière elles les fit se dresser mais déjà le démon avait attaqué un humain dépenaillé.
« Ne le tue pas »
« Xihiis lança une Nova de Givre qui immobilisa l’homme. »
« Si vous avez froid, venez auprès du feu, lança la démoniste ! »
Penaud mais fermement maintenu dans les bras du démon, l’homme les regardait avec morgue.
« Qui êtes-vous ? »
« Je ne répond pas aux traîtres ! »
Les deux femmes se regardèrent puis la magicienne reprit : »Donc vous parlez avec l’accent de Lordaeron, vous avez l’air relativement âgé et agressif. »
« Et alors ? »
Xihiis eut un sourire aussi glacé que ses sorts : « Alors ?, Je parie que vous faites partie de ces gens qui cherchez à provoquer des troubles à Theramore, il suffit de passer sur le port pour en voir. Je parierais gros que vous avez navigué avec l’Amiral Proudmoore. »
Yaëlly était déjà convaincue que sa compagne avait raison, elle enchaîna : donc nous sommes les traîtres, hein ? Et vous alors ! »
« Moi ? Je suis mort, dit l’homme, il fit un mouvement de mâchoire, on entendit un craquement, une odeur de gangrelette flotta et l’homme s’affaissa, inerte. »
« Il s’est empoisonné…Tu peux le lâcher Grak’kath. »
Le démon regarda sa maîtresse qui opina.
« Fouillons-le on ne sait jamais. »
Mais les vêtements de l’inconnu ne contenait rien de particulier, la seule chose qu’elles trouvèrent fut un tatouage noir en forme d’aile de dragon sur la poitrine.
Le démon alla jeter le corps dans le marais où les crococilisques lui firent un sort audible du campement.
« Ce ne sera peut être pas aussi simple que ça à remplir cette mission, dit Xihiis »
« En effet. »
Le marcheur du vide attira l’attention de sa maîtresse en toussant.
« Oui ? Que veux-tu ? »
« Maîtresse, ce tatouage, vous savez ce que c’est ? »
Les deux femmes se regardèrent étonnées, c’était rare que le démon prenne la peine de les informer.
« Non, aucune idée. »
« Ce sont ceux des Sectateurs du Vol Noir, les serviteurs de l’Aspect de Dragon perverti il y a bien longtemps .»
Elles échangèrent un regard sombre, les dragons du vol noir étaient parmi les plus redoutables créatures du monde et leur pourvoir maléfique s’était insinué jusque dans les sphères du pouvoir humain, nul n’ignorait chez les aventuriers d’une certaine expérience le rôle joué par l’avatar humanoïde d’Onyxia dans la perversion du pouvoir de Stormwind. N’évoquait-on pas la responsabilité de la faction draconnique dans la disparition mystérieuse du roi lors d’un voyage, précisément vers Theramore ?
« Ce qui me gène, dit Xihiis, ce n’est pas qu’ils s’opposent à la paix mais c’est qu’ils sachent qui nous sommes et pourquoi nous sommes là, cela implique une trahison à Orgrimmar ! »
Yaëlly secoua la tête : « Pas nécessairement, il pouvait être là par hasard, tu n’es pas sans savoir qu’ils traînent dans la région et il peut nous avoir entendu parler et décider d’arrêter notre mission de son propre chef. C’est peu probable mais pas impossible »
« Il faudra en parler en tout cas ! »
« A Jaina ? »
« Et à Thrall aussi, il sera très intéressé je pense. »
Le voyage vers Theramore se déroula ensuite sans grand problème, elles ne furent toutefois pas sans constater une tension et une lassitude chez les gardes des différents postes jalonnant la route.
Theramore ! Ville de l’Alliance collée au flanc de la Horde ne survit réellement que par la générosité de Thrall et par la richesse de ses échanges commerciaux avec Azeroth. Lieu de passage obligé pour qui ne souhaite pas avoir affaire aux Gobelins de Ratchet et Booty Bay. C’est aussi l’endroit du monde où l’on trouve les meilleurs marins. Héritiers des traditions navales de Lordaeron, on trouve encore dans ses habitants de nombreux membres de la flotte de Proudmoore, ceux en tout cas qui ont accepté de coexister avec la Horde. C’est la ville aussi que dirige la fille de l’Amiral défunt, en association avec des seigneurs nains. C’est un assemblage bigarré de toutes les races de l’alliance, des humains surtout, certes, mais des nains, des Elfes, des Draeneis en grand nombre. Les commerces sont actifs, il y a une auberge où marins et aventuriers coexistent dans une paix apparente. Sur les quais, l’agitation est permanente, et on trouve un assemblage de personnages glauques dont les buts sont parfois à peine avouables…
C’est dans cette foule colorées que se trouvent les deux jeunes femmes et le marcheur du vide se hâtant vers le donjon.
« Mademoiselle, fait une voix suave, votre étiquette dépasse, dessus… »
« Il est marqué fabriqué au Paradis, je sais ! répond la magicienne sans se retourner, vous savez, sire Pamal, euh Paladin, ça ne marchait déjà pas à Comté du Nord, ça ne va pas marcher maintenant. »
« Dommage, fit la voix, avant de se perdre dans le brouhaha. »
« Tu ne crois pas que ces Pamalins auraient tout intérêt à revoir leur système de drague, dit la démoniste en souriant d’un air narquois »
« Oh ça va ! Je te jure bien que me faire draguer par un adorateur de la lumière assez ennuyeux pour endormir ses ennemis plutôt que de les combattre ça ne fait pas partie de mes fantasmes ! »
« Tu vois j’aime assez que la présence des démons m’évite ce genre de voisinage ! »
Le regard qu’elle reçu en réponse était sombre et coléreux elle jugea donc à propos de laisser le sujet où il en était, quitte à le reprendre plus tard.
Le donjon de Theramore ouvre sa grande porte vers les profondeurs ombreuses de ses entrailles. D’architecture banale, il ne brille en fait que pas sa situation géographique générale et aussi, voire surtout ou seulement par la personne qui en est l’âme : Jaina Proudmoore. Est-il besoin de présenter cette femme d’exception ? Talentueuse étudiante des mages de Dalaran, elle réussit à enflammer sans le vouloir le cœur de deux des plus grnads seigneurs de l’Alliance de son époque : Kael’thas, le prince des Hautes Elfes et Arthas Menethil héritier de Lordaeron. Mais Jaina ne souhaitait pas cette vie de femme là ! Elle se consacrait entièrement aux études. Ses deux soupirants évincés devinrent ce que l’on sait. Jaina, en charge de commandement des armées alliées en Kalimdor comprit ce que Médivh lui disait et négocia avec Thrall une trêve pour abattre la Légion Ardente. On sait aussi comment elle n’hésita pas à sacrifier son père dément à la paix et à l’intérêt supérieur du monde. C’est vers cette prodigieuse femme d’état que Xihiis et Yaëlly se dirigeaient. Depuis l’épisode tragique de la flotte amirale, Jaina tient de main ferme la ville de Theramore avec l’aide de ses alliés Nains, et, il faut bien le reconnaître la bienveillance de Thrall, bienveillance qui a fait dire que le Grand Chef Orc s’est lui aussi laissé séduire par le charme de la vaillante Dame.
Quoi qu’il en soit, l’existence de Theramore est une aubaine pour les membres de l’Alliance qui disposent là d’un port sur la face orientale de Kalimdor, continent auquel ils n’auraient sinon l’accès que par Sombrivage qui est au diable vauvert.
Tout cela la magicienne et la démoniste le savaient fort bien. Elles n’ignoraient pas non plus les difficultés qu’on pouvait éprouver à rencontrer Dame Proudmoore.
Dans l’antichambre un garde Nain, têtu comme savent l’être ceux de sa race refusait d’écouter les deux femmes.
« Tout le monde veut voir la Dame de Theramore ! Avec ou sans bonne raison ! Mon travail c’est d’empêcher qu’on la dérange pour rien. Non vous ne lui parlerez pas sans me dire pourquoi vous voulez lui parler. »
« Mais c’est confidentiel, maître Nain, expliqua la magicienne avec patience . »
Le nain secoua la tête ce qui agita sa barbe et répandit dans l’air une forte odeur de bière aigre.
« Pour tous ceux-là, ils désignait derrière elles une foule de solliciteurs, pour tous ceux-là, c’est important et hautement confidentiel ! »
Elles se lancèrent un regard, il n’était pas question de discuter de ça en public !
« Et pour faire parvenir un pli à Dame Jaina, seriez-vous d’accord ? »
Le cerbère eut un reniflement de dégoût : « Une lettre ? Allons bon voilà autre chose. Cela reste possible, mais je ne répond pas du résultat. La Dame est très occupée. »
Xihiis lui lança un regard ennuyé puis elle porta la main à son ventre et détacha son piercing azuré, elle y joignit un morceau de parchemin roulé.
« Voilà, remettez ceci à Dame Proudmoore, j’insiste sur l’importance de lui remettre l’intégralité de ce que je vous remet, car je tiens beaucoup à ce bijou – l’éclaire de convoitise qui avait brillé dans les yeux du garde à la vue de la pierre précieuse n’avait pas échapper à la magicienne. »
Le guerrier se redressa, failli dire quelque chose mais un regard sur les deux femmes le dissuada de toute idée agressive.
« C’était quoi, ça ? demanda la démoniste, tu ne m’avais jamais rien dit au sujet de ce bijou. »
Un sourire malicieux illumina le visage de son amie : « Non en effet ! »
Yaëlly comprit à l’instant qu’elle ne saurait rien de plus si son amie ne le souhaitait pas vraiment. « D’ailleurs admit-elle en son fort intérieur : cela n’a que peu d’importance »
Mais le regard de Xihiis s’était perdu dans le lointain : « Tu vois il me vient de ma mère qui étudiait à Dalaran sensiblement à l’époque où Jaina le faisait aussi, quand certains mages ont mal tournés, elle est partie vers Lordaeron espérant paraît-il raisonner Khel’Thuzad, elle m’a laissé chez ma nourrice et comme seul bien j’avais ce pendentif et ce bijou mais c’est un Saphir de Dalaran. Totalement dépourvu de pouvoir magique mais très riche en valeur sentimentale. Aujourd’hui, seuls les Grands Initiés de Dalaran pourraient le reconnaître pour ce qu’il est et comme tu le sais ils sont plutôt rares ! »
Yaëlly eut un regard amical vers son amie et lui dit « Je ne savais pas, excuse-moi, je te prie, de t’avoir questionnée »
« Il n’y a pas de problème avec ça c’est le passé mais un passé qui sert encore apparemment… »
« Je n’oserai pas te demander ce qu’il y avait sur le parchemin, maintenant ! »
Là la magicienne éclata de rire ce qui dissipa complètement la gène de son amie et l’aura nostalgique qui planait sur son visage.
« Sur le parchemin il y avait deux choses : la marque personnelle de Thrall et une phrase de mon cru : « Si votre garde ne me laisse pas vous parler, je le métamorphose et je passe quand même ! »
La jeune démoniste éclata de rire.
« Au moins tu sais comment te faire des amis toi ! »
Les quelques gardes qui surveillaient la foule des quémandeurs les regardaient sans aménité, tant nains qu’humains n’appréciaient manifestement pas la liberté d’expression des deux femmes. Il faut dire que leur tenue ne parlait pas en faveur de leur sérieux. Seule l’expression d’assurance inscrite sur leurs physionomies leur évitait des remarques désobligeantes, à conditions toutefois qu’elles ne tendent pas trop l’oreille. Un Elfe de la nuit les considérait d’un air intrigué, accompagné d’un fauve, il n’avait guère besoin de cela pour qu’on reconnaisse en lui un chasseur. Un grand arc passé autour de lui et une armure sombre gagnée au combat dont les spallières brillaient de quelques lueurs verdâtres posaient le chasseur expérimenté.
Les deux jeunes femmes lui avait accordé le regard intéressé de tout aventurier en croisant un autre sans plus par contre, l’Elfe s’approcha d’elles.
« Isnu’Alah, Dames »
A la surprise des deux jeunes filles la voix était féminine, les armures, il est vrai ne sont pas toujours faites pour flatter la féminité.
L’Elfe ota son casque noir puis poursuivit à mi-voix : »Je vois que vous venez de loin et qu’avant le marais vous avez traversé les Tarides…. »
« Comment le savez-vous, demanda la démoniste surprise ? »
« Je suis chasseur, dit simplement l’Elfe. »
Les deux jeunes femmes opinèrent pour marquer leur compréhension.
« Un mot, et un seul, vous avez, je le vois, le regard de l’Elfe s’arrêta amusé sur la tenue des deux femmes, été en la Péninsule des Flammes Infernales, sans doute à la Halte du Fracas vous a-t-on demandé de détruire des Gangrecanons qui menacent les positions de la Horde. N’oubliez jamais cette leçon, parfois pour nous aider nous même nous devons aider nos ennemis. Pensez au Cercle Cénarien et à sa signification. »
« Et souvenez vous, je suis plutôt une Elfe du Matin »
A peine l’Elfe avait-elle dit cela qu’elle et son félin disparurent dans les ombres au moment précis ou le Nain revèche gardant la porte revint.
« C’est un peu trop pour être un hasard tu ne penses pas, murmura Xihiis à Yaëlly »
« Vous auriez pu me dire que vous étiez des amis de la famille de Dame Jaina, j’aurais eu l’air moins idiot ! »
« Je suis au regret de devoir être en désaccord avec vous, mais il ne me semble pas possible que vous ayez l’air plus bête que vous n’êtes, maître Nain ! »
Le guerrier était encore en train d’essayer de comprendre s’il s’agissait d’une insulte quand la magicienne interrompit le flot (lent) de ses réflexions : « Alors nous pouvons voir la Dame ? »
Le grognement montra que la réponse coûtait cher au garde-porte.
« Oui vous pouvez ! Et la lumière me dise pourquoi vous pouvez voir Dame Jaina aujourd’hui dès votre arrivée ! »
"Vous respectez la lumière?"
"Sans doute, j'aspire à devenir Paladin."
"Les naaru nous en preservent, songea Xihiis qui ne put s'empècher d'ajouter: vous n'êtes pas rancunier!"
Yaëlly pouffa en arrière-plan tandis que le garde reprenait "Non je ne vous en veux pas du tout, nous les Nains sommes très généreux!"
« C’est bien de se revendiquer de Dalaran, mais cela me semble impossible, Jeune Mage ! »
Le ton de Jaina Proudmoore était assez peu engageant.
« Vous êtes bien trop jeune pour y avoir étudié ! »
« C’est exact, ce bijou appartenait à ma mère et je ne m’en suis servi que pour avoir accès à vous Dame Jaina. »
Celle-ci eut un sourire. « Oui bien sûr, vous me direz sans doute que c’est un bien de famille… »
« C’est le cas. Je n‘ai nulle envie de vous faire souvenir des jours de Dalaran mais ma mère y étudiait. »
« Quel motif aviez vous pour oser menacer de métamorphoser mon garde ? »
La jeune mage en eut assez du ton dédaigneux de la Dame.
« J’ai une lettre pour vous, je suis messagère. »
Jaina Proudmoore leva un sourcil : »Messagère ? »
« Oui, en fait tout est arrivé à cause d’elle, fit Xihiis en désignant son amie »
Yaëlly failli en avaler sa baguette.
« En fait elle est allée pour un rituel à Ratchet en me laissant seule dans les Tarides. »
« Où tu ne risquais rien, je te ferai remarquer ! se défendit la démoniste »
« N’empêche ! J’ai donc été encerclée par une bande de Hordeux et ils m’ont demandé poliment, EUX, de les accompagner à Orgrimmar où j’ai été reçue très correctement, au moins. »
Yaëlly comprit aussitôt que la magicienne voulait marquer la différence entre l’accueil reçu chez l’ennemi et chez l’ami.
« Donc j’ai rejoint Yaëlly après avoir quitté la capitale orque et nous avons voyagé jusqu’ici. »
Jaina Proudmoore sourit puis se mit à rire de bon cœur.
« Donc en résumé, Thrall vous envoie comme messagère après avoir demandé à ses troupes de vous capturer ? Il ne sait donc pas qu’un mage peut s’évader en quelques secondes ? »
« Si, j’imagine qu’il le sait, lui, mais les gens que l’on a chargé de la mission eux ne le savaient apparemment pas, c’étaient des gamins ! J’aurais pu les tuer d’un seul Choc des Arcanes mais je n’en n’ai pas eu le courage et surtout je n’en voyais pas la nécessité. Je les ai donc suivi après avoir changé un Tauren en mouton pour qu’ils soient sages. »
L'expression de la Dame de Theramore avait évolué du dédain vers l'intérêt puis l'amusement.
« Dites-moi ? Le Tauren, métamorphosé, il est devenu un Bélier ? »
« Non, un simple mouton ! »
« A cause des cornes, voyez-vous… »
Xihiis rit à son tour.
« Veuillez excuser mon manque de civilités, les filles, dit alors la Dame Proudmoore sur un ton affectueux, je me devais de vous tester, vous n’avez pas idée du nombre de stupidités qu’on me demande de régler et pour lesquelles je consacre bien trop de temps. »
« Votre garde fait ça très bien ! »
« Ah, celui-là… Je l’ai choisi le plus stupide possible, il ne connaît que sa consigne et cela m’aide pas mal je dois dire… »
A ce moment, l’intéressé fit son entrée : « Dame, il y a là un homme qui prétend être un ambassadeur de Gnomerregan. Mais j’ai un doute. »
« Avez-vous demandé à notre attaché Gnome ce qu’il en pensait ? »
« Pourquoi devrais-je attacher un gnome pour lui parler, je le tiens d’une main et… »
Jaina soupira… »L’attaché Gnome, c’est Fizzle, qui représente son peuple parmi nous, il n’est pas question de l’attacher, mais c’est son titre Attaché… »
« Ah…J’avais pensé le lui demander mais je voulais vous poser la question avant. »
« Et bien, la prochaine fois, demande-lui, d’abord, et parle-moi en après s'il te dit de le faire… »
« Ah…Bon…Je vais lui demander et je vous ferai rapport. »
Jaina baissa la tête : « C’est cela même. »
« Vous voyez, Dame, j’essaye de progresser et d’être plus efficace… »
Les deux jeunes filles se retenaient pour ne pas rire.
"Et bien progressez jusqu'à Fizzle dans ce cas."
"Atteindrais-je bientôt ce stade de mon apprentissage?"
Le soupir de Jaina fut profond et découragé.
"Allez voir notre ami gnome avec ce prétendu envoyé de Gnomerregan."
"Oui Dame, puis, se tournant vers les deux jeunes femmes: c'est très technique mais je commence à maîtriser"
Il sortit rapidement an affichant un air important.
Jaina secoua la tête.
"Bon voyons ce que veut Thrall!"
"La Paix!"
"Comment ça la paix, dit Jaina?"
"Ce n'était pas exclamatif mais descriptif si je puis me permettre, dit alors Yaëlly qui était restée d'une discrétion étonnante.Oui poursuit vit-elle à l'attention de Xihiis, tu parles tout le temps alors on finit par s'y perdre. D'ailleurs tu en oublies presque que la lettre de Thrall n'est pas ta seule mission."
Xihiis rougit:"Je n'oublie rien du tout, je fais un ordre de priorité, voilà tout".
Jaina souriait devant l'échange aigre-doux qui lui rappellait de trop rares moments de détente.
"Un moment, nous parlerons de l'autre mission plus tard, je vais lire cette lettre avant toute chose."
Elle déroula le parchemin sorti de l'étui d'argent que la magicienne venait de lui remettre et qui portait les armoiries de la Horde incrustées en rubis.
En lisant elle eut d'abord l'air très intéressée puis amusée et enfin profondément déçue...
"Et bien, dit-elle, voilà qui est bien. Ainsi le Seigneur Thrall, qui vous recommande à moi -ce qui est bien amusant, déjà- souhaite que les escarmouches s'arrètent au moins officiellement, car il est conscient que sur le terrain ce sera plus difficile. Ceci est bien et tous ses arguments sont les miens, je ne saurais qu'être d'accord. Je suis aussi certaine que Cairne Bloodhoof est en accord avec tout ceci si même il n'en est pas plus ou moins à l'origine."
Xihiis eut un sourire radieux: "Rien ne me ferait plus de plaisir que d'apporter une réponse favorable au Seigneur Thrall!"
Jaina se rembrunit:"Oui mais il y a un problème"
Yaëlly se fit songeuse "Cela vous gène de faire la paix avec les Réprouvés?"
"Je ne puis dire que je les connais bien, du reste je ne pense pas non plus que les Orcs les connaissent aussi bien qu'ils le pensent mais le problème n'est pas là, encore que convaincre les paladins que les Réprouvés ne sont pas mauvais pourrait être...hum...Attrayant sur le plan diplomatique"
Les deux jeunes femmes se regardèrent car aucune d'entre-elle n'entrevoyait de problème.
"Le problème est ici: Thrall adresse sa lettre à Dame Jaina Proudmoore, chef suprème de l'Alliance.. Je suis bien Jaina. MAIS JE NE SUIS PAS LE CHEF DE L ALLIANCE! Il aurait encore écrit en Kalimdor que j'aurais pu discuter avec Tyrande (qui n'est pas susceptible du tout) mais j'aurais encore du m'arranger avec Fandral (ce n'est pas joyeux je peux vous le dire) mais le chef de l'Alliance, ce n'est pas moi."
Démoniste, magicienne et chef d'état se regardèrent.
"C'est qui alors, risqua Xihiis?"
"Aucune idée, je crains que telle ne soit votre quète..."
Les trois femmes se regardèrent d'un air sombre. Un obstacle pareil sur le chemin de la paix cela leur semblait totalement absurde et pourtant...
"Je vais vous faire une proposition, dit Jaina, vous aller retourner auprès de Thrall et lui exposer notre souci, ce sera même écrit. Ce qui ne le sera pas est au moins aussi important, je m'engage à ce que pour Theramore en tout cas les membres de la Horde soient considérés comme neutres jusqu'à nouvel ordre. Mais conseillez-lui de poursuivre et d'envoyer un message de paix au Chef de l'Alliance."
"Mais, fit la démoniste, il pensait que c'était vous..."
"Oh mais je lui dirai dans ma lettre combien je suis sensible à l'honneur qu'il me fait mais que je suis consciente qu'il sait qui est le vrai chef de l'Alliance...Tourné comme cela et orgueilleux comme le sont à la fois les hommes, les orcs et les chefs d'état, il ne pourra qu'envoyer un messager vers quelqu'un d'autre (et qui sait peut-être aura-t-il l'illumination qui me manque pour trouver notre chef...)"
La magicienne éclata de rire.
"Pas mal ça je dois dire...Mais je crains bien d'être aussi son prochain messager, il faut que je m'apprête à voyager beaucoup..."
Yaëlly eut un sourire...Elle aimait bien voyager et une pause, loin de la Péninsule des Flammes Infernales et de l'Outreterre serait la bienvenue mais il y avait autre chose à aborder avec la Dame.
"Il y a autre chose Dame Jaina, nous avons été attaquées dans le marais par un homme qui nous a d'abord traité de traîtres mais qui prisonnier de Grak'kath (elle désigna le démon) a préférer se suicider. Quand nous l'avons fouillé, nous n'avons rien trouvé sauf qu'il était tatoué d'une aile de Dragon Noir, et Grak'kath attribue cette marque aux Sectateurs du Vol Noir"
Jaina passa lentement sa main sur son beau visage.
"En effet, félicitations pour les connaissance de votre créature. Il a tout a fait raison. Et cette attaque a eut lieu à un moment particulier?"
"Oui quand Xihiis m'expliquait les raisons de notre voyage."
"Nous avons pensé que cela voulait dire une fuite à Orgrimmar vers la faction Draconnique."
La Dame approuva de la tête.
"Bien je prends acte que le Vol Noir souhaite entraver les négociations de Paix, parlez-en à Thrall surtout."
Elle soupira.
"Vous aviez une autre mission encore?"
Quelques heures plus tard, la magicienne et la démoniste sont de retour dans le cabinet d'audience de Dame Jaina après avoir flâné dans les rues populeuses de Theramore.
"Bon personnellement j'aime mieux Storwwind pour les magasins, dit Xihiis à Yaëlly mais au moins ça change de la savane et du marécage."
"Oui en tout cas c'est plus agréable qu'Ironforge avec tous ces escaliers à chaque boutique. »
L’antichambre de la salle d’audience était beaucoup plus calme. A peine un garde y somnolait-il appuyé contre un mur. Le nain brillait par son absence. Les multiples demandeurs, râleurs et autres avaient été soient satisfaits soit découragés.
« C’est bien calme, ici, fit remarquer la magicienne. »
« Oui, en effet, je regrette un peu notre ami nain, il m’aurait diverti ! »
Les deux femmes éclatèrent de rire.
A ce moment, la porte du cabinet s’ouvrit et Jaina elle-même leur fit signe d’entrer.
« Voici, dit-elle lorsqu’elles furent toutes trois entrées dans la pièce, vous trouverez aux écuries un poney de bât chargé de ce que la Dame d’Orgrimmar m’a si gentiment demandé. «
« L’argile verte ? »
« Oui ! Et le sauf conduit qui lui permettra de venir ici sans ennui et sans faire appel à ses compétences de voleuse. »
La mage sourit : « J’ai cru comprendre qu’elle était aussi la maîtresse espionne de Thrall, cela ne vous gène pas qu’elle … »
« Non ! Je n’ai rien à cacher, de plus, elle peut être là sans que je le sache et je préfère le savoir tout de même ! Et puis, je l’aime bien ! »
Le sourire de Xihiis montra qu’elle partageait l’opinion de la Dame.
« De plus je souhaite que vous ne partiez pas toutes seules. »
Aucune des deux femmes ne s’attendait à cela.
« L’attaque dont vous avez été l’objet s’est bien terminée et remercions-en vos compétences, mais vous n’êtes pas sans savoir qu’il pourrait y avoir des adversaires que vous ne pourriez vaincre. Donc je vais vous adjoindre quelqu’un qui pourrait à la fois vous servir de protecteur et de soigneur. »
Ces derniers mots firent réagir immédiatement les deux jeunes filles : »Pas un Paladin tout de même, il ne pourra jamais mettre sa foi en la Lumière de côté et si nous croisons un réprouvé il va lui sauter à la gorge. Ils sont tous comme ça. »
« Pas celui-ci. Il ne connaît que sa consigne… »
Yaëlly regarda Xihiis avec horreur : elle venait de comprendre.
« Vous n’allez pas vous passer de votre garde pour nous aider tout de même ! »
« Ah non, Dame, pas lui ! Nous allons devoir le materner, le surveiller, le protéger : non, pas question ! C’est impossible, a-t-il seulement déjà quitté la ville depuis son arrivée ici ? «
La Dame eut l’air ennuyé : »J’ai plusieurs raisons, la première est celle dont je vous ai parlé, la deuxième est que je pense qu’un représentant d’une autre race que la race humaine pourrait être utile, enfin il n’est pas si…stup… heu dénué d’intelligence que cela, il est seulement très naïf ! «
« Et puis poursuivit la magicienne, il s’est attiré des ennuis ici et vous aimeriez autant qu’on l’oublie un peu : en bref nous vous en débarrassons ! »
Jaina sourit : »C’est un peu vrai, mais il y a aussi le fait que je n’ai pas d’autre paladin sous la main… »
« Oho ? Et un druide, demanda Yaëlly, c’est bien aussi un druide, ça sait se battre au corps à corps et ils soignent très bien ! »
« Oui c’est vrai mais les seuls que j’ai ici sont des fidèles de Fandral et je suis certaine que vous comprenez pourquoi je les souhaiterais plutôt proches du Cercle Cénarien. »
Xihiis soupira : »Il semble que nous n’ayons pas le choix, mais de grâce expliquez-lui de ne pas attaquer tout ce qui bouge ».
« Ne vous inquiétez pas pour cela ce sera très clair. Avant de lui parler, je dois vous parler de votre autre compagnon. Votre compagne serait d’ailleurs plus approprié. »
« Et bien présentez-nous, on dirait que ce voyage va devenir très fréquenté, autant que nous fassions connaissance ! »
« C’est déjà fait, fit une voix douce, la chasseresse Elfe venait de sortir des ombres où elle était cachée. J’ai sollicité de la Dame, la permission de vous accompagner. »
Le sourire radieux des deux jeunes filles était une réponse claire sur leur satisfaction.
« Et bien, je suis contente de voir que vous êtes au moins, à moitié contentes…
Début de la suite
« Alrik Strongshield, je vous donne mes consignes pour le voyage que vous allez exécuter : d’abord, vous êtes subordonné à ces trois Dames, elles ont plus d’expérience que vous et pourront vous appredendre des choses utiles. Ensuite, ce voyage vous emmènera loin d’ici, en territoire Hordeux. »
« Je défendrai ces Dames ! »
« Justement, non. Vous les défendrez uniquement si on les attaque. Si on décide d’attaquer, ce ne doit pas être votre fait, tant que vous êtes ensembles. Enfin, sachez que vous croiserez presque à coup sur des Réprouvés, je ne veux pas que vous les attaquiez sans ordre. »
« Mais Dame, ces…êtres sont des Morts-Vivants, j’ai juré, comme Paladin de les détruire… Comment pourrais-je, sans manquer à ma parole- ce que la lumière ne me pardonnerait jamais, les épargner ?»
La Chasseresse intervint : « Sire Paladin, Dame Jaina s’est battue aux côtés de la Horde contre les démons ? »
« Oui, tout le monde sait cela mais moi on m’a appris : les morts-vivants c’est le mal, ton devoir est de lutter contre le mal donc tue les morts-vivants ! »
« Certes vous avez raison. Quand il s’agit du Fléau ! Les Réprouvés sont les Alliés de Thrall, nous allons vers Thrall donc nous ne tuons pas ses Alliés, c’est tout ! »
« De plus, ajouta la magicienne, les Réprouvés luttent en permanence contre le Fléau duquel ils sont très différents. »
« Donc, dit le Nain, les morts-vivants alliés de la Horde ne sont pas à tuer parce que ami de quelqu’un qui n’est pas notre pire ennemi ? C’est ça ? »
« En effet, dit Jaina, il serait difficile d’expliquer que l’on a de bonnes intentions en massacrant les alliés de celui avec qui l’on veut parler, ça le mettrait…de mauvaise humeur ! »
« C’est pas faux, dit le Nain ! »
Puis avec un sourire lumineux : mais les autres, ceux du Fléau, je peux les détruire ? »
« Uniquement si on vous le dit : « il y en a de puissants et je ne tiens pas à voir mourir de leur fait, Sire Paladin. »
La Dame de Theramore se tourna vers les trois femmes : » Voilà, vous remettrez ce pli au Seigneur Thrall ainsi que mon meilleur souvenir, elle eut un sourire énigmatique, pour la Dame Nale, embrassez-là de ma part et remettez lui ce que vous savez. »
Puis, son beau visage voilé d’inquiétude : »Prenez garde aux Dragons Noirs, prenez garde, mage, à ceux de votre ordre qui vous sembleraient puissants et étranges, les dragons parfois sont sous forme humaine, prenez garde à tout. Mais souvenez-vous que sans confiance, il n’y aura pas de monde demain. »
Les écuries de Theramore au petit matin du jour suivant. Des odeurs fortes d’étalons, de paille et de foin. Les odeurs des familiers des chasseurs : suffocante d’un sanglier, musquée d’un raptor, celle d’un ours blanc du berceau de l’hiver aussi. Les odeurs de fumier aussi, les odeurs de cuir, de métal et de sang. Deux chevaux, dont un caparaçonné de métal, un sabre-de-givre, un cheval de bât et quatre voyageurs sur le départ.
« Ne manque-t-il pas une monture, demanda Alrik ? »
Les trois femmes sourirent.
« Non, fit Yaëlly, comme les paladins, les démonistes ont des montures un peu particulières, elle agita les doigts et une intense lumière violette l’entoura, quelques secondes plus tard elle était sur la selle d’un destrier de l’effroi Xorothien, voici, conclut-elle ! »
Le nain resta bouche bée, il est vrai que les flammes démoniaques embrasant le destrier éclairaient de lueurs fauves l’intérieur de l’écurie.
« Et bien... Et bien, je n’ai jamais rien vu de pareil, il secoua la tête et invoqua lui-même sa monture, elle sera moins rapide que les vôtres, je vais vous retarder. »
« Non, dit l’Elfe, le poney de bât est lent et nous irons à son rythme, ne vous inquiétez pas »
Ils quittèrent la ville dans la brume du marais sans que personne, ou presque, ne les remarquât. Deux paires d’yeux au moins les vit partir, ceux de la dame, montée au sommet du donjon et ceux d’un homme, mal vêtu de parties d’uniforme dépareillées et sales, du genre de ceux qui traînent sur les quais sans autre but qu’un mauvais coup à monter, son regard seul, vif et clair, luisant comme du charbon poli aurait pu démentir cette impression.
La marche lente sur la route au rythme des pas du poney lourdement chargé s’effectuait sereinement. Quelques paroles échangées de temps à autre rompaient la monotonie du parcours, même si parfois des fauves semblaient s’intéresser au Nain ; la proie la plus facile, la présence des trois autres les dissuadaient rapidement de poursuivre vers l’agression. Une seule fois une araignée géante et suicidaire tenta d’attaquer mais fut stoppée net par un seul tir de la chasseresse qui ne jugea même pas à propos de déranger son familier pour la circonstance.
« Dame ? »
L’Elfe se tourna nonchalamment vers le jeune Paladin : « Oui ? »
« Est-il dans vos coutumes de nous dire votre nom ? »
« Certes, je me nomme Alcarlach, il vient du vieil elfique, ajouta-t-elle sans toutefois estimer nécessaire de le traduire »
Xihiis lança un regard sur Yaëlly, on ne fréquente pas la magie, fut-elle démoniaque sans pratiquer un peu l’elfique ancien or ce nom avait une signification ancestrale qui avait échappé complètement au Nain.
« Pouvons-nous nous en servir, demanda la magicienne ? »
L’Elfe eut un large sourire : « Vous avez trop fréquenté les Hauts Elfes de Dalaran et d’ailleurs, nous n’attachons pas, nous autres Kaldoreï, la même importance aux lignées et à la valeur de notre famille. Il n’y a aucun problème pour moi à vous voir utiliser mon nom. »
Yaëlly ne put s’empêcher de poursuivre : »Que pensez-vous des Hauts Elfes ? »
« Et bien c’est complexe, pour la plupart d’entre nous ils représentent une époque de notre histoire que nous souhaitons oublier. Mais je ne pense pas, personnellement, qu’il soit sage d’oublier les erreurs. Il faut plutôt en tirer les conséquences ou les assumer. La première attitude est celle de Malfurion, la seconde celle des Hauts Elfes. Le Druidisme connaît lui aussi ses dérives tout comme l’art des arcanes. Mais ceci n’est pas à dire à Darnassus. »
« Et les Elfes de Sang ? »
Le regard d’Alcarlach se fit lointain.
« Je les plains de tout cœur. »
Les trois autres eurent l’air surpris : « Excusez-moi mais on m’a dit que vous, Elfes de la Nuit, les haïssiez…avança la magicienne. »
« A nouveau je ne parle que pour moi et quelques autres, si vous avez été en Outreterre, vous savez à quel point les Elfes de Sang sont trahis…Ceux de Lune d’Argent ne le savent pas encore… Mais quand ils le sauront, que leur restera-t-il ? Voilà pourquoi je les plains ! »
Yaëlly regarda pensivement l’Elfe : »Votre tolérance vous honore, je pensais, ne le prenez pas mal, les Elfes plus intransigeants »
« Vivre des milliers d’années peut procurer deux choses d’une part un souvenir tellement intense du passé que les convictions de l’époque restent implantées en vous et polluent votre pensée d’aujourd’hui, d’autre part une connaissance plus étendue de la plupart des choses que les autres races- ce qui permet aux Elfes de justifier à la fois d’une certaine arrogance (si, si c’est comme ça que nous sommes perçus, la le plus souvent) et d’une bienveillance vis-à-vis des fautes d’autrui. Qui serais-je si, moi-même imparfaite, je me permettais de critiquer mes lointains cousins de ne pouvoir faire abstraction de la magie. Je ne peux même pas comprendre la souffrance qui est leur. Enfin il est notoire que la situation militaire dans leur région est plus qu’instable : difficile avec tout cela de ne pas devenir opportuniste et survivaliste. Il ne doit pas être facile d’être un Elfe de Sang. Encore une chose, tutoyez-moi, ce sera bien plus simple, nous sommes compagnons ! »
Pendant cet échange, le nain n’avait rien dit mais avait écouté avec attention.
« Vous êtes bien tolérante avec la Horde, je ne comprends pas ! »
Les trois femmes lui parlèrent du Cercle Cénarien.
« Donc il y a des endroits où les portes sont gardées d’un côté par un druide Elfe et de l’autre par un druide Tauren ? C’est incroyable. »
L’elfe eut un sourire lointain : »L’espoir est toujours difficile à croire ! »
Encouragé par la gentillesse des réponses, le paladin s’aventura plus loin : « Et ces…réprouvés…que sont-ils ? »
La magicienne devança tout le monde »Ce sont les ennemis les plus virulents du Roi-Liche et du Fléau ! Ce sont des gens courageux même s’ils sont difficiles à accepter pour nous ! Même s’ils sont bizarres, chaotiques et parfois cruels. S’ils ne combattent le fléau : ils mourront. Leur motivation est différente de la votre, maître Nain, mais leur but est le même ! »
Alcarlach eut un air vaguement intrigué mais ne dit rien.
Yaëlly chuchota à son amie : « Je ne savais pas que tu aimais tant les Réprouvés dis donc »
Xihiis se contenta de sourire tristement mais ne dit rien de plus.
Au lendemain du jour suivant, la savane poussiéreuse des Tarides déroulait ses ondulations paresseuses jusqu’à la perte de leur vue.
« Ne prenons pas la route, dit la chasseresse, elle est trop fréquentée et nous devons rester discrets. Notre route est au nord, ajouta-t-elle pour l’éducation de Paladin. »
« Cela doit grouiller de fauves ce désert, non ? »
« Oui mais ils sont faibles comparés à ceux du marécage, le risque ce sont les gens. Je vais me concentrer pour repérer les humanoïdes autour de nous, c’est un bon moyen de ne pas être surpris mais il n’est pas absolu, un voleur ou un autre chasseur pourrait passer inaperçu. Donc, prudence, ici c’est le territoire de la Horde. »
« Dame, dans l’obscurité d’une caverne, c’est un homme sale et vêtu de partie d’uniforme qui appelle ainsi ? »
« Maîtresse ? »
Pas de réponse, l’obscurité est étouffante, même les yeux de charbon poli de l’homme n’y voient rien.
« Humm, bien s’il le faut »
Une lumière sombre nimbe l’inconnu, sa silhouette grandit, se déshumanise, des ailes membraneuses jaillissent de son dos. C’est maintenant un jeune dragon qui se tient à l’entrée de la caverne obscure.
« Maîtresse ? Cette fois l’appel prononcé en langue draconnique produit une réponse : un bruit sourd de reptation, d’écailles métalliques entrechoquées et de griffes retenti. »
« Combien de fois devrais-je te dire de ne pas m’adresser la parole sous forme humanoïde ? »
Le jeune dragon baisse la tête.
« Je voulais gagner du temps, maîtresse ! »
« Certaines choses ne sont pas un gain. Qu’as-tu à me dire ? »
Le jeune dragon noir relève sa tête hérissée de cornes : « Un groupe de quatre aventuriers s’en retourne vers Orgrimmar, mandé par la Dame de Theramore, il y a un Elfe de la Nuit, un Nain et les deux humaines dont je vous ai déjà parlé. »
Un feulement s’échappe de la poitrine de la gigantesque dragonne adulte « Bien, il faut le savoir et nous le savons. C’est parfait. Pour l’instant, surveillons et ne faisons rien, je pense que les in inimitiés de ce monde vont nous servir sans dépenses inutiles d’effort. Mais il faut les suivre et tu le feras. Laisse un membre de ta fratrie à Theramore. Qu’il stimule les Défias et les anciens marin s de ce crétin de Proudmoore. Utilise une écaille de vision pour me parler. Quand tu seras au loin. Aie particulièrement un regard sur la magicienne. »
« Pourquoi sur elle avant tout, l’Elfe est de plus grand pouvoir… »
« Parce que je le veux ! ».
Les yeux noirs se mirent à luire et le jeune dragon jugea prudent de ne plus questionner.
La poussière et le vent sans fin sont sans doute ce qui frappe le plus le voyageur qui traverse les Tarides. Le bruit sifflotant du des hautes herbes qui laminent l’air puissamment poussé par les grandes étendues cache le bruit pas des animaux et des gens. C’est même dangereux car les animaux, en dehors des plus grands se tapissent dans la savane certains d’être invisibles et de pouvoir, si le cœur leur en dit se servir de l’innocent voyageur comme d’une proie. Il y a autre chose que le vent et la poussière qu’il soulève c’est implacable éclat du soleil qui, lorsqu’un instant le vent s’apaise ou lorsqu’on est à l’abri d’une élévation de terrain rend l’atmosphère proprement étouffante.
C’est le vent du sud qui domine le pays, il vient des Mille-Pointes où il prend sa puissance autour des mésas pour joignant les fils sans nombre de son souffle, balayer la terre aride mais belle qui s’étend, au nord, à sa merci.
Le soir, le ciel est d’un bleu profond et constellé d’étoiles blanches.
Parfois, un feu de camp fait un reflet terrestre aux étoiles du ciel.
Les trois femmes avaient décidé de profiter de chaque bivouac pour éduquer le Paladin. Ce soir-là, la démoniste lui expliquait en quoi son art différait de celui qui invoque la Légion Ardente. Grak’kath le marcheur du Vide écoutait amusé les questions du Nain en songeant que si les mortels pensaient qu’il n’y avait qu’une sorte de démon, il n’était pas étonnant que la légion ardente aie eut du succès.
L’elfe, concentrée, étudiait le pays pour pister d’éventuels arrivants. Quant à Xihiis elle regardait le feu pensivement en écoutant d’une oreille distraite la discussion.
Soudain, un grognement puissant retentit dans un fracas de branches cassées.
« Grouiiiink »
Alcarlach sauta sur ses pieds mais passant comme une fusée à côté d’elle un gros sanglier sauta sur Xihiis puis se mit à la lécher avidement.
Alcarlach banda son arc mais la magicienne l’interrompit d’une voix étouffée « Non, attendez, il ne me fait rien de mal, il ne fait que me lécher.».
« Tu devrais changer de parfum, intervint Yaëlly en riant aux éclats. »
Le regard de Xihiis, glacé comme ses sorts n’eut pas raison de l’hilarité de son amie, même l’elfe, pourtant stoïque commença a sourire puis à rire, le nain, lui roulait déjà par terre écroulé de rire.
« Bon, fit la magicienne, c’est tout calme-toi ! »
Le sanglier se calma un peu mais continua à se frotter contre elle en grognant de plaisir.
« Ca tombe bien tu as toujours aimé les trucs cochons, hoqueta Yaëlly. »
« Oh c’est malin ! ».
A ce moment on entendit une voix rocailleuse appeler :
« Kikoo ! Ici ! Viens ici ! Ne fait pas ta tête de cochon ! Viens ! »
La voix s’exprimait en orc et son propriétaire déboula au pas de course près du feu puis vit l’assemblée et fit « Oupps »
Xihiis poussa le plus fort rugissement que sa constitution pouvait produire « Kéran espèce de chasseur à la manque ! »
Les trois autres surpris le regardèrent d’un air interrogateur. « C’est avec lui et quelques uns de ses amis que j’ai été à Orgrimmar. Et lui, là, dit-elle en désignant le sanglier qui continuait à lui manifester son affection, c’est son familier : Kikoo.»
« Aaaah c’est donc ça, fit Yaëlly, ironique, c’est un ami, elle montrait elle aussi le sanglier ; »
La jeune mage choisi d’ignorer cette répartie : « Tu ne pourrais pas le calmer s’il te plait ? »
« Euh, ah, si si, fit le jeune orc, Kikoo ! Loooooool !»
Instantanément le sangler s’arrêta et vint prendre sa place au pied de son maître.
« C’était quoi, ça, demanda Alcarlach ? »
« Et bien, c’est comme ça qu’il se calme le mieux, je ne sais pas pourquoi. C’est un vieux chasseur qui m’a donné ce truc, Kay’vinh il s’appelle, c’est un Troll, précisa-t-il.»
La chasseresse elfe était partagée entre l’amusement et la tendresse pour ce jeune chasseur qui ne parvenait pas toujours à se faire obéir de son familier.
« Et maintenant, demanda Kéran, qu’allez-vous faire de moi ? »
Xihiis eut un air surpris. : « Que veux-tu que nous fassions ? »
« Je suis votre prisonnier –ce qui pour un orc est un déshonneur. »
Yaëlly secoua la tête : « Tu n’es rien d’autre qu’un ami de Xihiis en ce qui me concerne, pas de prisonnier en vue. »
« Je suis vide, avança Grak’kath ! »
« Je ne t’ai rien demandé à toi, dit la démoniste. »
Le démon émit un bruit caverneux qui devait être un rire.
« Rassurez-vous, dit Alcarlach, nous ne vous voulons aucun mal. Puisque vous savez que Xihiis à déjà rencontré le Seigneur Thrall, vous ne serez pas étonné que nous voulions le rencontrer aussi. »
« En plus se dit la chasseresse, ça me plairait bien de discuter avec un autre chasseur ! »
Alrik ne dit rien mais eut un signe qui témoignait de son hospitalité : il ouvrit une outre bière naine et la tendit à l’orc !
« Où allez-vous, demanda le chasseur orc ? »
« Nous allons à Orgrimmar, lui répondit la magicienne avant de boire une gorgée d’hydromel. »
Kéran eut l’air surpris.
« Mais pourquoi allez-vous chez vos ennemis ? »
« Le Chef de Guerre m’avait chargé d’une mission et je l’ai remplie, je vais donc lui rendre compte, tout simplement. »
« Ca pourrait bien n’être pas si simple que ça tout de même, dit l’orc, les gardes ne vont pas être tendres avec vous : depuis trois jours, il y a eut quarante deux incursions de l’Alliance, elles ont toutes échoués, c’est vrai, mais il reste que les grunts sont nerveux ! »
Alcarlach poussa un soupir : « Quels idiots ! »
« Les grunts, ? Oui à n’en pas douter madame, dit le jeune orc. »
« Pas les grunts, les Alliés, enfin les grunts aussi, à vrai dire. »
L’orc se mit à rire.
« Pourrais-je vous accompagner jusqu’Orgrimmar ? »
Les quatre amis s’entreregardèrent.
« En ce qui me concerne, je n’y vois pas d’obstacle, dit Xihiis après une assez longue réflexion. Tu as toujours été correct avec moi et je pense que ton aide peut nous être précieuse. »
Yaëlly hocha la tête ainsi que le paladin. Alcarlach sourit largement : »On n’a jamais assez de chasseur dans un groupe de toute façon, dit-elle. »
Kéran regarda l’elfe et son teint devint d’un coup plus sombre, passant au vert émeraude.
« Oh, j’allais oublier… »
« Tu es toujours aussi distrait, dit alors une voix profonde qui venait de l’obscurité, je te remercie, vraiment… »
L’elfe riait de bon cœur. « Si tu disais à ton ami Tauren de venir jusqu’à nous ? »
Kéran balbutia quelque chose d’inintelligible.
« Et tu ferais bien de te souvenir que l’aspect de la Nature est limité en portée… »
Le malheureux chasseur orc était au comble de la confusion.
Le pas lourd et franc d’un tauren se fit entendre.
« Je vous présente Nuit-de-Lune, qui est Druide…et Tauren . »
« Vraiment, fit Yaëlly, je l’aurais cru Troll, elle adressa un clin d’œil à ses amis et au Tauren. »
C’était un magnifique jeune mâle noir comme la nuit des sabots aux cornes avec une seule tache blanche sur le sommet du crâne. Malgré son air digne et fier, il n’en menait pas large. On pouvait d’ailleurs le comprendre, entouré par quatre ennemis dont au moins trois de grands pouvoirs il risquait rien moins que sa peau.
L’air guilleret de la démoniste et le sourire de la mage eurent progressivement raison de sa peur. Il regardait toutefois Alcarlach avec suspicion.
Mais l’Elfe parfaitement consciente des a priori du Tauren lui lança un « Bienvenue » très chaleureux.
« Que comptes-tu faire Kéran ? »
L’orc leva les yeux vers le visage de son ami : »Ils sont d’accord pour que j’aille avec eux à Orgrimmar…Je pensais les y accompagner… »
« Ecoute, je n’ai rien contre eux mais rends-toi compte que tu vas marcher au côté de l’ennemi. »
« Elle, là-bas, répondit l’orc est en mission pour le Chef de Guerre, et pour le moment elle n’est donc pas ennemie, pas plus que son escorte. »
« Possible…Mais le maître des Druides à Thunder Bluff nous met en garde envers ceux-là, il désigna la chasseresse Elfe. »
« Je le comprends ! »
C’était Alcarlach.
« Oui, je le comprends, il y a des druides Darnassiens que je n’approuve pas, mes sympathies vont plutôt vers le cercle et l’expédition cénarienne. Par contre je serais désolée de ne pouvoir parler avec le représentant d’une nation qui fait de la chasse une religion… »
Le Tauren eut un air peu convaincu. C’est têtu un Tauren, surtout quand il s’agit de convictions.
« Si vous êtes chasseur, où est votre familier ? »
Un fin sourire étira les lèvres bleutées de l’Elfe.
« Il est ici… »
« C’est un criquet ? demanda le Tauren ironique, Car il n’y a rien d’autre que ça et le sanglier ici… »
Le sourire de la chasseresse devint un rien plus dur. Elle remua discrètement les doigts et un énorme Lynx aux yeux verts lumineux et étincelants se démasqua…
« Je vous présente Fauvecroc… »
Comme le lynx venait de poser ses pattes antérieures sur les épaules du druide et qu’il disposait encore d’une réserve d’allonge lui permettant de lécher l’extrémité de chacune de ses cornes, le Tauren était un peu…Gêné…
« Waw, je n’ai jamais vu un si bon camouflage, dit l’orc. »
Le fauve se tourna vers Kéran et d’un souple mouvement d’échine descendit des épaules de Nuit-de- Lune pour venir se frotter aux jambes de l’Orc.
« Pardonnez-moi, dit le Tauren, j’ai été incorrect avec vous alors que dès le début vous auriez pu me tuer…Votre adresse en chasse si votre familier est tel, doit être grande, vous avez mon respect. »
Les deux humaines échangèrent un regard éloquent : la sagesse du jeune druide, malgré sa méfiance initiale fort compréhensible, d’ailleurs, avait de quoi laisser pensif en matière politique.
Tous s’assirent autour du feu pour boire un peu lorsque le Tauren avisa le Démon.
« Tiens, tu ne t’assieds pas toi ? »
« Ceux de mon espèce ne s’asseyent pas, le marcheur du vide avait répondu de sa manière habituelle, caverneuse, un peu sinistre. »
Le Tauren haussa les épaules.
« Quelle idée d’être démoniste, tout de même, non ? »
« Oh, c’est sûrement la manière la plus facile pour être haïe des trois quarts des gens des deux factions, fit Yaëlly d’un air amusé. »
« Pourquoi, alors, choisir cela ? »
Kéran intervint : »Madame, je dois vous dire que les Taurens sont toujours très directs, ils considèrent comme un manque à l’honneur d’utiliser des détours de conversations pour rendre plus présentables leurs requêtes. »
«Yaëlly sourit : « Je suis directe, moi aussi ! J’ai choisi d’être démoniste car je pense qu’il ne sera pas possible de vaincre la Légion sans connaître les puissances obscures un peu mieux que nous les connaissons. De plus je trouve le pouvoir que renferment les démons…Fascinant. Car il est totalement différent des nôtres. Ceci dit, dans l’antique langue humaine il n’y a pas de différence entre les mots qui désignent les gens comme Xihiis et les gens comme moi, d’ailleurs ce sont les magiciens de Dalaran qui les premiers d’entre les humains ont invoqués des démons. Je ne suis même pas sur que l’utilisation de la magie des Arcanes soit possible sans attirer les Démons. En résumé, je pense que ce pouvoir là ou un autre, c’est pareil : quand on utilise un pouvoir, il y a un prix à payer. Personnellement je ne recherche pas le pouvoir des démons pour mes fins égoïstes et j’espère comme cela ne pas être dominée par l’Ombre. »
Le tauren réfléchit un instant : »En somme vous voulez vous servir d’une source maléfique pour faire le bien ? »
« On peut dire ça oui ! »
« C’est…Original… »
Le lendemain, un soleil de plomb écrasait à nouveau la savane et la petite caravane se hâtait vers Durotar.
De manière curieuse, le Druide et le Nain trouvaient des similitudes entre leurs deux cultures tandis qu’Alcarlach parlait de stratégie de chasse à Kéran.
Xihiis, elle sentait un malaise persistant, pas trop intense mais trop présent aussi que pour pouvoir le négliger.
« Tu ne sens rien, chuchota-t-elle à Yaëlly ? »
La démoniste voulu d’abord plaisanter puis vit l’air sérieux de son amie.
« Si, à vrai dire, j’ai l’impression qu’on nous observe. Mais tu ne m’en aurais pas parlé je serais passé dessus. »
Elle se tourna sur se selle pour regarder les collines derrière elles, elle étouffa un léger cri : « Regarde, dit- elle tout bas à la magicienne »
Sur un des crêtes basses plus au sud se lassait deviner en contre jour une silhouette maigre apparemment vêtue d’une cape. De si loin il était difficile d’en dire plus.
« Je l’ai vu. Aucune trace magique, soit il est trop loin soit il est…vide »
Xihiis poussa sa monture en avant pour rejoindre l’Elfe : « Dites, amis chasseurs, vous pistez quoi, pour le moment ? »
Les deux chasseurs échangèrent un regard : « Je piste les humanoïdes et Kéran les bêtes, pourquoi cette question ? Vous envisagez de devenir chasseur ? »
« Je souhaiterais surtout ne pas devenir une proie, dit la magicienne en pointant derrière elle »
Immédiatement les yeux perçants de l’Elfe fixèrent la silhouette lointaine.
« C’est un male, mince, je dirais un Elfe, je crois plutôt un Haut Elfe ou un Elfe de Sang- Ils se ressemble de loin. Mais…Il doit avoir un pouvoir car il est à portée de pistage et je ne le vois pas autrement que par la vue. A moins que…Une aura nimba l’Elfe un court instant. Puis son visage se fit dur : C’est un draconien, incarné en humanoïde… »
Xihiis eut l’air nerveuse d’un seul coup.
« Vous pistez les draconiens aussi ? »
L’elfe confirma et ajouta : »Mais je sais rester discrète sur ce que je ressens par mes talents, quelle que soit la nature de mes découvertes. »
Elle fixa Xihiis d’un air calme. Après un instant la jeune femme se détendit.
« C’est seulement que je me disais que nous aurions peut être intérêt à découvrir les draconiens, compte tenu des recommandations de la Dame. »
"C'est cela, bien sur, pensa l'Elfe, et autre chose sans doute, enfin, je verrai bien."
« Si, vous voulez, mais les dragons se servent d’abord d’émissaires avant de se servir d’eux même, je pense que celui là est un espion et je serais bien incapable de dire à quel vol il appartient. »
« Que faisons-nous, demanda le Druide ? »
«La force d’un espion réside dans le secret, maintenant que nous savons être suivis, nous ferons encore plus attention, voilà tout ! »
Tôt le matin suivant, ils longeaient la rive du Fleuve Furie-du-sud.
« Bientôt Durotar, dit Kéran, si vous avez une bannière parlementaire ils serait temps de la sortir ! »
« Oui en effet, dit Xihiis, je sais qu’il existe un raccourci qui n’est pas gardé mais je pense que déboucher en pleine Vallée des Epreuves ne serait pas une bonne idée. ! »
Kéran en resta bouche bée, bien sur, enfant il avait été nager dans le fleuve frontière comme beaucoup de galopins (les crococilisques étaient une crainte sans fin pour les mères orcs ) mais il n’aurait jamais pensé qu’un membre de l’Alliance aurait aussi bien connu son propre pays.
Xihiis sorti alors une bannière au couleurs de Theramore et chargea Yaëlly de celle aux couleurs de la Horde.
Au premier poste de garde, un grunt massif vit approcher de loin la petite troupe : « Alors deux humaines qui portent des drapeaux, une Elfe, un Nain, un Tauren et un Orc ? Qu’est-ce que c’est que ces rigolos- là ? »
Il entra rapidement dans le corps de garde ou son chef profitait d’un repos immérité, endormi qu’il était sur les parchemins de service auxquels il était supposé travailler.
« Chef, il y a des Allianceux qui arrivent. »
« Hum, le chef mit un instant à s’éveiller, il bailla, considéra ce qu’il venait d’entendre puis cria, et bien attaquez alors… »
Le grunt haussa les épaules…Et sorti pour obéir aux ordres reçus, il avertit ses compagnons qui saisirent leurs armes, ils s’apprêtaient à charger lorsque le chef sorti à son tour pour assister au spectacle.
Il regarda la petite troupe avec un sourire vainqueur puis celui-ci se figea : il venait de voir les emblèmes et…l’orc ainsi que le tauren.
« Espèce de raclure de sol de taverne, tu ne pouvais pas me dire que ce sont des émissaires ? Honte de ton clan, tu ne vois pas la marque du Chef de Guerre ! »
Le grunt leva un regard lourd sur son chef : »Donc, pas charger ? »
« Noooooon ! De toute façon rien que l’Elfe pourrait de manger tout cru. »
Les voyageurs étaient à portée de voix « Non, cria Alcarlach, pas de danger, il n’est pas appétissant ! »
Le grunt, gronda.
« Que veut-elle dire ? »
« Que tu pourrais être plus hospitalier avec des hôtes, cria Kéran ! »
« Toi, tu es orc de visage mais tu voyage avec l’ennemi, honte sur ta race, dit le chef de poste. »
« Si je voyage avec eux c’est parce qu’ils sont envoyés vers le Seigneur Thrall par Dame Proudmoore et il n’y a d’ennemi que dans la Légion pour moi. »
« Et le Fléau, ajouta Alrik à qui on ne demandait rien mais voulait mettre son grain de sel. »
« Et le Fléau, confirma Nuit-de-Lune. »
« Curieuse bande tout de même que la votre, fit le chef dont le teint était passé au vert très sombre »
« Vas-tu, oui ou non, nous laisser passer, demanda Xihiis ? »
« Je ne sais pas, les raids sont nombreux, et vous faites partie de l’Alliance, même si eux pas ! Mon avis est de vous laisser ici et d’envoyer un message à Thrall. »
Le druide Tauren s’approcha du Garde : »Tu vas nous laisser passer ou je vais laisser ma colère monter ! »
« Ce n’est pas la peine, dit Yaëlly, envoyons un message au Seigneur Thrall, dedans nous expliquerons comment son in.signe et celui de Jaïna Proudmoore ont été méprisés. A propos, vous aimeriez connaître l’Outreterre ? »
« Pourquoi cette question humaine ? »
« Parce qu’il y a de très sympathiques garnisons, particulièrement celle située non loin du repère du Seigneur Funeste Kazzak ! »
L’incrédulité se peignit sur le visage de l’orc. Il trouvait son poste fort agréable, gérer les entrées et les sorties de Durotar n’avait rien d’éreintant surtout que la plupart des raids de l’Alliance empruntant le passage plus ou moins secret (de moins en moins secret, d’ailleurs) qui évite les Portes d’Orgrimmar, il n’avait la plupart du temps qu’a regarder passer les aventuriers de la Horde allant et venant en paix…
« Bon, j’ai réfléchis, annonça-t-il. Après tout vous bénéficiez des privilèges des ambassadeurs et vous pouvez aller jusqu’aux Portes d’Orgrimmar, là mon pouvoir s’arrête et vous aurez affaire aux Gardes.
Il avait parlé d’un ton qu’il espérait majestueux mais il est heureux qu’il n’aie pas été expert en lectures des expression humaines et elfiques car les trois femmes cachaient assez mal une violente envie de rire.
Le trajet jusqu’Orgrimmar se fit sous les yeux ébahis d’une population fort nombreuse. Les quelques aventuriers s’adonnant aux joies du duel en oublièrent même d’en découdre pour les regarder passer.
« Mais je ne vous en avais demandé qu’un, hurla la voix du général Gromtall ! »
Kéran sursauta.
« Mais général… »
« Vous en avez mis un temps, en plus ! »
« Mais, général ! »
« Imbécile, ça fait des lustres que vous auriez du avoir votre prisonnier. »
« Mais, général, je l’ai fait ce prisonnier. J’ai vu le Seigneur Thrall, il m’a récompensé, c’est au retour de mission de l’envoyée du Chef de Guerre que je les ai recroisé et que nous avons fait route ensemble. »
« Absurde ! Si c’était vrai, le Chef m’en aurait parlé. »
« Il ne ment pas, dit Xihiis en orc, j’ai vu le Seigneur Thrall il y a bientôt deux semaines et me revoici. »
« Taisez-vous je ne vous ai rien demandé. »
Il se passa alors simultanément plusieurs choses : d’abord, le Général émit un bêlement très convainquant en se transformant en un mignon petit mouton qui se trouva aussitôt pris dans les sarments d’un druide Tauren très en colère, ce qui lui rendit instantanément sa forme habituelle il fit un pas vers le Tauren pour se retrouver dans le glaçon d’un piège du chasseur Orc, lorsque le sort pris fin il tenta de parler mais ce fut pour s’entendre prononcer des mots bizarres et pour cause, il s’exprimait en démoniaque.
Ce qui mit le comble à sa rage c’est que le groupe d’aventuriers hordeux qui avait cessé les duels pour contempler le spectacle s’étouffait presque à force de rire, un démoniste réprouvé en perdit même une phalange.
« Que se passe-t-il ici, demanda une voix féminine ? »
« Ah, Dame Nale, un plaisir de vous revoir, dit Xihiis ! »
« Quoi vous connaissez ces pourceaux – la malédiction venait de prendre fin- ils m’ont attaqué c’est une injure et c’est contraire aux lois. »
La jeune voleuse regarda le général d’un air froid : « Contraire aux lois, vraiment ? Et recevoir comme des ennemis les émissaires officiels et conjoint de la Dame de Theramore, c’est conforme à la loi ? »
Un silence se fit pendant lequel, le sanglier Kikoo n’eut pas de meilleure idée que de venir se frotter aux jambes de Nale qui sourit : »Il est mignon celui-là »
Le général qui avait d’excellentes raisons de se souvenir de Kikoo grommela quelque chose et tourna les talons.
« Bien, fit Nale, maintenant que les formalités sont faites, peut-être pourrions-nous entrer en ville.
Le groupe entra dans Orgimmar sous les regards étonnés des habitants.
« Je suis heureuse de vous revoir, Nale, dit Xihiis, si vous me permettez, je vais faire les présentations. »
« Ainsi Jaina nous envoie un Paladin et un Chasseresse Elfe de la Nuit ? C’est intéressant, ça, dit Nale, tout en songeant, s’il y a une raison, j’aimerais la connaître et nul doute que Thrall voudra la connaître aussi. »
« Oui, dit Xihiis, en jetant un coup d’œil à Nale, je ne me souvenais pas qu’il y avait tant de monde dans les rues. »
Ce que la voleuse interpréta à juste titre comme une demande de discrétion.
« Il vous faudra sûrement attendre un peu avant de parler à Thrall, il reçoit de nouveaux ambassadeurs de Lune d’Argent. »
En effet, quand ils arrivèrent à la salle du trône, un groupe d’Elfe de Sang les précédait, on reconnaissait un Magistère à sa robe de soie riche et brodée, il y avait un Chevalier de Sang et une jeune femme vêtue plus simplement que les deux autres, pourvue d’un arc et d’un jeune faucon-dragon, une jeune chasseresse, à n’en pas douter.
Thrall accueillit les visiteurs avec sa chaleur habituelle puis interrogea le Magistère sur les motifs de cette nouvelle ambassade.
« Vous n’êtes pas sans savoir qu’une de nos ambassadrices s’est plainte d’avoir de n’avoir évité le viol par un orc, en ces mêmes lieux que par la prestesse de ses réactions »
Thrall leva les yeux au ciel.
« Mais pas du tout, il y avait un malentendu et elle a filé trop vite pour écouter quelque explication que ce soit. »
Le Magistère eut un reniflement dédaigneux.
« En tout état de cause, le Grand Magistère Rommath estime qu’il vaut mieux que ce soit un homme qui nous représente ici. Donc, me voici, je suis le Magistère Aliéna Silverwood et je représenterai donc Lune d’Argent en ces Lieux. »
Thrall inclina la tête, l’air pompeux et dédaigneux du magistère l’énervait pas mal. »
« Et ils sont, dit-il en désignant les deux autres Elfes ? »
« Mon garde du corps et une jeune voyageuse qui s’est jointe à nous pour le voyage mais qui n’a rien à voir avec l’ambassade, l’ambassadeur se pencha vers le Chef de Guerre pour chuchoter : c’est une forestière, rien d’utile à en attendre. »
Il lui avait suffit de dire ça pour que Thrall pense immédiatement le contraire. « Allons se dit-il, pas de parti pris, il est peut-être très bien, mais même en son fort intérieur il n’arrivait pas à penser au Magistère que comme à un inutile pompeux. ».
« Bien, conclut Thrall, les réunions avec les autres ambassadeurs ont lieu tous les deux jours peu après la mi-journée. »
« Des réunions…Conjointes ? »
« Oui évidemment, nous sommes tous alliés donc nous discutons ensemble. »
A nouveau, le Magistère eut un reniflement de dégoût mais il n’ajouta rien.
En se retirant, il croisa le groupe hétérogène dont il toisa les membres avec mépris et tordant le cou pour encore parler à Thrall : »Et celle-ci, il désignait Alcarlach, vous allez en faire quoi ? Une alliée ? C’est écoeurant comme c’est mal fréquenté ici. » Il frappa du talon de sa botte sur le sol. Et se détourna pour sortir suivi de son paladin –la forestière avait disparu- dans un froissement de robe soyeuse.
Soudain un craquement se fit entendre et le magistère se retrouva en braies car sa robe tomba par terre déchirée par le bâton de Nuit-de-Lune.
Le tauren, très calme, se tourna vers le Magistère : « Vous devriez faire attention, la matinée est fraîche. »
Le Magistère recula la main comme pour lancer un sort puis se rappelant de l’endroit où il se trouvait se ravisa et parti.
Thrall poussa un soupir puis éclata de rire.
« Encore un qui ne fera pas long feu je parie, marmonna-t-il »
Nale s’avança : »Regarde un peu ce que je ramène ! »
Le Chef de Guerre eut un large sourire : « C’est bien de toi ça tu devais aller chercher une tunique pour Séphran chez le tailleur et voilà ce que tu nous ramènes »
« Ca c’est un privilège féminin, seigneur, dit Xihiis avec son sourire le plus malicieux. »
Yaëlly se mit à rire.
« Je suppose que c’est votre amie, demanda Thrall ? »
La magicienne confirma.
« Et puis-je savoir ce qu’il y a de si drôle, Démoniste ? »
« C’est difficile à expliquer mais dans l’Alliance, tout le monde vous imagine sérieux, pompeux, puissant, voire tyrannique… »
« Et ? »
« Et vous êtes un hom..un orc comme tout le monde, et je dois dire que je préfère ça. »
« Et bien, euh, ne sachant trop s’il s’agissait d’un compliment, merci, dit-il à tout hasard. »
« Ceci dit, eux, qui sont-ils ? »
Nale se mit à rire…
« Une Elfe de la Nuit, un Nain, un des nôtres et un tauren… »
« Je te trouve très en forme, dit son compagnon d’un ton las mais affectueux. »
« Dame Jaina nous a grandement aidé, elle a souhaité pour une raison que je vous expliquerai ensuite nous adjoindre Dame Alcarlach et Maître Alrik., quant à Kéran et Nuit-de-Lune, nous les avons retrouvé dans les Tarides et comme ils sont sympathiques, nous avons voyagé ensemble. »
A ce moment un jeune orc entra dans la pièce en courant et en chantant une chanson guerrière.
Il s’arrêta net en voyant l’étrange assemblée et considéra les deux humaines, le nain et l’Elfe avec curiosité en se plantant sous le nez de chacun pour mieux voir.
« Vous êtes très jolies, dit-il d’un air décidé aux deux humaines, mais toi tu as de vraiment grandes oreilles, dit-il à Alcarlach »
Nale devint vert foncé et Thrall vert pâle tandis que ses yeux bleus devenaient glacés. A leur idée, il était clair que leur fils allait trop loin.
Mais Alcarlach les devança : « C’est vrai, mais on pourrait dire aussi que tu as de vraiment trop grandes dents… »
Le gamin ouvrit la bouche, la referma puis la rouvrit sans dire un mot puis ils se tourna vers Thrall : »Papa, elle dit que j’ai de grandes dents ! »
Le Chef de Guerre éclata de rire : « Elle a raison ! »
« C’est vrai, renchérit Nale tu as de grandes dents, mais pas autant que ta langue je dois dire. »
Alcarlach reprit:"C'est toi Séphran, je suppose?"
Ebahis les parents et leur fils dévisagèrent l'Elfe.
"Vous le connaissez, demanda Thrall?"
La chasseresse élcata de rire"Et bien, Seigneur, j'ai le regret de vous dire que vous n'êtes pas l'orc le plus redouté par mon peuple. Le plus redouté, c'est lui!"
Un éclair traversa l'esprit de Thrall....
"Quoi ces terroristes fanfarons qui l'avaient enlevé?"
"Et bien l'une est entrée au service d'Elune, refuse de sortir du Temple et a fait voeu de chasteté pour éviter d'avoir un enfant, un druide reste dans sa forme férale d'ours et ne se nourrit plus que de champignons et le troisième affirme à tous ceux qu'il croise à Darnassus que de petites créatures vertes vont venir les dévorer. Les druides guérisseurs se sont penchés sur son cas et ont déterminé un violent traumatisme psychologique, lorsqu'ils ont exploré le Rève Emeraude à la recherche de réponses à ce sujet, ils n'ont vu qu'une image: la Sienne, dit-elle en désignant Séphran, en tout état de cause, vous pouvez dormir tranquilles aucun idiot de l'Alliance ne viendra encore tenter de l'enlever."
Thrall et Nale éclatèrent de rire mais Sephran avait un air penaud.
"Mais je suis gentil!"
L'Elfe s'agenouilla devant lui pour se mettre à sa hauteur:"Mais bien sûr que tu es gentil, mais tu es très, très fort, comme ton papa, alors tu impressionnes, c'est normal."
Le gamin verdit de plaisir et chose surprenante ne trouva rien à répondre.
"Et toi tu es quoi, demanda-t-il, à Alrik?"
Le Nain eut un sourire.
"Je suis un Paladin Nain, jeune Séphran."
"Et c'est bien ça?"
Son père le coupa:"Ecoute, ils sont tous ici pour parler de chose importantes avec moi et..."
"Oui mais toi, tu ne sais pas jouer et quand tu parles de choses importantes ça ennuie tout le monde!"
Les deux humaines pouffèrent de rire.
"Tu vois, elles sont d'accord..."
Le regard du Chef de Guerre aurait glacé tout le monde mais pas la démoniste et la magicienne qui le regardèrent d'un air angélique parfaitement joué et qui ne laissa dupe personne.
Nale se mit à rire en regardant l'air de Thrall.
Le Nain qui semblait trouver l'enfant fort à son goût lui demanda"Et toi tu es quoi?"
"Moi? Je suis son Fils, il montra Thrall et elle c'est ma maman, un jour je deviendrai guerrier, comme mon papa!"
Thrall grogna, c'en était trop:"Pour le cas ou ça t'intéresserais je ne SUIS PAS GUERRIER, je suis SHAMAN et fier de l'être."
"Tu n'es pas un guerrier?"
"Non!"
"Pourquoi tu es Chef de Guerre alors? Enfin ce n'est rien, je ferai comme toi!"
Nuit-de-Lune éclata de rire et se tourna vers Kéran:"Je parierais que tu étais comme cela étant petit!"
"Non, fit Kéran dignement, j'étais pire, je crois!".
A ce moment, Séphran se tourna vers Grak'kath.
"Et lui c'est qui?"
"Mon serviteur, Grak'kath, dit Yaëlly, c'est un démon. Mais ne t'inquiète pas, elle avait vu l'angoisse dans les yeux de l'enfant, il est très gentil."
Même le Marcheur du Vide eut l'air surpris mais étonnamment heureux de l'appréciation de son invocatrice.
"Tu as une jolie couleur, fit timidement l'enfant."
"Merci, fit la voix caverneuse après un silence."
A ce moment Yaëlly se félicita de ne pas avoir invoqué sa succube, Sylissia.
"Bon tu nous laisses parler, maintenant?"
Nale avait une autorité dans la voix que Séphran perçu très bien.
"Oui, maman, je peux jouer là?"
Thrall approuva:"Oui joue là derrière mon siège et surtout, ne dis rien."
"Je sais me tenir, fit le gamin ce qui arracha un soupir à son père."
Xihiis ouvrit une sacoche et en sorti un étui portant l’ancre emblème de Theramore, elle le tendit à Thrall. Nale qui regardait la scène se demanda pourquoi la jeune humaine avait ce sourire malicieux.
Le Chef de Guerre fit sauter le sceau de cire sorti le parchemin, le déroula et lu.
Arrivé au terme de sa lecture, il ouvrit légèrement la bouche de surprise puis se reprit, relu et leva les yeux vers la messagère.
« C’est bien Jaina Proudmoore qui a écrit cela ? »
Xihiis confirma.
« Elle va bien, elle est dans son bon sens ? »
Même signe affirmatif de la magicienne.
« Elle se moque de moi ? »
Xihiis eut d’autant plus de mal à retenir son rire qu’elle entendait les efforts de Yaëlly pour contenir le sien.
« Je ne pense pas que là soit son propos. »
Thrall devint visiblement plus pâle.
« Nale, je vais te lire cette lettre et que tous ici entendent ça ! »
Il éclaircit sa voix : « Très cher Thrall, je suis grandement interessée par l’offre de paix que vous me faites. Je m’engage à ce que les forces de Theramore soient désormais en paix avec celles de la Horde. Toutefois, très sensible à l’honneur que vous me faites en m’adressant ce courrier, je ne puis m’engager pour l’Alliance, car je n’en suis pas le Chef. Je vous suggère donc d’adresser un message identique au chef suprême de nos troupes dont vous connaissez sans aucun doute l’identité. J’appuierai de ma bénédiction votre demande car je la trouve plus qu’intéressante.
Remettez je vous prie mes meilleurs souvenirs à Dame Nale et à votre charmant fils Séphran. »
Nale éclata de rire : »Et bien ça t’apprendra à t’adresser à la personne la plus proche par facilité. Jaina souhaite que tu poursuives avec le vrai chef de l’Alliance. »
Thrall regarda sa femme avec un air peu amène mais ne dit rien. La vision de l’Elfe de la Nuit lui donnait une idée.
« Fort bien conclut-il, je vais aviser ! Je vous propose de vous joindre à nous pour le repas, nous pourrons discuter. »
« Il y a encore une chose à aborder avant cela, dit Xihiis et elle raconta l’histoire de l’attaque et compléta par l’étrange suiveur draconien, je crains que cela ne signifie… »
« Qu’il y a des espions à Orgrimmar, dit Nale, d’un ton froid ! »
Personne n’aime découvrir que son entourage recèle des traîtres ou des espions et Thrall ne faisait pas exception à la règle. Un autre orc aurait hurlé , convoqué la garde et exigé une enquête immédiate, mais Thrall était Thrall et il réagit très calmement.
« Bien, il vaut mieux le savoir, je suppose. En attendant de déterminer du qui il peut s’agir, il faudra voir ce que l’on fait pour poursuivre cette mission à laquelle je tiens beaucoup. Et je signale à tout le monde que je ne dispose pas d’une brigade de chasseur de Dragons. »
« Et bien, si nous nous restaurions dit Nale, tous ensembles ce serait un geste assez symbolique et de plus, j’ai faim ! »
« Excellente idée Dame, dit le Nain dont les besoins en matière de nourriture était assez impressionnants. »
Thrall réprima un sourire.
« Je n’ai rien contre mais je n’ai pas fait de même avec l’ambassadeur Elfe de Sang, il va surement se vexer… »
« Non, le corrigea Nale, tu ESPERES qu’il va se vexer, c’est différent. »
Le Chef de Guerre eut un air innocent et choqué.
En sortant de la Salle du Trône,une jeune elfe de Sang –la chasseresse méprisée par l’Ambassadeur- attendait, immobile non loin d’un garde qui la toisait comme si elle avait été un objet dangereux.
« Chef, elle a voulu entrer alors que vous étiez en audience. »
« Et alors ? »
« Et ben cette petite ga… heu enfin elle m’a écrasé le pied en exigeant de vous voir alors je l’ai tenue ici jusqu’à ce que vous ayez fini. »
Thrall regarda plus attentivement la demoiselle qui était typique de sa race avec des yeux d’un vert limpide et des cheveux auburn.
« Oui et bien, fit le Chef de Guerre, je ne vais pas l’emprisonner parce qu’elle a marché sur tes orteils : que veux-tu elle a les manières de son peuple, comme le magistère qu’on nous envoie comme ambassadeur, le regard bleu glacier du chef orc sondait en disant cela le visage de la chasseresse. »
« Je n’ai rien de commun avec cet individu, fit la jeune fille d’une voix glaciale ! »
« Et bien si, tout de même, dit Nale, vous êtes une Elfe de Sang et lui aussi j’imagine. »
« Les gens comme moi sont traités comme des attardés par les magistères et leurs laquais chevaliers de sang –Alrik émit un gargouillement étouffé- je préfère quitter mon pays que le voir aux mains de gens pareils ! »
Thrall eut un air ennuyé, la présence des membres de l’Alliance à cette discussion n’était sans doute pas souhaitable, même s’il comprenait parfaitement la chasseresse.
« Ce n’est pas le lieu pour parler de ça, dit-il froidement, que ce soit vrai ou non. Votre requète est-elle d’ordre urgent ou confidentiel ? »
« C’est pressé mais pas urgent et ce n’est pas confidentiel. »
« Revenez cet après midi dans ce cas je vous rece… »
Mais Nale se pencha pour lui chuchoter : »Je suis bien placée pour savoir que le pouvoir risque de changer de mains à Silvermoon, de plus, avant sa…mort, Sylvanas était une Forestière, elle pourrait ne pas apprécier qu’on traite mal ceux-ci à Orgrimmar, enfin je vois très bien que tu es –au fond- d’accord avec elle, pourquoi ne pas la joindre au groupe pour le repas ? »
Il inclina la tête, réfléchit un instant.
« Bon, je suis désolé d’avoir été brusque et lui aussi est désolé ajouta-t-il en désignant le garde, je vous invite à ma table avec ceux-ci. »
L’elfe regarda le groupe hétérogène avec indifférence, vraie ou feinte et acquiesça.
« Chef, fit la voie du garde ? »
« Oui ? »
« Moi je ne suis pas désolé, j’ai mal au pied ! »
Le regard de son chef le dissuada de poursuivre dans cette voie et son teint vira à l’émeraude sans qu’aucune des personnes présentes ne sache si c’était de gène ou de colère.
On ne le sait pas toujours mais l’hospitalité est, pour les Orcs, un devoir d’honneur. Aussi la table de Thrall ce jour-là tentait de satisfaire les goûts pour le moins divers de ses curieux hôtes. Ou, du moins ce que les Orcs imaginent être les préférences alimentaires de chacun…
C’est en effet sous le regard étonné de Thrall que l’Elfe de la Nuit mangeait de la viande grillée avec appétit alors que le Nain privilégiait le fromage (et la bière).
« C’est curieux, dit Thrall, j’étais resté sur l’impression que vous autres Elfes de la Nuit étiez végétariens. »
« Non, dit Alcarlach, c’est une erreur, seuls certains, par choix philosophique le sont. Mais ce sont surtout ceux qui restent à Darnassus car quand on parcourt le monde, on ne peut se limiter aux végétaux. »
« Tu es déjà allée partout, demanda Séphran qui engloutissait une tourte sous le regard amusé de Kéran. ?»
L’elfe réfléchit.
« A peu près, j’ai évité les territoires où je ne suis pas la bienvenue mais j’en ai traversé, donc en dehors des villes, je connais presque tout Azeroth. »
« Et quelle est ta région préférée, demanda Xihiis ? »
« En dehors d’Ashenvale, j’aime beaucoup Elwynn, la Forêt des Pins Argentés et bien sur le Bois des Chants Eternels, elle eut un regard vers l’Elfe de Sang qui ne pipait mot. »
« Vous aimez les forêts, dit Nale en riant, ça n’a rien d’étonnant. »
« Papa ? »
« Oui Séphran, qu’y a-t-il ? »
« Pourquoi il y a plusieurs sortes d’Elfes ? »
« Alors là bravo, mon fils, se dit Thrall, et je fais quoi maintenant, pour noyer ce gros poisson là, hein, je fais comment. »
Alors que Thrall et Nale essayaient de trouver rapidement une réponse, leur fils ajouta : »Bon, c’est comme pour le coup des bébés, tu ne sais pas, je vais leur demander, à elles. »
Les yeux argentés d’Alcarlach échangèrent un regard avec les émeraudes luisantes de la chasseresse Thalassienne.
«Et bien, fit l’Elfe de la Nuit, en fait ça fait partie de l’histoire du monde donc je vais essayer de te résumer ça, je te résume parce que c’est une histoire triste et il vaut mieux penser à des choses heureuses. »
L’Elfe de Sang opina : »Même s’il est possible que ma maison soit supérieure à la votre, je vous laisse la parole, je ne parlerai que de mon peuple, si vous en êtes d’accord, madame et seigneur. »
Thrall eut un signe affirmatif et croisa les doigts en souhaitant que la Darnassienne soit assez sage pour être objective.
L’histoire, terrible, du puit d’éternité et de la guerre des Anciens fut évoquée : »…et quelques temps après la fin de la guerre, une partie des Elfes refusa d’abandonner la magie arcanique et ils décidèrent de quitter le pays. (à ce moment Alcarlach eut un regard d’excuse envers l’Elfe de Sang car l’intransigeance des Druides n’était peut être pas si innocente que ça, même si elle était nourrie de bonnes intentions), nous avons su qu’ils ont embarqué et traversé la grande mer. Ensuite, je laisse la parole à mon amie… »
« Bien, fit la jeune fille, ce n’est pas si mal, ce groupe -qu’on appelle Hauts Elfes- a fini par s’installer en Azeroth et à noué des relations d’amitié avec les humains auxquels ils s’allièrent contre les Trolls maléfiques. Ce sont eux qui enseignèrent les arts magiques aux humains pour les aider dans la guerre. Après la guerre contre la Horde est apparue le Fléau et le diabolique Arthas a attaqué Quel ‘Thalas pour réinvoquer – je ne sais pas si c’est le vrai mot, je ne suis pas mage- un puissant Non-Mort au dépend du puit de Soleil. La puissance des armées du Fléau était telle que mes compatriotes ont été vaincus et que le puit de Soleil a été détruit. Le Prince Kael’Thas qui était absent lors de l’attaque, il étudiait les arts magiques à Dalaran a rebaptisé notre peuple Elfes de Sang en honneur au sang des nôtres qui avait tant coulé. Mais quand il a rejoint l’armée humaine, le maréchal humain l’a trahi et il a été obligé d’accepter l’une alliance avec les Nagas. Déclaré traître ainsi que son armée ils ont fuit en Outreterre. De là, il nous a envoyé un émissaire qui nous a appris une technique qui permet de lutter contre les effets de la perte du puit de Soleil.
Il faut ajouter qu’une partie des Hauts Elfes ne se sont pas ralliés au Prince et qu’ils ont gardé leur nom, ils sont proches de l’Alliance, sans en faire partie vraiment, elle jetta un regard à Alcarlach comme pour quémander son approbation. »
« Exact, tout à fait exact, approuva l’Elfe de la Nuit. »
La courtoisie Elfique est grande, se dit Thrall, convaincu que seul le respect du à un hôte avait empêché les deux Elfes d’en venir aux mains.
« Bien tu laisses tomber les questions difficiles ? On est là pour manger et se divertir, et pas pour évoquer les disputes entre nos différents peuples. »
Séphran eut un sourire malin mais n’ajouta rien.
« En ce qui me concerne, j’aime beaucoup Alterac et le Berceau de l’Hiver, dit Xihiis. »
« Ca tant qu’il gèle tu es contente, toi, s’amusa Yaëlly, c’est une déformation professionnelle ! »
Tout le monde, magicienne y compris, se mit à rire.
« De quelle région haine provenez-vous, mesdames, demanda Nale ? »
« Ma famille venait de la marche de l’Ouest mais les Gnolls n’ont pas été d’accord, dit Yaëlly et il ne me reste personne, j’ai grandi à Stormwind et à Comté-du-Nord. »
« Moi, ma famille vient de Hillsbrad, non loin de Tarren Mills, ma mère toutefois se considérait comme étant plus de Dalaran où elle a étudié. C’est la famille de mon père qui venait de Hillsbrad quant à ma mère je n’ai jamais su d’où elle provenait. Mais comme Yaëlly j’ai vécu beaucoup à Comté-du-Nord après la mort de mes parents. Du fait du fléau, ajouta-t-elle, en réponse à une interrogation muette du Chef de Guerre. »
Celui-ci eut l’air soulagé.
« J’ai vécu à Hillsbrad, dit-il, mais je connais peu cette région, où je n’ai fait que guerroyer. »
« On guerroie partout, Seigneur, fit remarquer le Nain, même en Dun Morogh, il ne fait pas si calme que ça… »
« Il ne fait calme nulle part, dit le druide Tauren de sa voix profonde, c’est bien le problème. La nature n’est pas en paix, qu’elle soit forestière, qu’elle soit des plaines, des mers ou des montagnes elle est en colère et nous le fait savoir. »
« Humm certains aident bien la Nature, dit Kéran. »
Séphran trouvait que ce déjeuner devenait un peu trop sérieux à son goût et il commençait à s’ennuyer.
Il se trouvait à côté de la magicienne et se pencha vers elle : »Tu pourrais faire de la magie, dit-il tout bas ? »
« Ca peut se faire, répondit sur le même ton la jeune fille, mais ce n’est pas l’endroit, ni le moment. Je te promets de te faire de la magie tout à l’heure. »
« Non ! Maintenant ! Je m’ennuie, personne ne joue et on ne parle que de choses sérieuses, c’est pas gai. »
Le tempérament mutin de la jeune fille pris le dessus sur ses bonnes résolutions et elle fit un clin d’œil à l’enfant.
Sous la table, elle agita les doigts de la main gauche qui se nimbèrent d’un aura bleu. Une grosse boule de neige apparu au dessus de la tête de Thrall qui ne se doutait de rien, occupé qu’il était à discuter de diplomatie avec Alrik.
Soudain la boule tomba et se répandit sur la tête du Chef de Guerre qui fit un bond sur place mais resta muet car son fils mort de rire battait des mains.
Nale elle aussi gloussait de la tête de Thrall d’abord et du bonheur de Séphran ensuite.
Les autres convives étaient partagés entre la gène et l’amusement mais le rire de l’enfant fit emporter la décision vers le rire.
Restait le père…
« Grhumph, fit il en s’ébrouant, je suppose que c’est une de tes idées, dit Thrall en regardant Séphran ? »
« Oh je l’ai bien aidé, mais il m’a fait pitié, je dois dire, dit Xihiis un peu confuse tout de même. »
Le regard de Thrall prouvait toutefois que le souci du bonheur de son fils passait en tout cas en privé, avant sa dignité de chef de guerre.
« Je vais me faire pardonner, dit Xihiis »
« Mais il n’y a rien à pardonner, fit Thrall, après tout il fait très chaud ! »
« Peut-être mais je vais accomplir quelque chose que la personne qui m’a confié cette quête ne s’attendait pas à me voir réussir. Un cousin de mon père m’a remis ceci en me demandant si je pouvais essayer d’un jour le remettre au Chef de Guerre de la Horde ou à son héritier. Alors voilà, Séphran, c’est un petit cadeau mais fais-y attention, elle exhiba un pendentif d’argent très simple mais qui attira le regard de Thrall et qui le rendit pâle comme un mort, elle passa la chaîne autour du cou du gamin et conclut : voilà, j’aurai accompli les dernières volontés de l’oncle Foxton. »
Son regard et celui de Thrall se croisèrent et ne fut pas étonnée de voir un flou dans les yeux bleus du grand chef orc.
Le Chef de Guerre s’éclaircit la voix.
« Bon puisque nous sommes entre personnes intelligentes, nous allons reparler de ce qui vous amène ici. Vous le savez, je souhaiterais, pour diverses raisons, que la Horde et l’Alliance vivent en paix. Je crois, ma Dame, dit-il en s’adressant à l’Elfe de Sang que vous êtes la seule ici pour laquelle cette nouvelle en est une. »
Celle-ci sourit : « Oui et non Seigneur, il ne saurait m’étonner qu’un chef d’Etat tel que vous soit intéressé par une paix plus profitable de des affrontements sans fin. Mais ce sera difficile. »
« Je voudrais demander à,une délégation d’aller porter mes propositions au Chef de l’Alliance, à Darnassus. »
Alcarlach leva un sourcil mais ne dit rien.
Xihiis ne dit rien mais songea « Ca m’étonnerait que Tyrande se considère plus Chef de l’Alliance que Jaina mais bon, s’il faut aller là bas nous irons, je me demande seulement ce qu’Alcarlach va dire. »
« Papa ? »
Thrall poussa un soupir profond et las. « Oui, Séphran ? »
« Comment les Elfes font les bébés ? »
Le visage du chef de Guerre se décomposa.
« Tu crois que c’est le moment de parler de ça ? »
« Je sais pas mais je veux savoir. »
Nouveau soupir.
« Je vais leur demander, dit Séphran et ; avant que son père ou sa mère aient pu dire quoi que ce soit, il se tourna vers les deux Elfes et leur posa sa question. »
La jeune elfe de sang sourit et son regard vert s’adoucit : »Et bien, quand des parents Elfes veulent un bébé, ils prient très fort le grand dragon rouge, et après quelques temps, le dragon apporte un œuf très joli chez les parents et quand il éclot, c’est le bébé ! »
« Hummmm, fit Séphran d’un air pensif, et il y a beaucoup d’enfant chez toi ? »
« Euh….Non pas beaucoup en fait ! »
« Pas étonnant si vous vous y prenez comme ça, dit Séphran une lueur maligne dans les yeux ! »
Le chasseur orc, le paladin nain et le druide tauren échangèrent un regard et se mordirent les lèvres pour ne pas éclater de rire. Les deux humaines n’essayèrent même pas, même la stoïque elfe de la nuit avait un sourire.
Thrall se mit à écumer.
« Mais est-ce que ce n’est pas fini d’em…nnuyer le monde comme ça avec tes questions à la c…noix, franchement, on s’en fiche tous de comment les Elfes font les bébés, l’important c’est qu’il y en aie, des Elfes, voilà tout. »
« Oui enfin toi tu ne sais déjà pas comment les orcs font alors…Mais bon, je m’en vais. »
« Je crois que c’est mieux, nous avons à parler, fit, très diplomatiquement, Nale. »
« Acceptez mes excuses pour mon fils, dit Thrall à l’Elfe de Sang. »
« Je suis désolée, je voulais être gentille, voilà tout. »
« Je le sais bien, il est impossible ! »
« Ne vous inquiétez pas, la gentillesse des Elfes de Sang est souvent mal comprise. »
« Certains disent même qu’elle leur est inconnue, dit Alcarlach un sourire taquin aux lèvres.
Mais la jeune Elfe pris mal la réflexion de la darnassienne.
« Je ne doute pas qu’à Darnassus on colporte ce genre de stupidité. Mais rassurez-vous nous savons ignorer le jugement de ceux qui ont choisi de renier leur héritage. »
« En fait d’héritage, c’est le népotisme, la dictature et la trahison –non, je ne parle pas de votre adhésion à la horde, ça c’est un choix politique- je parle d’autre chose que vous êtes trop jeune pour connaître. »
« Je n’ai peut être que 40 ans mais je sais ce que je vaux et d’où je viens. »
Thrall intervint : « Jeune dame, notre amie darnassienne n’a pas voulu vous offenser, c’était une plaisanterie fort répandue même au sein de la Horde, vous savez. » Il n’ajouta rien sur d’autres plaisanteries moins spirituelles ou d’autres jugements plus agressifs dont les Thalassiens étaient l’objet.
«Si les gens prenaient au moins la peine de connaître notre peuple et ses problèmes avant de porter des jugements à l’emporte-pièce cela éviterait pas mal de problème, je crois ! »
« Damoiselle, nous avons, vous le savez de bonnes raisons de connaître votre peuple, dit Alcarlach, et ses choix font que certains parmi nous vous considèrent comme dangereux, instable et indignes de confiance. »
« Vous connaissez mon peuple par des écrits qui datent d’il y a dix mille ans. Les Elfes de la Nuit sont les seuls à n’avoir pas changé au cours de cette période, même les Aspects ont changé, l’immortalité a bloqué vos changements. Notre peuple n’a cessé de s’adapter. »
Xihiis intervint : »Vous savez, moi, je connais pas mal les Hauts Elfes par l’influence de Dalaran, et… »
L’Elfe de Sang la coupa : »C’est aimable à vous mais nous ne sommes plus des Hauts Elfes, le Fléau y a veillé. Notre monde a été détruit et l’Alliance à laquelle nous avions tout donné nous a trahi, ne m’en veuillez pas trop mais les Humains ne semblent pas plus dignes de confiance que cela. »
« Nous ne sommes pas tous comme Garithos, avança Yaëlly, de nombreuses personnes aimaient les Hauts-Elfes et n’ont été choquées que par le mal absolu d’une alliance avec les Nagas… »
« Dans laquelle, poursuivi, Alcarlach, certains ont vus une reconnaissance d’une très ancienne parenté par un peuple qui n’attache que trop d’importance aux clans et aux lignages. »
« Y avait-il un autre choix, demanda la jeune Thalassienne ? »
Thrall prit la parole : »Je n’en sais rien. Le choix a sans doute été difficile mais les conséquences sont lourdes pour votre peuple. »
« En tout cas, dit la jeune elfe de sang, nous acceptons mal des jugements défavorables de la part d’un peuple qui s’est tenu à l’écart des problèmes du monde pendant aussi longtemps ! »
« Ce n’est pas de notre faute si Dath’Remar a entraîné les restes des Biens Nés vers l’exil parce qu’ils étaient incapables de s’abstenir des arcanes. »
« Il n’y a aucune raison d’interdire leur usage sous peine de mort, c’est dictatorial ! »
« En matière de dictature, vous vous y connaissez, il faut dire ! »
La conversation s’envenimait et Xihiis jugea qu’il était temps de calmer le jeu.
« Je pense que le problème des Elfes, des deux camps c’est qu’avec leur longévité, ils ont aussi une mémoire longue et que ce qui ne serait plus que lointain souvenir prêt à être à oublier pour nous reste d’une cruelle actualité pour vous. Mais, damoiselle, je vous assure que vous vous trompez de victime, notre amie Alcarlach nous a parlé de ses vues sur votre peuple avec une réelle compassion. »
Le visage de la jeune elfe de sang s’empourpra : « Acceptez mes excuses, il n’est pas facile de vivre ce que nous avons vécu et de garder l’équanimité que l’on prête aux Elfes. »
« A tort, dit Alcarlach, je me suis emportée aussi, acceptez mes excuses… »
Thrall eut le curieux sourire des orcs.
« Peut être que ce n’est pas gagné d’avance cette paix, mais ça vaut la peine d’essayer. »
« En tout cas, j’accepte volontiers de voyager jusqu’à Darnassus, dit Xihiis. »
« J’aurai la même démarche que mon amie Jaina Proudmoore, dit le chef de Guerre, il n’est plus question que vous partiez seule. Le groupe qui vous a accompagné jusqu’ici, si ses membres sont d’accord, ira avec vous. »
« Et moi, demanda l’elfe de sang ? »
Thrall la regarda surpris.
« Quoi vous ? »
« Et bien je devais vous demander quelque chose, vous vous souvenez ? »
A vrai dire, il avait complètement oublié ce détail mais n’en laissa rien paraître.
« J’y venais! En fait, que voulez-vous ? »
« Que vous me donniez quelque chose à faire. Je ne peux plus rester à Silvermoon et je souhaite œuvrer pour la Horde, avant de pouvoir me lancer dans ma quête. »
« Qui est ? »
« De retrouver ma mère, en Outreterre. Ou d’au moins savoir ce qu’elle est devenue. Elle est tout ce qui me reste depuis l’attaque d’Arthas. »
Pris de court, Thrall réfléchit puis eut une idée : « Et si vous vous joigniez à ces ambassadeurs extraordinaires ? Au moins ça vous apprendrait à connaître mieux les gens de l’Alliance, et, il prit un ton de conspirateur, ceux-ci sont tout particulièrement sympathiques. »
Comme tout le monde avait entendu la remarque, tout le monde eut un sourire. Même si il y avait des objections à l’adjonction de l’Elfe de Sang au petit groupe, on ne discutait pas un ordre de Thrall !
"Bien, ainsi c'est décidé, vous avez une puissance d'attaque non négligeable, un potentiel de guérison et vous représentez les deux camps. Je pense sincèrement que ce sont d'heureuses auspices pour une telle mission."
"Maintenant que tu as décidé tout ça, fit Nale, on pourrait peut-être se détendre un peu...D'ailleurs j'ai quelque chose à leur demander, relativement à Dame Tyrande"
Thrall eut l'air surpris:"A la grande prétresse? Quoi donc?"
"Ca ne t'intéressera pas, ce sont des trucs de filles..."
Le chef de guerre soupira.
"Je me demande quand même ce qu'elle peut avoir à faire dire à Dame Tyrande, Jaina passe encore, elle est jeune, mais Tyrande, elle a plus de 10000 ans...De toute façon je n'en saurai rien même si je pose la question."
Le lendemain, les préparatifs de départ se déroulaient discrètement dans une salle du Fort Grommash. Alcarlach et Kéran s'occupaient de leur familier, le paladin fourbissait son armure et le jeune druide était allé en quête des divers composants magiques nécessaires à son art et à celui de la magicienne humaine. Assise gracieusement dans un rayon de soleil, l'Elfe de Sang semblait perdue dans un rêve qui rendait ses yeux verts intenses lointains comme un ciel d'été. Tout en flattant son lynx, l'Elfe de la Nuit regardait la jeune fille dont le visage reflétait une tristesse infinie.
« Puis-je faire quelque chose pour vous ma belle Dame Elfe, demanda le Paladin qui avait fini de frotter ses plates. »
Le jeune fille leva les yeux vers Alrik : »Non, je vous remercie, maître Nain. »
« C’est que vous avez l’air triste, et il me déplait de voir une si belle dame dans le chagrin. »
Yaëlly qui feuilletait un grimoire aux pages épaisses comme de la peau de démon, ce qu’il était peut être, leva les yeux vers le Nain avec un air surpris.
« C’est qu’il fait des progrès, se dit-elle… »
« Il ne faudrait pas, voyez-vous, vous laisser aller au vol de vos idées noires, gente Dame, nous sommes réunis pour un noble but et la joie peut envahir nos cœurs. Vos yeux sont faits pour la joie et non pour la peine, mais je pense que vous le découvrirez en notre compagnie. Vous êtes trop belle pour rester longtemps triste. »
La jeune Elfe sourit mais ne dit rien.
Alrik la salua puis sorti de la pièce.
L’Elfe se leva et s’approcha de Yaëlly : « Excusez-moi, puis-je vous poser une question ? »
« Bien sur, fit la démoniste, en posant à nouveau son grimoire. »
« Simplement ceci, chuchota l’Elfe : Il voulait me séduire, là, vous croyez ? »
« Non, je ne pense pas mais les Nains sont très directs et notre ami est jeune et parfois un peu naïf, ne le prenez surtout pas mal, il disait simplement ce qu’il pensait. »
L’Elfe sembla pensive.
« Du reste, poursuivit Yaëlly, c’est vrai que vous semblez triste et je ne m’étonne pas qu’un coeur d’or comme ce digne paladin s’inquiète de vous voir comme cela. «
« Tandis que vous ? »
« Tandis que moi qui suis à la fois femme et démoniste, je perçoit votre douleur et m’en inquiète ça c’est la femme mais je pense qu’elle est à la fois votre force et votre faiblesse et ça c’est la démoniste ! »
« Il faudra que vous me parliez des démonistes, un jour si vous voulez bien. »
« Ce sera comme vous le souhaitez. Puis-je en retour vous poser une question ? »
L’elfe se tendit « Oui, fit-elle sèchement.»
« Où est votre familier ? »
Un sourire apparu sur les lèvres de la jeune fille : « Je vais l’invoquer, dit-elle, je lui avais demandé de rester à l’extérieur. »
Elle siffla et un magnifique rôdeur des prairies entra après quelques instants.
« Voici Sable de Soleil, dit l’Elfe. »
« Tiens, fit Kéran, pas un Faucon dragon ? »
« Je préfère oublier que Quel’Thalas a existé, ami. »
Xihiis entra chargée de livres anciens et poussiéreux : « Yaëlly dit-elle les écrits orcs sont forts intéressants en ce qui concerne la magie ancienne, ceux-ci pourraient t’intéresser. »
Elle considéra le tableau formé par son amie et l’elfe et sourit.
« Puisqu’on est entre nous et que je connais bien les Hauts elfes, puis-je, ma jeune Dame Elfe, vous poser une question sensible ? »
Le regard vert limpide la fixa interrogateur.
« Voilà, nous allons voyager ensemble, nous devrons nous parler, je sais qu’il n’est sans doute pas question pour vous de nous révéler votre nom de clan mais comment pourrions-nous vous appeler ? »
Le visage de l’Elfe se fit lointain : « Hum…Dela’na me semble…approprié. »
« Très bien Dela’na, il faut nous préparer, Thrall souhaite que nous passions par la petite porte et de nuit en plus. »
« Mais, fit Kéran, la petite porte nous dirige tout droit vers Azshara, il faudra faire un crochet pour rejoindre Ashenvale. »
« L’avantage, dit Alcarlach, c’est que la sortie vers Azshara n’est pas gardée ni par la horde ni par l’Alliance. »
« Donc nous cherchons à éviter le combat ? » C’était Nuit-de-Lune.
« Bien sur, il faut rester discret, vu notre escorte, dit Xihiis un sourire ironique sur les lèvres. »
« Vous parlez de nous, demanda Dela’na ? »
« Oh on ne saurait pas être discret complètement avec une Elfe de sang, un Orc et un Tauren mais non je faisais allusion aux adversaires de la paix qui nous suivent. »
« Je ne vois pas ce que nous avons de voyant, dit l’Elfe. »
« Rien, mais reconnaissez que notre groupe est plutôt atypique. »
« C’est vous quatre les plus voyants ici à Orgrimmar ! »
« Hum, fit Alrik, elle marque un point, Dame Xihiis. »
« Non, jamais nous ne pourrions rivaliser avec l’éclat de ses yeux, dit Yaëlly. »
« Ils étaient autres, quand j’étais petite vous savez, dit Dela’na »
« Allons les Elfes sont plus élégants que nous autres pauvres mortels à la vie limitée, mais au moins nous n’avons pas vos oreilles. »
« Quoi nos oreilles, fit Alcarlach, qu’est-ce qu’elles ont nos oreilles ? »
« Disons, dit narquoise, Yaëlly qu’elles doivent vous permettre de connaître toujours la direction du vent. »
Dela’na regarda l’Elfe de la Nuit.
« Nous ne pouvons pas laisser passer ça tout de même. »
« Ne t’inquiète pas, elle ne comprennent pas tout ce qu’elles disent, elles ne sont qu’humaines après tout ! »
Le ton glacé parfaitement joué de la Darnassienne fit éclater de rire la magicienne : »On aurait dit Fandral Fortarmure, je ne vous savais pas ces dons d’imitatrices. »
A ce moment entra dans la pièce un mort-vivant accompagné de Thrall. Alrik se raidit mais sous un triple regard sa réaction se limita à cela, mais Dela’na détourna la tête.
« L’apothicaire Thompson que voici, est également ingénieur et il a conçu quelque chose qui, me dit-il pourrait révolutionner la vie des chasseurs. Mais il dit aussi que seul un chasseur peut en apprécier l’intérêt je me suis donc dit… »
Les trois chasseurs eurent un regard intrigué vers le réprouvé.
« Oui, dit-il d’une voix sifflante, madame, vous par exemple –il s’approcha d’Alcarlach- pourriez-vous activer cette pierre d’invocation. »
« Euh, oui, j’imagine. »
Elle prit la pierre des mains décharnées du réprouvé et se concentra un instant.
Un violent bruit de ferraille retenti et une chauve souris mécanique se mit à planer dans la pièce. Ses évolutions saccadées étaient accompagnées d’un bruit évoquant un homme en armure en train de laver des plats de métal avec des pierres.
« Oui, c’est intéressant, ça fait quoi ? »
« Et bien ! Vous ne voyez pas ? »
« Non firent les trois chasseurs. »
« C’est un familier mécanique, il n’y a pas besoin de le nourrir. »
Les deux fauves et le sanglier se rapprochèrent du non-mort en grondant.
« C’est une économie en nourriture et en place puisqu’on ne doit pas la stocker la nourriture,.vous voyez. »
« Et, s’enquit Kéran, elle combat bien ? »
« Combattre ? »
Le mort-vivant s’esclaffa « Non, non, non elle ne combat pas ses rouages sont délicats et craignent les chocs. »
Les trois chasseurs se regardèrent ennuyés, comment faire comprendre sans être trop désagréable que ce truc était tout à fait inutile.
Thrall les libéra de ce souci : »Crétin abruti par les potions gangrenées je n’ai jamais vu une stupidité pareille, vous venez de chez qui au juste, les gobelins ? Les gnomes peut être ? Si on vous confiait le monde, vous seriez capable de le faire se crasher.. Sortez d’ici et retournez à Undercity présenter vos c…inventions a Sylvanas, la connaissant je ne doute pas qu’elle vous récompense comme vous le méritez ! »
Le mort-vivant sorti rapidement suivi de sa chauve souris cliquetante.
« Je suis désolé, dit Thrall, d’habitude je les dépiste les idiots mais là je me suis laissé avoir. »
Les trois chasseurs se mirent à rire.
« Excusez-moi, demanda Yaëlly, ça veit dire quoi Crasher le monde ? »
« Oh, fit Thrall, c’est une légende Orc, quand ils ont passé la Grande Porte, il paraît que certains sont resté bloqués et que le monde autour d’eux s’est arrêté de bouger puis pour d’autres quand ils parlaient à leur voisin il ne répondait plus et restait là sans réaction. Ou même lors d’une attaque, ils frappaient un ennemi et celui-ci n’était jamais blessé même si on voyait le coup porté… C’est ce qu’ils ont appelé « crasher le monde » mais ce n’est qu’une légende. »
Tout le monde se mit à rire. « Oui, dit Xihiis, vous imaginez, vous êtes entrain de combattre et puis tout s’arrête et quand tout repart vous êtes mort sans rien comprendre, même la magie ne peut pas faire ça ! »
« La gangremagie non plus, assura Yaëlly. »
L’éclat de rire parti de plus belle…
« Oui, avoua Thrall, il y na des superstitions ridicules chez nous : le monde qui s’arrête, c’est impossible ! »
Il y a, tous les aventuriers le savent, possibilité de sortir d'Orgrimmar par un passage discret, moins gardé et qui dirige vers une région déserte des Tarides. Thrall qui ne décolérait pas de la découverte de la présence d'espion à sa porte ne fit pas les choses à moitié, l'intégralité des g-grunts habituels fut remplacée par sa propre garde rapprochée Loup de Givre et lui même remit à Kéran, Nuit-de-Lune et Dela'na des rènes d'invocation de monture Loup de Givre.
Kéran verdit et bafouilla d'embarras tellement il était sensible à la faveur du Chef de Guerre.
"Non, dit Thrall, c'est moi qui te suis redevable, et je suis fier de la nouvelle génération d'orc si tu en es un digne représentant."
"Revenez tous après cette mission pour m'en rendre compte, et sachez, amis de l'Alliance que vous quatre êtes dorénavant considéré comme amis des Orcs et des Taurens et bienvenus à Orgrimmar."
Le chemin vers Azshara partait directement vers le Nord, il était très sur et désert mais obligeait à traverser un fleuve, avant de gagner la région d'Azshara. Les rives du Fleuve Furie furent atteintes après une marche sans histoire de quelques heures. L'aube se levait, loin à l'est quand ils arrivèrent près de l'eau.
"Et bien allons-y pour la baignade, dit Xihiis sans réel entrain car l'eau encore sombre et rapide n'était guère engageante."
"Un instant, fit Dela'na, et elle se dissimula dans les broussailles."
Le reste de groupe se regarda sans comprendre.
"Voilà, dit elle quelques instants plus tard en sortant du buisson."
Le Nain et l'Orc déglutirent en échangeant un regard: l'Elfe avait ôté pourpoint, chemise et chausses et se retrouvait presque nue.
"J'ai horreur de porter de vêtements mouillés, pas vous?"
"Euh, et bien, vous n'avez pas tort, dit Yaëlly très amusée."
Sans plus attacher d'importance à sa mise, Dela'na sauta gracieusement dans l'eau et se mit à nager vigoureusement vers l'autre rive.
"J'espère que l'eau est froide, ça nous fera du bien à tous deux murmura, Kéran à Alrik qui approuva vigoureusement d'un signe de tête."
Tout le groupe se mit à l'eau et entreprit de traverser le fleuve.
La rive opposée était peu hospitalière et les obligea à escalader quelque peu car le plateau d’Azshara débute par une zone rocheuse et même montagneuse. Le paysage est majestueux mais on ressent déjà l’influence du Nord car les vents chauds des Tarides sont arrêtés par cette barrière puissante et le climat est dominé par les vents marins à l’Ouest et par les montagnes au Nord.
Il fallu toute une journée de marche au groupe pour atteindre le plateau vallonné qui constitue l’essentiel de la région.
Ils établirent le bivouac dans une zone dépourvue d’arbres pour éviter les surprises mais décidèrent d’allumer un feu car comme le dit très justement Xihiis, un groupe qui n’allume pas de feu par un temps pareil (le vent marin soufflait fort) ressemble à un groupe qui a quelque chose à cacher.
« Azshara c’était une reine Elfe, non, demanda le Tauren ? »
« Oui, répondit Alcarlach, il y a plus ou moins dix mille ans… A l époque il y avait le puit d’éternité, pas de Grande Mer, ni de Maëlstrom et la civilisation des Kaldoreï avait implantés ses villes, magnifiques, paraît-il, sur tout Kalimdor. On peut encore voir des ruines des grandes cités plus à l’ouest sur la côte… »
« De quelle ville, demanda Dela’na ? »
« Honnêtement je ne le sais pas, le nom sous lequel les ruines, très mal fréquentées d’ailleurs, sont connues est postérieur à la chute des Biens Nés, en tout cas pas Zin Azshari qui doit gésir quelque part au fond de l’eau tout près du Maëlstrom… »
« Pourquoi, demanda Yaëlly ? »
« Elle était construite sur les berges même du Puit d’Eternité et quand le grand cataclysme a eut lieu elle était au meilleur endroit pour être détruite, dit Dela’na. »
« Dites, fit l’orc, puisque je vous ai toutes les deux sous la main, je voudrais poser une question aux deux elfes que vous êtes. »
Les deux jeunes femmes firent un signe d’approbation.
« Sur le plan de la société, je ne parle pas des divergences religieuses, quelles sont les différences entre les deux grands peuples Elfes. Parce que comprenez-moi, là nous partons pour Darnassus et je ne sais quasiment rien des Elfes de Sang qui sont mes alliés alors je n’ose pas vous dire ce que je sais des Elfes de la Nuit qui sont dans l’Alliance… »
Les deux Elfes se regardèrent, le regard vert dans le regard d’Argent, avec l’air indifférent des beaux visages elfiques. Un air qui n’est qu’un masque d’ailleurs car les Elfes comme les autres ont des sentiments et sont même parfois passionnés.
« Bon on va essayer de faire simple, dit Alcarlach et vous poserez vos questions ensuite si vous le souhaitez. »
« Voilà, dit Dela’na, c’est très simple les Elfes de Sang (et les hauts Elfes) suivent la tradition des Bien Nés, c'est-à-dire de l’aristocratie Kaldoreï au moment de la guerre des anciens. En tout cas d’une partie de celle-ci. A l’époque, le pouvoir était détenu en vertu des lignages familiaux : à lignage prestigieux, pouvoir prestigieux. Une grande importance est accordée à la maîtrise des arts magiques et de nombreux hauts lignages descendent de grands magiciens ou de grande magicienne. Actuellement (du moins lorsque j’ai quitté Silvermoon), le pouvoir est plus ou moins entre les mains des magistères et des chevaliers de Sang. L’antique tradition des Forestiers est méprisée ainsi que le sont ceux qui la suivent. Ce qu’il faut retenir c’est que la loyauté d’un Elfe de Sang va d’abord à sa famille, ensuite à son clan et enfin à son…souverain… Bien sur, il y a aussi les buts personnels et si on veut égoïste mais il est assez rare qu’ils passent au dessus des devoirs familiaux. Sauf chez les Démonistes, bien sur…’»
Yaëlly sourit mais ne dit rien…
« Bien, fit Alcarlach, chez moi c’est différent, les Elfes de la Nuit actuels suivent les enseignements de la guerre des anciens, je veux dire que ceux qui virent la catastrophe évitée par des gens dont le lignage n’avait rien de fameux en on déduit que le simple fait d’appartenir à une caste par naissance ne donnait aucun privilège. C’était l’idée, je pense, de Malfurion et Tyrande ils pensaient, et Tyrande, j’imagine le pense toujours, que le mérite fait gagner le poste ou le pouvoir. L’idée est séduisante mais elle est pervertie par le fait que certains s’approprient le pouvoir sans peut être le mériter. Au niveau des liens familiaux ils sont très forts et notre sens de la loyauté familiale est semblable mais nous savons aussi que nous ne méritons notre place que par nos actes et que ces mêmes actes peuvent nous donner une position plus ou moins enviable dans la société. Voilà plus ou moins… les différences entre nous. »
L’orc hocha la tête.
« Pour le reste, dit Dela’na, vous devez savoir que chez moi on ne révèle pas le vrai nom, qui est le nom de clan, sauf aux amis très proches. Seul sont connus les noms des gens célèbres comme ceux du Clan Windrunner ou encore des Sunstrider… »
« Et chez moi cela n’a pas d’importance, conclut Alcarlach. »
« Donc, fit Kéran surpris, quand nous vous appelons Dela’na, ce n’est pas votre vrai nom ? »
« Oui et non, c’en est une partie seulement. »
« Curieuses coutumes, fit le druide Tauren qui était resté fort attentif, chez nous on se glorifie de crier son nom de clan à la face de l’ennemi. »
« Je pourrais vous dire aussi que vos coutumes sont curieuses, fit remarquer Dela’na ! »
« Oui c’est comme cela pour tous les peuples… »
« Une chose encore, dit Alcarlach, un immense défaut de mon peuple est sa conviction d’être un peuple important et de grande qualité, voire même d’être celui dont la qualité est LA plus grande. »
Dela’na sourit : »Je n’en avais pas parlé car il voulait connaître nos différences… »
Il y eut une silence meublé seulement par les craquements du bois dans le feu.
"Que pensez-vous des Hauts Elfes, demanda soudain Nuit de Lune en regardant Dela'na?"
"Et bien ils ont fait un choix et les Elfes de Sang un autre, mais ce sent des gens estimables. Vous savez, cette scission des Elfes à déchiré certaines familles, comme celle des Windrunner par exemple."
"Et vous?"
"Moi? J'étais à Silvermoon lors de l'attaque du Fléau, j'ai développé pour le Fléau une haine dont aupravant je ne me serais pas crue capable. Pour le reste quand le Prince à rallié les Elfes autour de lui, j'étais là et j'ai suivi les gens de ma parentèle. Maintenant, je n'ai pas vraiment eu le choix..."
"Mais, fit Kéran, vous étiez d'accrod avec les agissements du Prince Kael?"
Dela'na fit la moue ce qui mit en évidence ses lèvres pourpres.
"A ce moment-là, il s'est contenté de prendre le pouvoir, de rallier l'armée et de partir. Après les manoeuvres de Garithos, son alliance avec les Nagas, il ne nous a pas posé la question, c'est le Prince, après tout! La fuite en Outreterre est ensuite, compréhensible, mais n'a pas facilité la vie à ceux qui restaient. L'envoi du Magistère Rommath qui nous a appris la Ponction de Mana et la promesse d'une nouvelle patrie en Outreterre me laissent plus perplexe. Il y a eu création de deux classes dans la société: les magistères et le Chevaliers de Sang, d'un côté et les autres de l'autre."
Le druide eut l'air perplexe:"Vous remettez en question la Ponction de Mana?"
Et Dela'ana eut un gentil sourire: "Vous voyez mes yeux?"
"Oui, répondit Alrik, en songeant: et ils sont magnifiques"
"Et bien, avant que je ne ponctionne la mana la permière fois, ils étaient dorés...Je ne crois pas que ce soit normal, ce changement..."
Kéran eut un regard vers Yaëlly, qui, en sa qualité de Démoniste ne pouvait avoir manqué l'information...Mais il ne dit rien.
"Et bien, dit le druide, je vous remercie. Mais j'ai encore une question, et excusez-moi si elle est trop personnelle, je ne comprends pas bien cette dépendance aux Arcanes..."
Fela'na allait répondre, mais Alcarlach la devança:"C'est effectivement personnel. Et je vais me permettre de vous dire une chose ou deux. Mon peuple, avant la guerre des anciens faisait de la magie. Mais baignant dans l'énergie du puit d'Eternité, il ne prit jamais la peine de capter ou canaliser l'énergie ambiante pour restaurer sa mana. Ceci dit il ne s'en sont rendu compte que quand le conseil d'Azshara les a isolé du Puit pour en capter l'énergie dans ses propres buts maléfiques. Seuls les sorciers les plus doués parvenaient encore à lancer des sorts. Bien sur Malfurion Stormrage sous l'influence de Cénarius avait appris à canaliser l'énergie du monde et à restaurer sa mana comme nous le faisosn tous actuellement.
L'incapacité des magiciens de l'époque à gérer la situation ainsi que leur implication dans la venue des démons a fait abandonner la magie à mon peuple. Les druides ont enseigné d'autres techniques (celle des chasserus en sont proches, d'ailleurs car notre lien avec la nature est fort). Nos prètres ont également appris à capter l'énergie du monde en se basant sur les enseignements d'Elune.
Ce qui se passe avec le puit de soleil n'est pas différent, la magie arcanique (c'est à dire celle qui ne dépend que de la mana et pas d'un élément quelconque du monde tangible ou intangible) était d'usage courant chez les Hauts Elfes, tout ou presque se faisait magiquement, quasiment sans y penser. Ce n'est pas une critique du tout, c'est un fait. Mais baigné comme ils l'étaient dans les énergies du puits de soleil, ils n'ont jamais appris à concentrer leur énergie pour restaurer leur mana, lorsque le puit a disparu, ils se sont trouvé privés de toute une partie de leur vie et de leur être. Sans parler des massacres perpétrés par le fléau. Alors les survivants se sont trouvés face à un choix: laisser tomber tout effort, (c'est le choix pour autant que ça en soit un des Déshérités), soit Apprendre à canaliser le mana et accepter de souffrir de la déprivation sans céder à la dégradation morale et physique (il paraît que la douleur en est terrible-c'est l'option des Hauts Elfes) et enfin suivre les enseignements de Kael et ponctionner la mana. Le seul problème dans ce dernier cas est de savoir ce que devient la source de la mana ponctionnée. Je dirais que ponctionner la mana de créatures maléfiques pour leur nuire peut sembler louable mais la dérive est je le crains vite atteinte. Qu'en pensez-vous Dela'na?"
Le visage de la jeune Elfe de Sang s'empourpra.
"Je n'ai guère ponctionné la mana que les fois nécessaires pour apprendre la technique, il me semblait qu'en cas de besoin, elle pouvait être utile. Mais comme je vous l'ai dit, le changement dans mes yeux m'a convaincu de m'abstenir au maximum. J'ai peur de la douleur de la déprivation, mais j'aurais encore plus peur de perdre mon identité. Je suis moi et je tiens à le rester. Pour le reste, Alcarlach a décrit la situation avec une érudition et une objectivité qui l'honore."
Les yeux de Dela'na se perdirent dans les flammes dansantes du feu de camp qui continuait à pétiller joyeusement.
"Vous n'y êtes pour rien, dans ce processus, Dela'na...Les humains ont eux aussi commis des erreurs et des horreurs, dit Xihiis, et pas toujours en ayant d'aussi bonnes excuses que votre peuple. Mais je n'avais jamais compris aussi bien ce qu'était votre problème, en fait il y a, à la base, un problème de traduction Mais je comprends la souffrance car la déprivation de mana doit être difficile."
Elle pensait en disant cela au sentiment de soif et d'assèchement terrible qui atteit le mage qui à la suite de combats trop longs ou trop répétés voit sa réserve de mana vidée.
Soudain un appel déchirant tranchnat le calme de la nuit et les mis tous en alerte.
"C'est l'appel d'un Dragon, dit Nuit-de-Lune!"
Tous hochèrent la tête: c'est le genre de cri qu'il n'est pas difficile d'apprendre à reconnaître.
"Mais du calme, dit Alcarlach, il y a en Azshara une colonie de draconnides bleus, ils sont aggressifs et n'ont rien à voir avec les nobles dragons du Vol de Malygos, je ne sais trop quel mal les a perverti, mais je ne crois pas qu'ils aient quoi que ce soit à voir avec le vol Noir. Le cri que nous avons entendu pourrait être celui de l'un d'entre eux..."
"C'est vrai, dit Xihiis, ils sont abhorrés par le vol bleu et ils pourraient bien être responsables de ce bruit."
Mais le regard qu'elle lança à Alcarlach laissait comprendre qu'elle n'y croyait que peu...
« Animal stupide, rugit le dragon noir à l’égard de son adversaire bleu, me voilà certainement repéré. Pourquoi le Maître n’en a-t-il pas fini avec votre vol dans le passé, je me le demande ! »
Le draconnide bleu ne répondit rien de compréhensible mais se rua à l’attaque du dragon noir. Celui-ci rompit le combat en s’envolant dans la nuit tout en continuant de pester contre celui qui l’avait forcé à se dévoiler.
La trace, il l’avait perdue.
Il se doutait bien que le chemin des Tarides était un peu trop évident et que, donc, un autre avait du être employé. Il opté pour Azshara en pensant que cela rapprochait de Darnassus. Et là il était tombé sur cette méprisable communauté de draconnien bleu, aucun d’entre eux ne méritant le titre de dragon, dont un des plus grands avait essayé de le tuer. Mais du ciel où il plânait maintenant, il ne sentait rien, absolument rien. Pas de présence, bien sur quelques feux, au sol marquaient le présence de certains habitants du cru : Grumegueules, Démons et même un camp d’Elfes de Sang. Mais rien qui put distinguer un de ces feux à ses sens pourtant aiguisés par la magie ancienne des dragons comme celui de l’objet de ses recherches.
Il souffla et traversa la région du sud au nord en un coup d’aile pour aller se poser pour la nuit au sommet des montagnes sous lesquelles s’abritent les Grumegueules.
« J’ai toujours l’impression d’être en Automne dans cette région, dit Yaëlly. »
Des feuilles plus ou moins cuivrées tombaient lentement des arbres dispersés sur les coteaux rocheux.
« C’est le vent marin qui donne cet aspect aux choses, dit Dela’na, en tout cas, je le crois car les arbres côtiers ont cet aspect à Quel’Thalas. »
La petite troupe cheminait assez rapidement vers l’ouest pour sortir d’Azshara et trouver les antiques terres elfiques d’Ashenvale.
« Il y a du danger, ici, demanda Alrik à Alcarlach ? »
« Et bien ce sont tout de même des terres hantées. Et s’il est vrai que les adversaires ne sont pas ici aussi puissants qu’aux Maleterres, il en est de néfaste quand même. »
A ce moment une sorte de sifflement se fit entendre et une troupe d’une quinzaine de monstres sorti du bois.
C’étaient des êtres mi reptiles, mi poissons, écailleux, pourvus d’une mâchoire puissante pour les mâles et d’un visage plus humains pour les femelles ils dégageaient une odeur de poisson écoeurante et si les mâles agitaient des armes d’Hast, déjà, les deux femelles nimbaient leurs mains de la lumière bleue de la magie.
« Des Nagas, souffla Dela’na ! »
Les Nagas chargèrent et ce fut tout de suite une mêlée confuse. Les familiers immobilisèrent trois agresseurs mâles pendant que les chasseurs les bombardaient de flèches. Alrik chargea un autre mâle pendant que le démon bleu de Yaëlly en attaquait un à son tour. La magicienne contra le sort d’une des femelles et la démoniste s’attaqua à l’autre lanceuse de sort Naga.. Nuit de Lune Qui avait d’abord prit le parti de soigner les combattant se métamorphosa en Panthère pour immobiliser un Naga de plus. Mais le Nain se trouvait cerné par trois autres guerriers Nagas. Alcarlach disposa de trois adversaires puis vit la situation critique du Paladin au même moment que la magicienne et le Druide. Chacun d’entre eux attaqua un des adversaires du Nain mais celui-ci tituba et tomba en arrière. Dela’na sauta au devant du corps inanimé et attaqua au corps à corps un des guerriers.
Son familier sauta en avant pour la protéger mais une fraction de seconde trop tard : une lame passa sous l’armure de la jeune qui poussa un cri et s’effondra. Alrik secoua la tête, sortant de son évanouissement et voyant la jeune chasseresse couchée par terre à la merci d’un des deux guerriers survivants il se rua à l’attaque. Il en entreprit un de violents coups de masse et Alcarlach sauta d’un bond sur le dernier survivant. Et sortant sa hache elle asséna un coup qui fit tomber la tête du dernier Naga.
En un instant un calme mortel retomba sur la clairière, aussi soudain que l’attaque l’avait été.
Sable de Soleil s’accroupit près de sa maîtresse inanimée, lui lécha la joue et poussa un gémissement plaintif.
« Viens Nuit-de-Lune, cria Alrik qui s’agenouilla près de la jeune Thalasienne. »
Le druide le rejoignit.
Le nain souleva la pièce d’armure qui cachait la plaie béante.
« Elle saigne, donc elle vit, dit le tauren, d’une voix grave qui témoignait de son inquiétude. »
« Oui, mais c’est grave, ajouta le Paladin, qui, levant la tête dit aux autres : nous devons camper ici et Nuit de Lune et moi allons la soigner. »
Alcarlach, le teint lavande (c'est-à-dire très pâle) dit d’un ton monocorde : « Les armes des Nagas sont souvent empoisonnées, pensez-y. »
« Bon, fit le druide, allumez du feu, et faîtes bouiller de l’eau. Xihiis ? »
« Oui, répondit la jeune fille. »
« Invoque de l’eau des glaciers et procure nous le feu le plus ardent que tu pourras. »
La magicienne hocha la tête et s’affaira à ses sorts pendant que Yaëlly offrait aux deux guérisseurs un flacon : « C’est une potion de sommeil sans rêve, si ça peut être utile... »
Le druide imposa mes mains sur le ventre sanglant de l’Elfe. Une lumière vert clair scintilla et le reflet de feuilles printanières dansa dans l’aura magique. Le Tauren secoua la tête.
« En effet, il y a du poison, mais ça va, je l’ai neutralisé »
« Le problème, dit le Paladin, ce n’est plus la blessure, physiquement elle est en train de guérir. Nos soins y parviennent sans problème. Mais… »
« Mais quoi, demanda Kéran. »
« Mais elle est faible, elle lutte en permanence contre la déprivation de mana, ça ne l’aide pas. »
« Il y a des plaies que je ne peux pas guérir »
« Moi non plus… »
Les quatre mains, brunes du tauren et calleuses du Nain s’agitaient auréolées de lumières magiques. Le ventre de Dela’na semblait briller de l’intérieur.
Le druide jeta une poignée de graines dans l’eau bouillant sur le feu magique. La décoction ainsi obtenue fut badigeonnée sur la plaie.
« Voilà, fit le Nain, maintenant il faut attendre un peu. Et nous laisser boire, conclut-il, avec un soupir d’épuisement. »
Il s’assit près de la blessée et Nuit de Lune fit de même. La magicienne leur donna à tous deux de l’eau pure.
Les deux chasseurs improvisèrent un repas sachant que tous en auraient besoin.
Trois heures passèrent dans un silence troublé seulement de quelques phrases mornes et tendues.
« Qu’en penses-tu ? »
« Elle a de la fièvre, je le crains, dit le Nain. »
« Réfléchissons, nous avons ôté le poison, dissipé les malédictions, il reste la maladie. Mais ça…Normalement nous avons tout fait. »
« Tout ce que nous savons faire, oui… »
La discussion, bien qu’ayant lieu à mi-voix avait attiré l’attention du reste du groupe.
« Que se passe-t-il, demanda Alcarlach ? »
« Et bien, dit le druide, nous pensons que la lame de ce monstre a transmis une maladie à notre amie. Nous avons fait tout ce que nous pouvions avec les pouvoirs qui sont les nôtres mais nous craignons que ces pouvoirs ne soient pas suffisants. »
Les autres se regardèrent.
« Que vous faudrait-il ? »
« Une autre approche, dit le Nain, un prêtre ou un shaman peut être qui aurait d’autres pouvoirs. On dit que La grande Prétresse d’Elune a des pouvoirs exceptionnels. »
La Darnassienne hocha la tête.
« Oui je comprends bien, mais elle n’est pas là. Et il faut trouver vite. Le problème c’est que cette région n’est pas très fréquentée. »
Yaëlly et Xihiis secouèrent la tête, aucune d’entre elle n’avait de vraies compétences en matières de soins.
« Bon ça se résume à ceci, dit Yaëlly, nous devons trouver un prêtre ou un shaman et Xihiis et moi allons aller vers la halte de Tarendis, nous avons une chance de trouver quelqu’un par là et Kéran va aller au poste de la Horde, j’en ai oublié le nom pour faire de même. »
Alcarlach allait opiner quand une voix féminine et sifflant se fit entendre : »SssssCe n’est pas la peine sssssss. Je suis prétresssssse. »
L’odeur de charogne qui se répandit immédiatement renseigna tout le monde sur la qualité de l’arrivante.
Ils se retournèrent, une prêtresse réprouvée se tenait à l’entrée de la clairière.
« Curieux groupe que le votre, mais sssssscela ne me regarde pas…Il y a une blessssssssée ? »
Le Nain qui était pétrifié se réveilla soudain : »Oui madame, la voici, il désigna la frêle silhouette de l’Elfe, elle semblait toute petite dans son sommeil agité. »
« Paladin, hey ? ssssssCe n’est pas grave tu as fait tout ssssce que tu pouvais je crois et sssssssc’est beaucoup…Toi aussi le druide…Mais il faut encore plussssss. »
Elle s’agenouilla.
« Comment vous nommez-vous, demanda l’orc ? »
Elle se retourna vers lui, considéra tous les membres du groupes avec un hideux sourire décharné : »On me nomme Malecgosa. »
Elle se retourna vers Dela’na.
Personne ne vit que Xihiis était presque aussi livide que la morte vivante.
La prêtresse agenouillée commença des incantations d’une voix sourde entourant le corps de la jeune Elfe d’une aura bleutée. Progressivement les incantations se firent plus fortes, changèrent de rythme en même temps que la lumière magique passait au rouge, puis au blanc.
Le rituel dura plus d’une heure.
A un moment, Alrik chuchota à l’oreille de Nuit-de-Lune : »Je suis surpris qu’elle invoque la Lumière tout de même. »
Puis la Réprouvée dessina autour du corps de l’elfe deux ellipses croisées sur l’une elle dessina les phases de la Lune et sur l’autre le cycle du soleil elle dessina des runes elfiques en améthyste puis recommença une série d’incantations.
La nuit se faisait vieille lorsqu’elle se releva.
« Maintenant, il faut attendre. »
Elle s’assit lourdement, elle avait l’air épuisée.
« Que pouvons-nous faire pour vous remercier, demanda Alcarlach ? »
La guérisseuse souffla comme un vivant l’aurait fait, mais, l’Elfe savait que c’était un geste destiné à tranquilliser les mortels et qui n’avait d’autre but que l’imitation.
« Donnez moi à boire. sssssssssCe sera bien ainsi. »
D’une main tremblante, Xihiis tendit une gourde d’eau des Glaciers à la prêtresse qui la but à longs traits.
Le druide Tauren sentait que l’atmosphère était tendue même s’il n’en connaissait pas la raison, il décida de détendre la situation.
« Je vous remercie, mes pouvoirs et ceux de mon ami Alrik n’étaient pas suffisants pour vaincre ce mal. »
« En effet, renchérit le Nain en faisant un effort, votre puissance est grande. »
La réprouvée hocha doucement la tête.
« J’ai appris des choses, la puissance de la Lumière est Terrible, mais elle peut tout à la fois sauver et détruire. »
Yaëlly sourit : »C’est bien la seule chose que je reproche aux forces obscures, c’est pour cela que je suis alchimiste ! »
Grak’kath qui, comme à son habitude ne disait rien s’insurgea : »Maîtresse, vous me soignez quand je suis blessé ! »
« C’est vrai, malheureusement je ne puis étendre ce talent à d’autres. »
Le Démon poursuivit : »Elle va s’en sortir, demanda-t-il, en désignant l’Elfe ? »
« Je l’essssssspère, répondit Malecgosa, mais je ne puis le jurer. Il faut attendre. »
« Son sort t’intéresse, demanda surpris le chasseur Orc ? »
Le Démon ne répondit pas mais son bleu devint plus intense, traduisant l’embarras.
« Oh mais il sait être sensible à la gentillesse, dit Yaëlly, et je crois que Dela’na est gentille en général ! »
Xihiis s’était éloignée pendant cette discussion et au bord du cercle lumineux produit par le feu elle regardait le lointain obscur.
La chasseresse Elfe de la Nuit fit un signe discret à la Démoniste et lui désigna son amie, Yaëlly hocha la tête et se leva pour la rejoindre sous l’œil inquisiteur d’Alrik et de Kéran.
« Quelque chose ne va pas ? »
La magicienne secoua la tête : »Tout va bien. »
« Arrête, je te connais trop bien pour ça, quelque chose ne va pas. »
Yaëlly saisit Xihiis par les épaules et la força à la regarder : des larmes coulaient silencieusement sur les joues de son amie.
« Ce n’est rien, dit la Magicienne, ce n’est rien. »
« Non, chuchota Yaëlly, ce n’est pas rien du tout si ça te mets dans des états pareils. Dis-moi ce qu’il y a, je t’en prie. »
«C’est difficile »
« Je peux entendre beaucoup. »
« C’est elle, dit elle en désignant Malecgosa ! »
Yaëlly regarda Xihiis surprise.
« Que t’a-t-elle fait ? »
« Rien ! »
« Mais pourquoi alors ? »
« Yaëlly, Malecgosa…. »
« Oui ? »
« C’est ma mère ! »
Yaëlly ouvrit légèrement la bouche de surprise en écarquillant les yeux.
« Tu es sure ? »
La jeune magicienne agita vivement la tête. « Elle fait, petite fille perdue, comme ça, se dit Yaëlly attendrie »
« Comment le sais-tu ? »
Xihiis respira profondément : »Je l’ai déjà rencontrée, d’abord, elle porte le nom de ma mère, elle me connaît, et elle sait tout de ma vie et de la vie de mon père. »
« Je te demande ça parce qu’à ce que j’avais compris, ta mère était Archimage, elle est prêtresse elle. »
« Oui je sais, je m’étais posé la question aussi et je le lui ai demandé, c’est elle qui m’a appris beaucoup de ce que je sais d’orc, soit dit en passant. Elle a choisi de ne plus être mage, il semble que c’est une possibilité pour les réprouvés de ne pas faire ce qu’ils faisaient durant leur vie. Elle voulait essentiellement consacrer ses talents magiques à la préservation de la vie plutôt qu’à autre chose. »
« Curieux qu’une Réprouvée veuille préserver la vie… »
« Ce sont des gens curieux, de toute façon… Mais tu n’imagines pas ce que ça peut me faire de la voir comme ça : elle était si belle, si gaie, elle était la lumière incarnée…C’est terrible pour moi de la voir décharnée, pourrie…Et tu sais, même comme ça, je l’aime vraiment. »
« Si je crois que je peux comprendre. Je te dirai peut être un jour. »
« En plus elle est restée bonne au fond du cœur, la première fois que je l’ai vue, elle m’a tiré d’un mauvais pas, j’avais été blessée par un gnoll, un coup de tranchant sur le ventre…Elle m’a soigné de main de maître. »
Yaëlly serra Xihiis contre elle.
« De toute éternité, c’est ta mère, elle reste ta mère, ta maman et si tu l’aimes dis-le lui. »
« Je l’ai déjà fait, mais là, aujourd’hui, c’est beaucoup. »
Xihiis regarda le ciel fixement pendant quelques instants, puis elle se tourna vers Yaëlly : »Tu as raison, je vais aller lui parler. »
Elles se dirigèrent vers le feu de camp où les autres devisaient toujours de manière discontinue.
« Je me rends compte que je ne t’ai pas remerciée. »
La Réprouvée eut un sourire dune ineffable douceur.
« sssssssssCe n’est rien, je comprends. »
« Non, excuse-moi, j’aurais du être plus forte. Merci de tout cœur…Maman. »
Il y eut un silence, pendant lequel le paladin Nain ouvrit la bouche si grande qu’on eut dit l’entrée d’une grotte.
Puis Xihiis se leva et prit la Réprouvée dans ses bras.
L’Orc et le Tauren échangèrent un regard gêné puis regardèrent Alcarlach qui haussa discrètement les épaules.
« Donc, si je comprends bien, dit Alrik d’une voie blanche, vous êtes la mère de notre amie ? »
La prêtresse hocha la tête : « En effet, avant ma…mort, J’étais ssssssssssssa mère. »
« Non, tu l’es toujours. »
« ssssssssC’est gentil à toi de le penssssssser. »
La Nain abasourdi se prit à penser qu’il aurait du y songer plus tôt : il y avait forcément des Réprouvés qui avaient encore de la famille vivante et vivante dans l’Alliance…
« Foutu Fléau, dit-il tout haut mais pensivement, puis , oh euh Pardon Madame, je ne voulais pas vous offenser. »
« Il n’y a pas d’offenssssse, je penssssssssse la même chose du Fléau, voyez-vous. »
Le Nain un peu gêné hocha la tête.
« Il y a quand même quelque chose que je ne comprends pas, dit Xihiis, que fais-tu là ? »
« C’est un hasard. Tout ssssssimplement. »
Sa fille la regarda d’un œil inquisiteur et peu convaincu.
« Tu ne me suivrais pas, par hasard ? »
Le sourire doux réapparu surprenant sur le visage en lambeaux.
« Non, je cherchais d’autres membres de la famille mais j’ai été désssssssssçue. »
La jeune magicienne eut à nouveau un regard interrogateur mais cette fois la Réprouvée ne répondit pas.
« Je te croyais originaire des Contrefort de Hautebrande, fit Yaëlly surprise. »
« Oh mais notre famille a beaucoup voyagé et on en trouve un peu partout, dit rapidement la magicienne. »
Yaëlly avait bien d’autres questions à poser mais elle se retint : elle aurait bien le temps de le faire en privé.
« Bon, dit la prêtresse, au fond, je redis ce que j’ai dit, votre groupe est curieux. Comment diable en êtes- vous venu à vous associer ? »
« Et bien dit Alcarlach, c’est une bien longue histoire et elle commence avec votre fille… »
Alors que la Réprouvée s’asseyait près de la blessée, les compagnons abordèrent leur mission et lui en exposèrent les tenants et aboutissants.
« Les Dragons Noirs ? »
« Oui c’est une certitude, dit le Tauren. »
« ssssssssCette engeanssssssce perversssssse est de tous les complots maléfiques. Il faudrait les détruire tousssss »
Si calme que la non-morte fut, le sujet la choquait visiblement.
A ce moment Dela’na eut un mouvement.
Tout le monde regarda vers elle et les trois guérisseurs se penchèrent sur elle.
« Comment ça va, demanda le Tauren ? »
La jeune Elfe inspira profondément : « Je me sens faible mais je crois que ça va aller. »
Elle eut un sourire lumineux : « Je vous dois la vie à tous deux, merci, j’ai une dette envers vous. »
« Tu nous dois la vie à tous trois, corrigea doucement le Druide, et il se déplaça pour qu’elle vît la prêtresse. »
Dela’na regarda la Réprouvée et un air surpris puis déférent, voire craintif.
« Merci à vous Madame… Sans vous je serais morte, je crois… »
« Je suis Malecgosa, dit la prêtresse et devant la réaction discrète mais bien réelle de la jeune fille, mais ne tirez aucune conclusion de ce que vous avez entendu, elle reprit après un silence : vos amis ont travaillé autant que moi. »
Kéran apporta un peu de la viande qu’il avait cuisinée et Dela’na lui adressa un grand sourire.
Il faut imaginer une caverne plus qu’immense. Elle serait obscure si la lumière rayonnante d’un gigantesque dragon rouge ne l’illuminait. La dragonne est couchée presque au centre de l’espace, les entrées de couloirs gigantesques rayonnent autour d’elle. Sa couche est agrémentée de fleur et de plantes dont la présence sous terre est impossible. Les yeux étincelants elle contemple le plus doux spectacle qui soit à ses yeux : une couvée d’œufs un peu luminescents : Ses Œufs. Celle qui est la vie ne cesse de s’émerveiller du pouvoir que recèle la vie en général, mais quand il s’agit de la vie de ses enfants, comme toute mère, sa joie est sans égale.
Elle tourne la tête d’un air intrigué quand un éclair bleu scintille dans son royaume aux couleurs chaudes et douces.
Un cristal de la couleur des glaciers brille d’un éclat intérieur.
Elle le saisit dans les griffes et la voix du Cristal lui parle.
« Alexstrasza ? »
« Que me veut la Main de la Magie ? »
« Je dois te poser des questions. »
Pas de formule de politesse, pas de marque de déférence ni d’amitié. Malygos est comme cela, la Reine Rouge le sait bien, depuis sa réclusion millénaire il est bizarre, changeant, il est comme la magie. « Mais il est revenu à lui-même, se dit-elle, c’est le principal. »
« Je t’en prie, vas-y, que puis-je pour toi ? »
« Crois-tu que le Fléau des Morts Vivants puisse toucher un dragon ? »
L’immense mâchoire d’Alexstrasza s’ouvre de surprise. C’est que la question est pertinente. Pourquoi pas en effet ? Les dragons ont beau nommer « mortelles » les races jeunes ils le sont tout autant qu’elles, donc, pourquoi pas ? Elle frissonne à l’idée d’une armée de dragon non-morts…
« Pour te le dire sincèrement Malygos, je ne sais pas. »
L’aspect de la magie émit un rire strident et discordant.
« Si toi tu ne sais pas, qui donc va savoir ? »
La dragonne émit un grondement.
« Je n’ai pas terminé ! Je ne le sais pas avec précision, mais je crains que la réponse soit oui. Il n’y a pas de raison majeure en tout cas et de plus, le Roi-Liche aurait grand intérêt à ce que sa peste touche les Dragons. Par ailleurs, si un dragon meurt de la peste en étant sous forme humanoïde, je crois vraiment que c’est possbile. »
Le rugissement de colère que transmis le cristal bleu fit trembler les murs de la caverne d’Alexstrasza.
« Comment, comment ose-t-il ? »
« Tu as une raison particulière de me demander cela n’est-ce pas ? »
Mais le géant bleu ne répondit pas.
« Et dis-moi puisque tu parles de nos incarnations mortelles… »
« Oui ? »
« Crois-tu qu’une dragonne puisse procréer en s’étant accouplée à un humain ? »
Cette fois, la surprise de la reine rouge fut mieux dissimulée.
« Et bien, je te dirai que je n’en n’ai pas la preuve mais je pense que oui. En fait rien dans les lois de la vie ne l’empêche. Et très honnêtement, cela ne me choque pas trop. Même si je comprends mal qu’une d’entre nous puisse imposer le fardeau d’une telle ascendance à un enfant. »
Il y eut un silence.
« Tu ne serais pas en rage, si cela venait de ton vol ? »
L’idée, folle, d’une infidélité de Korialstrasz traversa l’esprit de l’Aspect de la vie.
« Non. Mais je ne souhaite pas que de tels enfants voient le jour. »
« Et si c’était déjà le cas ? »
« Nous ferions avec eux comme avec les autres…Ce sont nos enfants aussi, elle coula un regard sur ses œufs. »
« Et pour toi ce n’est pas dégrader la condition de Dragon ? »
Alexstrasza hésita.
« N…Non…Mais si le secret de leur ascendance était connu ces enfants seraient malheureux : ils ne seraient accepté nulle part : ni chez nous ni chez les mortels…Donc… C’est pour ça que je ne souhaite pas leur existence. Mais s’ils sont là, j’essayerais de les aider. »
Dans la caverne de glace d’où parlait Malygos, un blizzard de neige et de glace se déchaîna puis le dragon conclut : »Tu es toujours aussi compatissante… »
« C’est mon rôle, tu le sais… »
« Notre rôle est aussi de protéger l’essaim…J’y veillerai… »
Le cristal bleu devint obscur dans les griffes de la reine rouge.
Elle le regarda longtemps, le reposa mais resta songeuse.
Au campement en Azshara, le moral remontait aussi vite que la santé de Dela’na s’améliorait. Une journée après son réveil elle était suffisamment remise pour demander à reprendre la route.
Malecgosa qui savait fort bien qu’un refus aurait blessé la jeune Elfe accepta en lui recommandant la prudence.
« Tu ne viens pas avec nous, demanda Xihiis ? »
« Un moment seulement, je vais aller au Berceau de l’Hiver. »
« Tu espères que… »
« Oui, j’espère encore. »
Après une nuit, ils reprirent la route, se dirigeant carrément vers l’ouest pour sortir d’Azshara au plus vite.
« Donc voilà, fit Alcarlach, bientôt je vous souhaiterai la bienvenue en Ashenvale, qui était avant la guerre contre la légion une région très peuplée par mon peuple. Normalement pas de dangers réels mais de l’agitation liée à la…controverse sur les Goulets. Rien de tout ceci ne doit nous impressionner, je pense. »
Kéran eut un sourire entendu, la façon très diplomate dont la Darnassienne abordait le sujet des exploitations forestières du Clan Warsong était plus que courtoise.
« Et quels sssssssssont les dangers de cette région, demanda la réprouvée ? »
« Mineurs, pour ce qui est de la faune, il y a encore des fantômes bien nés mais de faible puissance, près du chant des forêt par contre se trouve l’antre d’un dragon de cauchemar, un corrompu du vol Emeraude. Là nous n’irons pas… »
La prêtresse opina, mais le tauren intervint : »Il n’y a pas de pire risque, si on évite ce dragon ? »
La chasseresse secoua la tête, nous allons tenter d’éviter les Warsong, j’irai par contre droit sur le refuge de Silver Wing car le pouvoir de ceux qui y sont nous détecterait et les Sentinelles pourraient penser que nos intentions ne sont pas pures si nous ne nous déclarons pas. »
« Pourquoi éviter les Warsong, demanda Xihiis, nous sommes mandatés par Thrall, après tout ?
Kéran, pris l’elfe de vitesse : »Parce que le clan Warsong perdrait de son importance politique si la guerre s’arrête, donc ils ne sont pas nécessairement aussi favorables à la paix que ça… »
Yaëlly émit un rire cristallin et tout le monde regarda vers elle.
« Le vrai danger serait de rencontre en même temps les Sentinelles et les Warsong… »
« Bah, fit Alrik, avec notre drapeau de diplomate… »
« Euh, je crois que cela n’impressionnera que très peu la bande d’abrutis qui ne pense qu’à s’entre égorger sur le champ de bataille des Goulets. »
« Oui, dit Xihiis, je nous voit au milieu du champ de Bataille tenant le drapeau de la Neutralité, traités à la fois comme des ennemis et comme des traîtres. »
Alcarlach opina d’un air sombre à cette remarque de la magicienne.
« Je vois, fit le Nain, mauvaise idée en effet. »
Alcarlach opina d’un air sombre à cette remarque de la magicienne.
« Voici la sortie d’Azshara, nous passons le pont et nous sommes en Ashenvale. C’est l’endroit où nous pouvons être repérés par nos …escorteurs non désirés. »
Tous eurent un regard circulaire englobant les cieux mais rien n’y semblait suspect.
Au chant des forêts, un humanoïde s’approchait du repaire à pas comptés.
« Je sais que tu es là Léthon, je dois te parler ! »
Un rugissement lui répondit et il eut à peine le temps reprendre sa forme habituelle avant qu’un jet de flammes noirâtres vienne brûler l’endroit où s’était tenu un haut elfe et qui maintenant se trouvait entre les pattes avant d’un dragon noir de belle taille.
« Je suis la voix de celle qui gouverne, comment oses-tu essayer de m’attaquer ? »
« Je fais ce qu’il me plait, figure-toi, dragonnet. »
L’insulte glissa sur les écailles du géant noir comme l’eau de la pluie qui avait commencé à tomber doucement.
« Tu es requis par la Dame pour servir le vol Noir, tu dois venir avec moi et… »
Un rire énorme fit trembler les frondaisons.
« Je n’irai nulle part. »
Le dragon Noir rugit à sont tour et prit une posture agressive.
« La Dame souhaite que… »
L’autre dragon l’interrompit : »Dois-je te rappeler de qui je tiens mon poste en ces lieux ? Et crois tu que j’y reste pour mon plaisir ? Pars sinon nous nous affronterons et tu ne seras pas vainqueur. J’ai fais partie du Vol Emeraude, ne l’oublie jamais, je ne suis pas du vol Noir. Je ne suis d’aucun vol.»
Son interlocuteur le regarda de ses yeux noirs comme de l’obsidienne polie et secoua la tête. Mais il devait reconnaître que Léthon avait raison, il ne sortirait pas vainqueur d’un affrontement.
Sans un mot, il tourna les talons en grondant sourdement.
« Seul, c’est seul ! »
« Halte ! »
Une voix froide comme la glace de l’hiver le plus profond trancha les chants d’oiseaux de la forêt.
« Je te salue Isenelle Chant de Nuit, dit calmement Alcarlach. »
« Je sais qui tu es, mais ne bouge pas, tu es mal accompagnée mon amie. »
La chasseresse se redressa de toute sa hauteur et fit un signe discret au reste du groupe.
Trois sentinelles apparurent semblant sortir des ombres deux d’entre-elles restèrent en arrière, en tenant un long arc bandé et l’autre s’approcha lentement en brandissant son arme à trois lames.
« S’ils ne sont tes prisonniers, que fais-tu avec eux ? »
Elle désigna l’orc, le tauren, la Thalassienne et la Réprouvée.
« Ils sont mes alliés et mes amis, nous sommes en mission particulière. »
La sentinelle eut un air vaguement surpris, les Elfes de la Nuit sont assez peu démonstratifs de leurs émotions en général. Elle réfléchit un moment puis repirs la parole : »Qui accrédite ta mission, Alcarlach ? »
« La mienne, celle de Xihiis, Yaëlly et Alrik c’est Dame Jaina Proudmoore, la leur c’est Thrall en personne. Et nous avons été envoyé
vers Thrall par Jaina, et vers Tyrande par les deux réunis. Avec demande spéciale de travailler ensemble. »
Isenelle leva un sourcil : »Tu es en train de me dire que tu as été à Orgrimmar et que tu as rencontré Thrall ? »
Alcarlach eut un sourire et les autre membres du groupe prirent conscience à quel point la chasseresse était chaleureuse par rapport aux autres Elfes de la Nuit dont le visage aurait aussi bien pu être taillé dans l’améthyste tellement il était rigide.
« C’est très exactement ce que je suis en train de te narrer, cousine ! »
« Tu as combattu, tu étais prisonnière ? »
« Pas le moins du monde, j’étais son hôte .Il a une très bonne table que je te recommande.»
Quoique dite avec un ton extrêmement civil la phrase laissait la place à un soupçon d’ironie qui amena sur les lèvres des deux humaines l’ombre d’un sourire.
« Bien, si vous disposez de lettres de créance, je vous accueillerai au Refuge. Mais sans plaisir, je dois le dire. »
La chasseresse pâlit visiblement.
« La courtoisie de mon peuple n’est pas grande en ces jours, mes amis, acceptez mes excuses. »
Le refuge était typique de l’architecture elfique, en bois, enchâssé dans un arbre géant, les parois, toutes violettes et mauves maintenaient la lumière tamisée rappelant le passé nocturne des Elfes de la Nuit. Malgré la froideur de l’accueil le repas offert aux voyageurs bien que sobre était excellent. Une certaine gène régnait autour de la table, car celle-ci était entourée d’un cercle de sentinelles qui jetaient sur le groupe un regard suspicieux.
« Ne nous en veuillez pas, dit soudain Isenelle, nous sommes en perpétuelle lutte contre des assauts dans le Goulet et notre situation n’est pas facile. »
L’orc hocha la tête, mais ne dit mot.
A ce moment un violent remue ménage retentit à l’extérieur, mélange de cris de guerre et de chocs d’épées, il y avait aussi des voix prononçant des mots de pouvoirs.
« Allons, en revoilà, cria la sentinelle, aux armes mes sœurs, elle jeta un regard dépourvu de sympathie aux quatre hordeux. »
La troupe de sentinelles sortit en trombe.
Les messagers s’entre regardèrent.
« Et si nous allions empêcher les abrutis des deux camps de faire des bêtises, suggéra Nuit-de-Lune ? »
« C’est tentant, dit la magicienne. »
« Oui mais pas d’actes offensifs, surtout. « .
Ils sortirent les deux bannières parlementaires, puis Alrik dit avec un rire dissimulé : »Dites-moi ? notre pire crainte n’était elle pas de nous trouver entre la Horde et l’Alliance, il n’y a guère ? »
Alcarlach hocha la tête : »C’est vrai… »
Mais le Nain poursuivit : »Non, nous ne pouvons rester immobiles… Mais il serait bien de savoir où placer la limite entre la sagesse et la folie. »
L’entièreté du groupe émit un gloussement et ils sortirent vers le camp de bataille.
C’était une belle mêlée. Une dizaine d’humains, Elfes, Gnomes, Nans et Draenei combattait aux côtés des sentinelles un groupe équivalent de Hordeux soutenu par des Grunts portant tous l’emblème Warsong.
Le groupe s’organisa en deux lignes du côte du camp Hordeux se dirigèrent Kénar, Nuit-de-Lune, Dela’an et Malecgosa tandis que les autres firent face à leurs alliés.
« Des renforts, cria un paladin humain, courrons sus à la Horde. »
Ce fut absolument tout ce qu’il pu dire car un mouton, ce n’est pas bavard !
« Alcarlach tendit son arc avant de crier : Cessez immédiatement ce combat ou nous tirons. »
Un démoniste gnome pointa la chasseresse du doigt en marmonnant une incantation qu’il n’acheva jamais car il se mit brutalement à parler le Démoniaque.
« Cessez tout action offensive : nous déclarons une trêve temporaire en ces lieux quiconque la bafouera sera anathème dans les territoires de l’Alliance comme dans les Territoires de la Horde. »
Un trait de rasoir Halaani se ficha entre les pieds d’un guerrier Elfe qui voulait passer outre, mais la précision du tir de sa compatriote le dissuada de poursuivre.
Du côté de Kéran, la situation était a peu près la même, ils tenaient tous en respect les aventuriers, les grunts avaient cessé immédiatement le combat en voyant la marque Thrall flotter sur la vexilloïde brandie par le tauren.
« Laisse-nous les tuer ! »
« Tu n’es qu’un traître ! »
Les injures pleuvaient et Kéran faisait appel à toute sa patience de chasseur pour ne pas répondre agressivement.
« Silence ! cria-t-il, les seuls qui méritent le nom de traître sont ceux qui ne respectent pas cet enseigne. Aujourd’hui allez ailleurs, forger, cueillez, aidez des gens qui le nécessitent mais plus de combat, plus ici. Aujourd’hui, c’est trêve. »
« Si tu crois changer les choses, demain, nous serons de retour ! »
« Nous serons là pour t’attendre, cria un humain dont le courage était surtout fait de vin. »
Kéran lança un regard à Xihiis.
« Vous serez là, c’est entendu. Mais vous saurez au moins que deux chefs ne sont pas de votre avis. »
« S’ils quittaient leur palais ils verraient bien… »
« Ils verraient quoi, cria le Nain, que le Fléau et la Légion parcourent encore le monde pendant que des idiots s’entretuent pour une gloire dérisoire ? Nul doute que nos chefs respectifs soient fort intéressés. »
Comme des deux côtés les troupes régulières se désolidarisaient du combat, les aventuriers des deux camps se débandèrent et partirent par petit groupes grommelant sous les arbres de la forêt.
Xihiis hocha la tête : « Ca c’est fait, conclut-elle avec un soupir. »
Le groupe entra dans le refuge avec les sentinelles.
« Je ne m’attendais pas à cela, dit Isenelle, vous avez pris les armes contre votre propre camp. »
Sa phrase ne s’adressait à personne et à tout le monde en même temps.
« Je n’ai guère vu d’autre choix, dit Kéran. »
« Moi non plus, dit Xihiis. »
« Vous savez, dit une sentinelle, c’est vingt fois par jours que des attaques comme celle-ci ont lieu. »
« Je le sais bien dit l’orc, et je peux vous dire que le camp des Warsong est attaqués de même par des membres de l’alliance, qui pour la plupart n’ont aucune idée de la raison de la querelle entre Orcs et Elfes. »
Dela’an toussota : »Ils ne sont pas les seuls, d’ailleurs, je ne sais pas bien la raison de cette controverse. »
Les Elfes de la Nuit la toisèrent avec un clair mépris. Mais Alcaralch sourit à la Thalassienne :
« En fait les Elfes reprochent aux orcs d’exploiter la forêt sans discernement. »
« Et c’est vrai, ponctua une sentinelle. »
« Les Warsong, ont besoin de bois pour construire, dit Kéran., vous-même, ne construisez-vous pas en bois ?»
« Nous ne transformons rien en désert en tout cas. »
Nuit-de-Nuage intervint : »Ce qui manque aux Warsong, c’est un shaman avisé. Les orcs respectent la Natures, madame, mais ils commencent seulement à retrouver leur héritage shamanique. Les druides de mon peuple essayent aussi d’enseigner. Un arbre coupé doit être un arbre planté. »
La sentinelle eut une moue peu convaincue.
« Je sais, vous ne croyez pas ce que dit mon ami, dit Xihiis, mais, dans les Serres Rocheuses, les Orcs luttent contre la Venture Company qui, elle déboise à outrance. »
« Je vous comprends, dit Kéran, on dit que les Tarides étaient autrefois une forêt, mais ce ne sont pas les Orcs qui les ont rendus telles qu’elles sont aujourd’hui, cela date d’autre chose, il eut le curieux sourire des Orcs, nous aimons notre nouveau monde, vous savez. »
« Et je dois te faire souvenir que notre peuple n’est pas innocent dans la perversion que la nature connaît aujourd’hui, dit Alcarlach. »
Isenelle fit un signe bref à sa subordonnée.
« Tu t’es rapprochée encore davantage du cercle Cénarien, on dirait. »
La chasseresse sourit : « J’ai trouvé cela, avisé. »
« Sans doute, mais tu as intérêt à ne pas trop le montrer si tu rencontres l’archidruide. »
Les deux Elfes échangèrent un long regard résigné.
Nuit-de-Lune était intrigué, certes, il savait comme la plupart des druides taurens, que l’archidruide de Darnassus était très controversable, mais il ne s’était jamais rendu compte qu’au sein même de son peuple sa position était tellement critiquée.
Mais il n’eut pas le temps de s’étonner à voix haute, car Dela’na le devança : »Je suis très étonnée de vous entendre critiquer un dirigeant aussi ouvertement. »
La sentinelle la regarda, inspira profondément et pris manifestement sur elle pour répondre à l’Elfe de Sang : »Nous pouvons exprimer nos opinions et il est notoire que certaines décisions de l’Archidruide sont douteuses, même la Grande Prêtresse d’Elune lui a dit. »
« Il serait bon que les Taurens sachent que tous les Elfes de la Nuit ne sont pas d’accord avec lui, dit le druide de sa voix profonde. C’est peut être idiot mais nous avons l’impression d’un peuple uni et sans nuance. C’est, hélas, l’effet de la méconnaissance.
Les deux humaines opinèrent : »De même pour certains humains, tous les nains sont les identiques, et pour les elfes et les gnomes aussi. En plus les idées préconçues frisent parfois la caricature. Yaëlly conclut en riant : »Et quand nous parlons de la Horde, les idées reçues sont encore plus folles… »
« La réalité est difficile à percevoir, dit une sentinelle, lorsqu’on est amené à la voir à distance d’épée. »
« C’est certain, dit l’elfe de Sang. »
Aussi tolérantes qu’elles soient avec les autres, les sentinelles restaient d’une froideur absolue avec Dela’na.
Alcarlach était très contrariée de ce fait car la jeune Thalassienne faisait tout pour être aimable et discrète.
« Mesdames, dit Xihiis, je suis un peu surprise de votre réaction envers notre amie Dela’na, elle n’a rien fait qui justifie… »
« Damoiselle, la coupa Isenelle, elle est Elfe de Sang, ce peuple est, pour nous, deux fois traître. En ce qui me concerne les Thalassiens ne valent pas mieux qu’Illidan et ses Nagas ! »
La jeune magicienne fut entourée soudain d’un léger halo saphir dans lequel scintillaient des cristaux de neige.
« Je suis humaine et bien placée pour savoir dans quelles circonstances les Hauts Elfes ont été amené à cette fausse alliance. C’est du fait d’un humain que leur peuple se trouve là où il en est. Alors que les humains ne devaient que reconnaissance aux Elfes pour les dons qui leur avaient été concédés. »
« sssssssC’est vrai, dit Malecgosa, j’étais vivante à l’époque et Garithosssssss à tout fait pour détruire les Elfes. »
La sentinelle eut le visage impassible –et exaspérant, à l’idée de la jeune démoniste- qu’ont les Elfes quand ils désapprouvent ce qui a été dit mais que les convenances les empêchent d’exprimer leur opinion.
Il y eut un moment de tension, rompu par Alcarlach qui éclata de rire : »Ah, Isenelle, quand donc te décideras-tu à venir voir le monde ? Tu ouvrirais tes yeux et ton cœur. Les choix qui ont été faits il y a dix mille ans ne doivent plus nous polluer l’esprit. Crois-moi, il est bon nombre d’elfes de sang aussi honorable, voire plus, que nombre d’entre-nous. »
« Si tu le dis, cousine. »
Elle se força à sourire.
« Ils ont souffert, dit Yaëlly, souffert terriblement, ils méritent le respect, rien que pour ça ! »
« Oui, dit Isenelle, je le sais, mais que voulez-vous… C’est une rancune ancienne. »
« Et à part ça, demanda Alcarlach, la famille va bien ? »
« Et bien Tante, a quitté Féralas et loge désormais au Temple d’Elune de Darnassus, elle va bien pour ce que j’en sais. Elle trouve que tu ne viens pas souvent, Alcarlach eut un sourire, et elle a fondé un mouvement destiné à conserver les traditions des Elfes de la Nuit. »
« Voilà qui est très étonnant, la connaissant, commenta la fille de l’intéressée. »
« Non pas vraiment, je sais. De mon côté tout le monde va bien. «
« Tant mieux, tant mieux. »
Le visage de la chasseresse se rembrunit : »Ce qui me contrarie, c’est que maman soit au Temple. Je n’ai nulle envie de la voir pour le moment ! »
Cette fois le visage d’Isenelle afficha un large sourire : « Tu peux adresser toutes les bénédictions d’Elune à tes amis : en aussi mauvaise compagnie, Tante fera semblant de ne pas te reconnaître et ira boire une soupe de rosée avec ses amies en se plaignant de l’indifférence de sa fille. »
Alcarlach éclata de rire.
« Tu n’as pas tort. »
Kéran regarda Xihiis : » J’ai l’impression d’être indiscret, pas toi ? »
« Un peu si, dit la jeune magicienne avec un sourire qui prouvait qu’en tout cas sa gène était très modérée. »
« Ah les parents ! dit Malecgosa avec un sourire, ssssssss’ils n’étaient pas là, nous n’y sssssserions pas non plus mais parfois nous le sssssssouhaiterions. »
« Euh, fit Dela’na, je croyais que les sentiments familiaux étaient très forts chez les Elfes de la Nuit ? »
Elle avait posé sa question d’une voix douce mais de laquelle pointait tout de même une intention taquine.
Isenelle la regarda et dit : »Vous ne connaissez pas ma Tante. »
Devant l’air interrogateur de la Thalassienne elle pousuivit : « Sans doute n’ai-je pas été très gentille avec vous, mais je sais que j’ai tort et je m’en excuse. Ma tante aurait été pire, aurait été convaincue d’avoir raison et par conséquent ne se serait pas excusée. »
« Mais alors, Alcarlach ? Comment êtes-vous aussi tolérante. »
L’interpellée sourit : »Je suis le genre de fille que ma mère n’aimait pas. »
Tout le monde éclata de rire.
« Je vais quand même vous dire quelque chose, dit la démoniste, on sait que les Elfes de la Nuit sont traditionalistes (et je n’ai rien contre) mais des conservateurs chez les traditionalistes, ça doit être difficile. A la limite, ça fait peur. »
Alrik approuva : « On sait ce que ça donne quand des gens de traditions deviennent conservateurs, voyez la Croisade Ecarlate. »
« Il serait difficile de ne pas vous donner raison, dit Isenelle. »
La nuit étendait progressivement son manteau noir sur la grande forêt, les hurlement des loups résonnaient de loin en loin. Parfois, une galopade trahissait la présence d’un grand cerf ou c’était un bruit de branches cassées au passage d’un grand ours. La forêt embaumait les parfums exhalés par une averse récente. Xihiis s’était isolée avec Malecgosa sur le Balcon du refuge. Elles discutaient tranquillement profitant de ce moment malgré leur situation particulière. La jeune fille tourna soudain la tête vers le chemin.
« Tu as entendu ? »
Sa mère fit un signe affirmatif.
Mais elles ne se posèrent pas d’autres questions, une silhouette apparu dans l’escalier qui menaient à elles.
Un elfe de la nuit, male, les yeux clair et les cheveux bleu très foncés s’approchait.
« Bonsoir, dit-il d’une vois grave, je suis Onytharion Vent des Forêts. »
« Très bien, fit Thrall, ainsi nous avons des espions. Ce serait bien tout de même de savoir de qui il s’agit. »
Nale sourit : « Des espions ou des benêts ? Des indiscrets suffisamment stupides pour ne pas se rendre compte que leurs propos ne devraient pas être. Je suis espionne et je peux bien te dire que la plupart de mes informations viennent des tavernes, des rues et des…endroits que les hommes fréquentent. »
Le chef de Guerre eut un sursaut : « Il n’y a pas ce genre d’endroit à Orgrimmar, je ne tolère pas ce genre d’esclavage pas plus, d’ailleurs, qu’aucun autre esclavage. »
La voleuse eut un sourire tendre.
« Tu devrais sortir un peu ! Non seulement ce genre d’endroit existe mais en plus, il y a, à Orgrimmar même, un certain commerce d’esclaves destiné, par exemple, aux arènes. »
Le rugissement de Thrall fut énorme : « Aux arènes, mais je croyais que les combats d’arènes étaient réservés aux aventuriers sur le retour qui cherchent des récompenses faciles et une gloire illusoire. En bref à des volontaires si stupides soient-ils de l’être. »
Mais sa compagne eut un signe de dénégation.
« On ne te le dis pas car on craint ta colère. Mais il existe un circuit d’arène illégal et clandestin qui se produit dans divers endroits et qui draine autour de lui une économie et un milieu assez particulier. On y trouve des gens de tous les camps. Mais les chefs, je le regrette, font partie de la Horde. »
Thrall s’enfonça dans son armure mais la lueur dans ses yeux montrait sa colère qu’il était pourtant difficile d’éveiller.
« Tu vas te charger d’une mission, je veux savoir qui est le plus réputé des entraîneurs de gladiateurs ici à Orgrimmar. Lui, je le châtierai. »
« Tu ne peux pas. Il est très populaire et c’est un Shaman. »
« JE PEUX et JE LE FERAI »
Nale fit la moue.
« De toute façon, il est à Hache-Tripe pour le moment »
« Chez les Ogres ? Qu’est-ce qu’il fiche la bas ? »
« C’est une grande compétition pour eux, c’est…tranquille et les Ogres n’ont pas tes préventions contre les arènes ! Et quand bien même tu le châtierais…Cela ne règlerais pas le problème des fuites. »
Le Chef de Guerre grommela mais dut reconnaître que Nale avait raison.
« Je l’aurai, d’une manière ou d’une autre, je l’aurai. Je ne veux plus qu’il y aie d’esclaves dans ces arènes et il n’y en aura plus. »
Nale sourit : »Je vais chercher les sources de ces fuites, en attendant. »
« N’oublie pas, dès son retour, je veux voir ce shaman. »
Le Chef de Guerre eut un sourire carnassier.
« Je ne sais pas ! »
Xihiis eut un regard de doute.
« Je vois bien que tu te pose des questions, mais c’est vrai. Je ne sais pas. »
Malecgosa, très calme discutait avec sa fille devant la chasseresse Elfe de la Nuit.
« Tout ce que je peux te dire, c’est qu’il n’est pas ce qu’il prétend. Ce n’est sûrement pas un Elfe. »
Une fine pluie tombait sur Orneval faisant tinter les tuiles végétales du refuge sous son déluge bienveillant.
Les trois femmes discutaient sur la terrasse à voix mesurées pour que leurs propos soient noyés dans l’averse.
Un soupir de vent fit s’égoutter des feuilles provoquant une cascade d’éclats d’or dans la lumière des torches.
« C’est un dragon, dit Alcarlach, cela j’en suis sure. Maintenant, je ne saurais dire de quel vol. »
La magicienne haussa les épaules : »Voyons, soyons logiques, son nom est un indice. »
« Oui, dit Malecgosa, certainement, mais pas une certitude, car Onyxia et Néfarian ne portent pas des noms de leur vol. »
« La seule chose à faire est de mesurer nos propos face à lui. »
« Une chose est sure, dit Xihiis, c’est qu’il n’est pas du vol bleu. »
Alcarlach eut un sourire entendu : »Si tu le dis, je n’en doute pas. »
Malecgosa eut son atroce sourire de Réprouvée : »Je pense que notre amie a compris des choses. »
Il y eut un silence troublé seulement par le tintement de la pluie.
« Je ne dévoile pas tout ce que je sais. Mes amies. J’ignorais seulement que votre condition était accessible au gens de votre sorte, dit Alcarlach en regardant Malecgosa. »
La morte-vivante hocha la tête : « Je ne savais pas non plus, dit-elle d’un air sombre. »
L’elfe eut un geste amical, elle prit la main de la Réprouvée et la serra doucement.
« Merci, fit la prêtresse. »
« Nous ferions peut être mieux d’aller surveiller ce qui se passe, dit Xihiis, j’ai confiance en nos amis mais en dehors de Yaëlly, je ne sais pas trop s’ils ont dépisté l’identité de notre visiteur. »
La grande salle du refuge était pleine d’Onytharion. Il racontait des aventures qui lui étaient arrivée au public fort intéressé que constituaient les Sentinelles. Par contre, le groupe de voyageurs se tenait plus à l‘écart. Xihiis vit tout de suite le signe pourtant discret que lui adressa son amie.
Elle s’assit au côté de Yaëlly et souffla : »Que se passe-t-il ? »
« Et bien c’est ce gaillard-là, je ne sais mais pour moi ce n’est pas un Elfe. Il multiplie les agressons verbales mal déguisées contre les hordeux et je pense que nous avons une grande chance que nos amis soient stoïques sinon nous courrons à l’affrontement. Il a bien précisé au début qu’il n’était en rien gêné par notre présence à tous. Mais je pense qu’il cherche la bagarre. »
De l’autre côté de la table Kéran racontait la même chose à Alcarlach et à Malecgosa en qualité de Chasseresse pour l’une et d’alliée pour l’autre ainsi que d’amie pour toutes les deux.
« Bon, dit Xihiis, fait passer discrètement, nous le soupçonnons d’être un Dragon Noir il ne faut pas tenir compte de ses dires : il cherche à provoquer un incident. »
Le message circula rapidement et les amis échangèrent des regards entendus, pendant qu’Onytharion portant beau plastronnait en racontant une victoire sur un Tauren qui arracha un sourire à Nuit de Lune.
Les messagers discutèrent entre eux quelques instants pendant que la conversation se poursuivait de l’autre côté de la salle. Un silence soudain attira leur attention.
« Qu’en pensez-vous, fit la voix d’Onytharion, c’est à vous que je parle, dame Elfe de Sang ? »
Dela’na lui jeta un regard ennuyé.
« Pour vous répondre, il faudrait déjà avoir entendu la question. »
« Dois-je en déduire que vous ne m’écoutiez pas ? »
Alcarlach intervint : »Nous discutions entre nous sire Onytharion, voilà pourquoi… »
L’autre la coupa : »C’est une offense ! »
Nous y voilà se dit Yaëlly qui décida aussitôt d’intervenir.
« Plutôt que de raconter des histoires de chasse, de pêche ou autre, vous qui semblez avoir beaucoup voyagé, que pensez-vous de la rumeur qui fait état d’une activité accrue des Dragons du Vol Noir ? »
Il y eut un bref silence durant lequel ses compagnons se regardèrent discrètement se demandant quel pouvait être son plan.
Onytharion la fixa sans rien dire puis articula : »Ce n’est qu’une rumeur sans fondement. Jamais le vol Noir n’a été aussi tranquille. »
Yaëlly fit un grand sourire : « Je m’en doutais, ils sont beaucoup trop lâches pour prendre l’initiative d’une action. C’est une faction morte, inutile et couarde. »
L’autre pâlit, son teint passant au lilas clair et son visage se modifia légèrement adoptant quelques traits reptiliens avant de reprendre sa forme accoutumée.
« Mais que penses-tu faire, la voix mentale de Xihiis résonna dans la tête de Yaëlly. »
« Rien d’autre que le pousser dans ses retranchements, il n’osera rien faire ici, d’ailleurs, il ne le peut pas. »
« Tu te rends compte que s’il se métamorphose ici ce sera un carnage ? »
« Aucun risque, je connais les Dragons Noirs, il ne risquera rien qui mette ne danger sa mission, mais je voulais aussi qu’il sache que NOUS savions! »
« Elle a raison, Xihiis, fit une voix mentale que Yaëlly identifia comme celle de Malecgosa ; jamais il n’osera et il sait que ses ruses sont inutiles. Voilà qui ne lui fera pas de bien. »
« Je ne pense pas qu’ils soient lâches, dit enfin Onytharion, ils ne sont pas intéressé par les races jeunes, c’est tout. »
« Sauf pour leur nuire, dit malicieusement Kéran. »
Yaëlly intervint : »Pour moi c’est de lâcheté de combattre sous l’apparence de son ennemi : toutes les races de ce monde considèrent que c’est un crime grave, passible de mort. Même les Trolls. »
« D’un autre côté, pour se déguiser en Troll, je te souhaite bien du plaisir, dit Dela’na, le sourire aux lèvres. »
« Oh je ne sais pas fit Alcarlach, avec un bon maquillage… »
Onytharion restait immobile, interdit devant ce flot de paroles futiles qu’il ne parvenait pas à saisir.
« Si bon que soit le maquillage, dit Nuit-de-Lune, il arrive un moment où l’imposteur s’entend dire… »
Et tout le groupe termina la phrase en fixant Onytharion sans une seule trace du badinage qui précédait : « …s’entend dire : NOUS SAVONS QUI TU ES ! »
Et tout le groupe éclata de rire pendant que les trois familiers se couchaient aux pieds de l’intru en le fixant de leurs implacables prunelles animales.
Le faux Elfe de la Nuit eut un sourire crispé puis tourna les talons et gagna la couche qui lui avait été réservée.
Isenelle revient auprès du groupe : »Vous avez quelque chose contre lui ? »
Alcarlach la fixa un moment tentant de déterminer si la jeune sentinelle était capable d’entendre la vérité.
« Nous avons fit-elle enfin, que nous savons qu’il n’est pas celui qu’il prétend être et nous n’aimons pas ce type de menteur ! »
« Je le surveillerai pour vous. »
« S’il est toujours là, ce dont je doute en réalité. »
La pluie d’Ashenvale peut être pour les Elfes de la Nuit une douche rafraîchissante et tonifiante mais pour d’autres créatures, elle figurerait volontiers au nombre des plaies majeures de ce monde. C’est par un temps pluvieux, et même détrempé que le groupe reprit la route le lendemain.
« C’est un climat maritime, fit remarquer Déla’na à Alcarlach, mais je trouve qu’in fait plus frais qu’à Quel’Thalas, pas vous ? »
« Oui, mais je ne sais pas pourquoi, peut être le fait d’être sur la facade Ouest du continent. »
« Et il pleut toujours comme ça, demanda le Nain ? »
La Darnassienne sourit.
« Il pleut souvent, c’est vrai, c’est pour ça que la forêt est si belle, mais près du mont Hyjal il faisait plus chaud. Ceci dit c’était peut être Nordrassil. »
« Ce qu’il y a de merveilleux avec la pluie en forêt c’est le mélange de parfums qu’elle fait s’élever, dit l’Elfe de Sang, un mélange d’herbes, de fleurs et de champignons. »
« Moi, dit Yaëlly, ce que je trouve de magique ce serait plutôt que la pluie en forêt tombe deux fois. Une fois quand il pleut et une fois après la fin de la pluie»
Tout le monde rit.
« Je propose d’éviter Astranaar, dit Alcarlach, c’est un village mais par les hippogryphes ont est vite n’importe où, donc… »
« En Terre Elfique, vous êtes mieuxssss à même que quiconque de déssssssssscider, dit Malecgosa , quant à moi, je vais bientôt vous quitter. »
Sa fille stoppa son cheval.
« Tu veux toujours aller à Winterspring ? »
« Oui, tu connais mon but. »
« J’ai eu le même. Tu n’auras pas plus de chance là qu’en Azshara. Ceux que tu y trouveras n’ont pas dépassé la fureur de leur jeune âge. Et certains même semblent pervertis… De plus, il n’y est pas. »
Malecgosa eut un geste de la tête.
« Je ssssssssssais qu’il n’est pas là. Il est en Northrend. Mais pour y aller… »
La conversation pouvait sembler mystérieuse à une partie du groupe mais ils respectèrent l’échange.
« Je te suggère de nous accompagner. Rien n’est plus noble que la quête de la Paix. »
« Tu es allée en Wintersssssssssssspring ? »
« Oui. »
« Plusieurs fois, nous y sommes allée ensemble, je me doute, non je sais ce que votre fille cherchait. Mais je vous donne ma parole que votre quête est sans espoir par là, dit Yaëlly avec chaleur. »
« Ma fille ssssssssait choisir ssssssses amis. »
Le regard vitreux de la Réprouvée fixait la jeune démoniste attentivement.
« ssssssssC’est entendu. Je vienssssss avec vous. »
Quelques lieues derrière le groupe, un elfe de la Nuit solitaire cheminait lui aussi. Onytharion n’était pas de bonne humeur comme avait pu s’en rendre compte un ours qu’il avait transformé en débris fumants.
« Que veut-elle que je fasse ? Trois chasseurs, parfaitement capables de pister tout ce qui parcours ce monde, une mage dont les pouvoirs semblent prendre naissance en Malygos lui-même et je ne parle pas du reste du groupe. Tous éveillé à la possible présence de l’un d’entre nous. Que pourrais-je bien faire ? »
« Les suivre, fit une voix émanant d’un pendentif noir, tu les suis et tu n’essayes rien. Pour le moment ils n’ont aucune idée de ce qu’ils cherchent. Nous avons perdu notre prisonnier mais il ne s’est pas encore manifesté. L’enchantement fonctionne toujours : il ne sait qui il est. Ce qu’il faut éviter c’est que nos ennemis se mettent à le rechercher et lui rendent la mémoire. »
« Je serais curieux de savoir quelque chose, madame. »
C’était Alerik qui s’adressait tout bas à Malecgosa.
« Je vous en prie, répondit-elle sur le même ton. »
« Comment avez-vous réussi à vous affranchir du joug du Roi-Liche ? »
« Je ne ssssssais pas. Je sssssais ssssssce qui ssssssss’est passssssé mais je ne l’ai sssssssu que par après. Pour moi, un jour le ssssssssssssoleil ssssssss’est levé de nouveau. »
« Je ne comprends pas. »
« J’ai le vague ssssssssouvenir des voix qui parlaient dans ma tête, me donnant des ordres auxquels je ne pouvais me sssssssousssssssstraire. Puis, un jour, elles ssssssssse sssssssssont tues et j’ai vu à nouveau le ssssssssssssssoleil dans le ssssssssssciel. J’ai repris consssssssssscience de mon être. Puis j’ai mis du tems à m’accsssssssssepter. Mais j’ai rencontré ssssssssSylvanassssssss et elle m’a permis de voir plus clair en mon cœur qui ne bat plus…J’ai été plussssss que vous n’imaginez dans les royaumes des hommes et ailleurs, de plus haut ‘on tmobe plus dure est la chute. »
« On dit les Réprouvés cruels qu’en pensssssssssez-vous ? »
« Une erreur que beaucoup, commettent est de penssssssser que nous formons un peuple unis. Il n’en est rien. sssssssssssSylvanas est une verssssssssion des Réprouvés que j’apprésssssssscie mais ssssssssscertaines chosesqui sssssse passsssssent à Undersssssscity ne me sssssssemblent pas bien. Et je sssssssais que ssssssssssssssssSylvanasssss accepte pour éviter de disssssspersssssser nos forsssssces. sssssssCertains parmis nous ont d’exssssssscellents arguments pour avoir une attitude plus dure dont le moindre n’est pas la fasssssçon dont le reste du monde nous conssssssidère. Certains parmis nous en veulent aux vivants et voudraient les réduire à notre condition : ils ssssssont, je pensssssse dans l’erreur. Moi je voudrais sssssssurtout le ressssssspect. »
« Je vous comprends, dit le Nain, qui s’éloigna après avoir adressé un sourire à la prêtresse. »
« Il y a quelque chose que vous devez savoir, dit Alcarlach, nous allons prendre le bateau jusqu’à l’île de Teldrassil. Il nous faudra passer par Auberdine. C’est le port. Ce n’est pas très animé mais bon. Et à propos… Il y pleut souvent… »
Nuit-de-Nuage mugit en riant…
« Vos Druides devraient faire quelque chose pour ce temps. »
L’elfe de la Nuit regarda ironiquement le Tauren…
« Parce que le vent en permanence, c’est mieux peut être ? »
Mais le Tauren riait toujours. Il fit un signe négatif de la tête.
« Ce pourrait être pire dit Yaëlly. Si le temps de Thunder Bluff et celui de Darkshore se mélangeaient on aurait de la pluie et du vent : il n’y a rien de plus désagréable. »
« Ne vous inquiétez pas, dit le druide, je n’ai rien contre la pluie. Mais c’est vrai que cette partie du continent est humide. »
« Serons-nous bientôt à Darkshore ? »
« Quelques lieues encore…Nous allons croiser le poste de Maestra où séjourne un Paladin humain, puis la route s’étire dans la plaine jusqu’à la sortie d’Ashenvale. »
« N’y a-t-il pas quelques démonistes qui traînent à l’Est de la route ? »
Alcarlach opina.
« Les idiots, dit Yaëlly, ils ne se rendent même pas compte q’ils ne sont que le jouet du Conseil des Ombres…Enfin… C’est parce que l’on a pas le temps mais j’irais bien leur dire deux mots. »
Tous le monde eut un rire.
« Chacun d’entre nous à des gens qu’il n’aime pas parmi ses pairs, fit remarquer Nuit-de-Lune… »
« En effet, dit Xihiis, je ne peux pas supporter les Magistères Solfuries. »
« Je n’aime pas trop les Chasseurs Hurans, dit Kéran vivement approuvé par Dela’na. »
Pour contourner Astranaar, le groupe prit franchement à l’Est pour longer le lac discrètement.
« Il faudra descendre un peu acrobatiquement mais ça devrait aller je pense, dit Alarlach. »
En effet, ils parvinrent à doubler par l’Est le poste de Maestra et arrivèrent en vue d’une sorte de clairière allongée dont l’extrémité orientale se perdait dans des ruines.
« Maîtresse ? »
« Oui Grak’kath ? »
« Il y a présence démoniaque. »
La démoniste hocha la tête. « Il a raison ce sont les Démonistes dont je vous ai parlé. »
Tout d’un coup un glapissement jaillit de sous les sabots du Druide tauren.
« Mais vous ne pouvez pas faire attention espèce de vache surdimensionnée ? »
De l’herbe haute qui la cachait complètement sortit une jeune Gnomette pourvue de couettes roses et manifestement très en colère.
« Non seulement vous me marchez dessus mais vous ne vous excusez même pas. Franchement bravo pour la courtoisie. »
« Mais, fit Nuit-de-Lune, je suis désolé, je ne vous avais pas vue ! »
La gommette se mit à sautiller sur place. « C’est une injure !, ce n’est pas parce que vous êtes deux fois plus haut que moi… »
« Quatre ou cinq, dit Yaëlly ! »
La gnommette se tourna vers la démoniste : »Quoi quatre ou cinq ? »
« Il n’est pas deux fois plus haut que toi mais quatre ou cinq ! »
Les couettes roses se dressèrent de colère. Mais le problème avec la colère gnome, c’est que ça fait rire tout le monde, sauf les gnomes, et le groupe ne fit pas exception.
« Vraiment, dit le druide Tauren, je suis désolé, je ne voulais pas vous faire de mal. »
Il étendit la main et une lumière verte auréola la gnommette.
« Merci quand même, dit –elle. Pour la peine je vous demanderais bien un coup de main. »
« Que voulez-vous, demanda Yaëlly ? »
« J’ai besoin d’un morceau de bois très particulier mais il est gardé par des démonistes et je n’y arrive pas. »
Un trait de lumière traversa l’esprit de Xihiis : »Tu es démoniste et tu cherches à invoquer une succube… »
La gnommette rougit un peu… »Euh…oui, oui, c’est ça, c’est tout à fait ça. »
Yaëlly eut un sourire narquois.
« Alors comme ça tu es démoniste, hein… »
« Euh…Oui »
Yaëlly hocha la tête d’un air convaincu puis regarda autour d’elle : »Où est ton familier ? »
« Je n’ai plus de fragment d’âme pour invoquer mon diablotin. »
Grak’kath eut un sursaut mais un regard de sa maîtresse coupa net toute manifestation.
« C’est joli ce que tu portes, c’est quoi ? »
« Ecailles de Murloc, répondit rapidement la Gnommette. »
« Simple remarque, le diablotin ne nécessite pas l’usage d’un fragment d’âme pour l’invocation et tu portes des vêtements de cuir ce qui rend impossible l’usage de la magie. »
La gnommette piqua un fard qui assorti joliment ses pommettes à ses couettes.
« Ben…Euh, en fait… »
« En fait tu n’es pas plus démoniste que moi fit Kéran d’un ton féroce. »
La gnommette baissa la tête.
« Non… »
« Que fais-tu ici, demanda Alcarlach ? »
« Ah mais pour ça je vous ai dit la vérité, j’étais avec un démoniste et il m’a demandé comme service d’aller lui chercher ce composant. Nous étions en route vers le Monastère Ecarlate et il m’a certifié que ce serait nécessaire pour sortir vivant du donjon. J’ai donc pris le bateau et voilà… »
Xihiis regarda la gnommette attentivement. Puis leva les yeux vers les reste du groupe dont les membres retenaient leur rire.
« Bon, fit Yaëlly, tu t’es fait avoir, il te devait quelque chose le Démoniste ? »
« Euh oui quelques pièces d’or »
« Oublie-les et pour ton information ce composant ne peut être pris que par un Démoniste… Tu fais quoi dans la vie ? »
Elle rougit.
« Je suis voleuse… »
« J’aurais juré que les voleuses devaient être rusées, dit Yaëlly… «
« Ce n’est pas bien de se moquer des plus petits que soi, dit Nuit-de-Lune en donnant ce qui pour lui était une tape affectueuse sur l’épaule mais pour la gnommette tenait plus de la provocation en duel. «
« Je ne le ferai plus, promis Yaëlly avec un air qui ne faisait que démentir ce qu’elle venait de dire. »
La gnommette toussota puis demanda : »Vous allez à Auberdine ? »
Devant la réponse affirmative d’Alcarlach elle s’enhardit : »Pourrais-je y aller avec vous ? Ce serait moins ennuyeux… »
Le groupe s’entreregarda. Certes la gnommette ne semblait pas très dangereuse mais ce pouvait aussi bien être un piège des Dragons noirs.
« Et bien, dit Alcarlach, ne nous en veut pas d’être un peu méfiants mais vois-tu nous sommes en mission et… »
La gnommette hocha la tête mais ses yeux devinrent brillants puis des larmes coulèrent tandis qu’elle sanglotait silencieusement.
La
Le teint d’Alcarlach vira à l’améthyste.
« Je ne voulais pas te blesser, pardonne-moi, je te prie. »
La gnommette secoua la tête : »C’est rien j’ai l’habitude, personne ne me prend jamais avec lui. Je suis toujours toute seule et parfois c’est un peu dur. Mais je comprends votre position. »
La chasseresse se redressa et lança un regard aux autres. Certes, l’émotion manifestée par la voleuse ne voulait rien dire mais elle les mettait mal à l’aise : on a bon cœur ou pas mais aucun d’entre eux ne souhaitait faire pleurer quelqu’un.
« Et bien écoute, dit Kéran, je crois savoir qu’Auberdine n’est pas très loin, accompagne-nous jusque-là si cela peut te faire plaisir. »
A ce moment la gnommette pâlit fortement : "Mais vous êtes un Orc ! »
« Ben, euh, oui, fit Kéran ! »
« Mais vous allez me tuer ! »
Un profond soupir sortit de la vaste poitrine du Tauren : »Non pas s’il peut l’éviter en fait. »
« Et…Et vous vous êtes un Tauren ! J’ai crié sur un Tauren. Oulala, je vais me faire… »
« Mais rien du tout, dit Malecgosa, je suis Réprouvée et elle Elfe de Sang, en désignant Dela’na (qui souriait pas mal) mais nous sommes en paix avec nos amis humains, elfe de la nuit, nain et gnome ! »
« Mais oui, fit Yaëlly, ne t’inquiète pas nous sommes un peu atypiques mais… »
« Atypiques ? Complètement hors normes, oui, fit la gnommette avec un sourire un peu tendu. N’empèche, eng…uirlander un Tauren sans s’en rendre compte…C’est bien de moi. »
Ledit Tauren éclata de rire.
« Comment vous nomme-t-on, jeune voleuse ? »
Elle regarda ses pieds puis le ciel d’un air gêné.
« Pourquoi voulez-vous savoir cela ? »
« Ce serait plus simple pour te parler, tu ne penses pas ? »
« Euh…Généralement…on me surnomme…Oupss »
Nuit-de-Lune la regarda sans comprendre.
« Comment dis-tu ? »
« Oupss, on me surnomme Oupss ! »
« Euh c’est charmant, dit Dela’na, original mais charmant. »
« Bon reprenons la route, dit Alcarlach, il va sans doute falloir disposer de quelques démonistes mais rien de bien méchant et comme ça nous passerons tranquillement. »
Yaëlly eut un sourire amusé : »Allons-y ce sera drôle… »
Un groupe de deux démonistes accompagnés de leur marcheur du vide occupait le chemin qu’ils devaient emprunter.
« Et bien, fit Xihiis, je vais en moutonner un puis nous disposerons des autres facilement. »
« Je vais aller assommer celui de gauche, proposa Oupss ! »
« D’accord, bonne idée, dit le Nain. »
Elle commença une longue manœuvre d’approche furtive pour se rapprocher de sa cible. Elle progressait avec prudence et minutie. Jusqu’à ce que…
« …Oupss !, entendit-on, et la gnommette réapparut près d’un démoniste fort en colère, elle s’était étalée en se prenant les pieds dans une racine… »
« Bon sang, fit Kéran, je sais pourquoi on la nomme comme cela !!! »
Ils avaient tous commencé à bombarder les démonistes et leurs familiers de flèche et de sorts, tandis qu’Alric, poussant un violent cri de guerre fonçait dans le tas pour dégager la voleuse qui se servait cependant à merveille de deux courtes épées.
Quelques instants plus tard, le combat était fini.
« Je suis désolée, fit la voleuse, c’est toujours comme ça et… »
« …c’est pour ça qu’on t’appelle Oupsss…J’avais compris, dit Yaëlly ! »
Un énorme éclat de rire salua cette remarque de la Démoniste pendant que la voleuse prenait un air gêné.
« Ca arrive à tout le monde, dit le druide, ne t’inquiète pas ! »
« Oui mais ça m’arrive souvent, c’est bien le problème. Enfin je suis surtout assassin donc ça passe encore. »
La petite troupe se remit en marche vers Auberdine, ils entrèrent dans Austrivage sans autre complication que de croiser deux très jeunes Elfes de la Nuit qui s’enfuirent à toutes jambes en voyant la partie Hordeuse du groupe ce qui attira à leur trousses quelques Traquelunes et deux Ours dont les chasseurs les débarrassèrent rapidement.
« Mais revenez, cria Xihiis ! »
Ce qui eut pour effet d’accélérer la course des deux Elfes.
« Vous voyez l’effet que nous pouvons avoir, dit alors Alcarlach, il faudra être prudents. Non que les gens soient trop puissants pour nous mais si nous voulons aller à Darnassus il nous faut l’accord des Sentinelles, sans elles, nous ne passerons pas le portail de Ruth’Eran. »
On entendait au-delà de l’orée de la forêt le bruit sans fin de la mer sur la grève. Un léger vent soufflait dans les branches et la pluie avait enfin cessé de tomber. Une odeur d’iode et de varech séché planait de temps à autre lorsque le vent venait du rivage tout proche. Une clarté oblique baignait de ses rayons gris le sous bois peuplé de quelques animaux peu dangereux dont quelques daims maladifs que Nuit-de-Lune ne put s’empêcher de soigner
« C’est Gangrebois, dit Alcarlach, la corruption démoniaque qui y règne contamine les sources et…voilà… »
« Fichu Conseil des Ombres, dit Yaëlly à la surprise presque générale. »
« Mais, dit la voleuse, vous devriez en être proche comme démoniste, non ? »
.Yaëlly eut un sourire cruel : »Non, le pouvoir des démons, je le veux pour moi et mes buts. Il est hors de propos de servir ces perdants de la Légion… »
« Oui, enfin, perdants, ils sont forts quand même… »
« Pas pour longtemps, fit une voix caverneuse qui appartenait à Grak’kath .»
La gnommette eut l’air surprise.
« Mais pourquoi dis-tu cela tu es un démon tu devrais te réjouir de la victoire des tiens. »
« Ce ne sont pas les miens. »
Yaëlly eut un sourire amusé.
« En fait les démons que nous, démonistes, invoquons sont pour la plupart des serviteurs de démons plus puissants. Ce n’est que par leur association avec un mortel qu’ils acquirent une puissance suffisante pour lutter contre le pouvoir de leur maître antérieur. SI tu les entends se plaindre c’est d’abord par principe –ils n’aiment pas être serviteurs comme d’ailleurs personne en gros- ensuite par crainte des représailles de leur maître antérieur. »
« Ca a l’air compliqué, dit la voleuse ! »
Le sous bois déroulait ses molles ondulations et ils venaient de laisser sur leur gauche le curieux endroit qui passe pour être le tombeau d’un des Anciens Dieux quand un signe de la présence d’un pouvoir se fit sentir.
« Ne craignez rien, dit le druide, si je ne me trompe nous devons être près de ce que vous Elfes nommez le Bosquet des Anciens, réside là bas un ancien du Savoir qui a bien connu Cénarius. »
Alcarlach hocha la tête. « Mais nous n’irons pas, si jamais Fandral venait à l’apprendre cela ne serait pas de bon augure. »
Quelques heures plus tard ils arrivaient en vue du carrefour qui mène vers Auberdine. La route ne grouillait pas de monde mais après le désert relatif des forêts qu’ils avaient parcouru pendant plus de deux semaines il leur semblait que la population entière d’Azeroth s’était assemblée en ce lieu.
Ils durent constituer la surprise du siècle pour les deux jeunes sentinelles en faction. Alcarlach était allée en avant pour discuter avec les gardes mais ceux-ci restaient focalisés sur le groupe qui la suivait.
« Que voulez-vous ? »
« Sœur, dit Alcarlach, car elle reconnaissait sous l’armure une initiée d’Elune, nous venons apporter des messages à Maîtresse Tyrande. »
« Soit, mais eux, qui sont-ils ? »
« Les envoyés de Thrall ! »
La gnommette ouvrit de grands yeux en entendant la phrase.
« Intéressant ça, dit la Sentinelle, mais vous pouvez le prouver ? »
« Et bien, nous avons des lettres de créance et des bannières mais si je n’arbore pas ces dernières c’est pour rester discrète, Thrall veut d’abord parler à Maîtresse Tyrande et ensuite seulement à l’Archidruide. »
La sentinelle eut un regard dubitatif. « Si je pouvais vous fournir une escorte au moins, dit-elle, ce serait bien. Mais je n’ai pas assez de monde pour ça. »
« Je vais envoyer un message au Temple d’Elune et nous verrons, ne m’en veuillez pas, mais je n’ai guère d’autre choix »
« Il faudrait beaucoup pour que je puisse t’en vouloir, sœur, d’autant que je suis sure de la réponse de Maîtresse Tyrande. Elle nous laissera passer, n’en doute pas. »
La sentinelle eut un sourire : »Je n’en doute pas en fait mais je fais mon devoir ! »
« Et je t’en remercie. »
Une voix sonore retentit : »Quand bien même la grande prêtresse vous laisserait passer, MOI, je ne le ferais pas. Si vous passez les portes d’Auberdine, craignez la force de mes armes ! »
C’était un humain de grande taille, les cheveux roux ébouriffés portant un marteau de guerre massif, montrant son adamantium incrusté de gemmes dans lesquelles la voleuse gnome et Alcarlach reconnurent un diamant brûleciel. Un halo pourpre tournoyait autour de l’arme et le bouclier que l’inconnu portait dans le dos scintillait lui aussi de gemmes et d’enchantement. Il avait un visage dur pour ce qu’en laissait voir son casque et des yeux noirs perçants. Les plates qui formaient son plastron dessinaient un dragon tenant entre ses griffes une gemme noire brillant d’un sombre feu intérieur.
Aussitôt, les chasseurs se concentrèrent pour déterminer s’il ne s’agissait pas d’un dragon incarné en humain mais…non, c’était bien là un homme.
La sentinelle intervint : »Messire paladin, je vous rappelle, en disant cela elle lança un regard à Alcarlach pour lui signifier que ce n’était pas sa première discussion avec l’individu, je vous rappelle que toute attaque sur un Elfe de la Nuit m’obligera à vous déclarer ennemi de Darnassus ! »
« Je me fiche comme d’une guigne de ton avis, prêtresse déguisée, et je me fiche aussi de celle-là –il désigna Alcarlach- C’est cette traînée qui a tout commencé –en désignant Xihiis- c’est à elle que j’en ai et après ce sera le tour de ces animaux de la Horde. »
Xihiis ne broncha pas mais Nuit-de-Lune réagit : »Vous avez grand appétit, mais peut être les animaux de la Horde sont-ils indigestes… »
Alrik ne fut pas aussi modéré : »Vous déshonorez notre ordre, messire dont je ne connais pas le nom. Honte sur vous de vous opposer à une mission officielle de l’Alliance ! »
« Tais-toi, c’est toi qui sâlis les Paladins en t’associant avec pareille canaille. »
Alrik allait répliquer mais un geste de la magicienne l’arrêta.
« Donc, dit Xihiis, vous souhaitez …quoi au juste messire ? »
« Diamien, je suis le Chevalier de Lumière Diamien et je veux vous affronter en duel. »
Alcarlach se pencha sur l’épaule de Xihiis : »Fais attention, son équipement montre qu’il a combattu dans les arènes, il est donc sournois et rompu aux techniques de combat déloyales qui s’y pratiquent, peut être même a-t-il combattu à Hache-Tripes, qui sait. L’arène écarlate n’accueille pas que la Horde, essaye d’éviter le combat.»
« Je voudrais bien, figure-toi, dit Xihiis, mais je n’en vois pas vraiment le moyen.Mais il oublie une chose : nous avons deux soigneurs et lui…Ne doit pas avoir développé ces talents particuliers…J’espère. »
L’Elfe se redressa : »Je dois vous dire, messire que si notre amie est blessée ou pire, vous nous affronterez tous en même temps et que rien ni personne ici ne nous en empêchera ! »
Les quelques autres aventuriers de l’Alliance qui assistaient à la scène opinèrent et un Nain chasseur alla même jusqu’à dire : »C’est une affaire qui ne me concerne point et je n’aime pas le ton employé pour ce défi. Malheur à qui défie son allié car la Lumière s’éloigne de lui. »
Malecgosa était agitée par des sentiments divers en comprenant facilement que sa fille ne se déroberait pas au combat « D’ailleurs, se dit-elle, je ne me serais pas dérobée non plus. » Mais elle ne pouvait s’empêcher d’être inquiète de ce qui allait suivre.
Xihiis s’approcha d’elle et murmura : »Je suis plus puissante que tu le crois ne t’inquiète pas trop »
Sa mère hocha la tête de gauche à droite manifestant qu’à son avis il y avait de quoi s’inquiéter.
« ssssssssCe qui m‘inquiète ssssssssssc’est la gemme noire de son plasssssssssstron –qui est d’ailleurs la seule pièce de son armure qui ne vienne pas des arènes- elle ressemble fort à une écaille de vissssion. Méfie toi. »
Diamien avait pris une posture de combat classique empruntée aux guerriers. Il brandissait sa masse à deux mains et avait laissé tomber son écu enchanté.
« Alors, tu viens catin ? »
« J’ai le temps, dit la magicienne affichant un calme qu’elle était loin de ressentir. »
Elle commença à murmurer une incantation et fit un brusque demi tour de sa main droite tendue jailli un éclair bleu qui figea instantanément le paladin dans un étau de glace. Sans attendre, elle ouvrit et ferma le poing gauche à trois reprises sans incanter, trois javelots de glace marquèrent de leurs pointes le casque de Diamien.
Mais celui-ci ne resta pas inactif : un poing levé en l’air il lança un brusque sort qui fit chanceler la jeune fille et il profita du temps gagné pour se libérer de la glace et asséner un violent coup de masse qui se heurta à un sort protecteur et fit jaillir des flammes vers le paladin qui ne fut pas blessé : il reculait déjà pour préparer sa nouvelle attaque. Elle survint sous la forme d’un mouvement de balayage tournant de sa masse associé à un sortilège puissant. Xihiis sauta sur place puis se transféra derrière le paladin pour lui envoyer du feu. Mais la magicienne était sur la défensive : la rapidité d’enchaînement du paladin l’empêchait d’incanter ses sorts les plus efficaces. Au mouvement suivant elle pris un coup de masse qui tomba net sur un moment de faiblesse de son armure magique et la blessa sérieusement. Elle chancela et fit un mouvement de la main un élémentaire d’eau apparut et pris à partie le paladin ce qui permit à la magicienne d’asséner quelques éclairs de givre tandis qu’une lumière verte la nimbait : Nuit-de-Lune la soignait.
Le combat continuait et le paladin faisait usage de tout son arsenal de sorts et coups pour vaincre la magicienne. La résistance de Xihiis soutenue par les soins de ses amis était courageuse mais un simple regard permettait de constater que les coups répétés dont un certain nombre portait : la puissance de l’arme étant telle que même les protections magiques faiblissaient parfois commençaient à épuiser la magicienne. Comprenant que celle-ci était en difficulté, le paladin redoubla d’efforts et lança une série d’attaques magiques qui vinrent se briser sur le bouclier de glace de la magicienne. Elle gela sur place une nouvelle fois son adversaire, murmura : »Tant pis » et brusquement son piercing et son pendentif bleu devinrent flamboyants, elle joignit les mains qui se nimbèrent du même bleu que ses bijoux puis les écarta violemment, elles prirent alors un aspect curieux, squameuses, griffues et très fortes, il en jaillit un énorme éclair de lumière bleue qui alla percuter le paladin alors même qu’il se libérait de la glace. Il chancela, lâcha son arme et tomba sur le dos. En un bond, Alcarlach fut sur lui et posa la pointe de sa hache sur le gorgerin du paladin.
« Vous êtes vaincu, rendez-vous. »
Elle constata que la dernière attaque avait dessertie la gemme noire du plastron d’armure et que le paladin était inconscient. Tranquillisée sur ce point là elle se retourna sur Xihiis qui était à genou entourée du reste du groupe, en s’approchant elle entendit Malecgosa murmurer : »Tu as pris un risssssssssssssque important tu ne crois pas ? Et sssssssi tu avais attir"é sssssson attentssssssion?»
« Je n’avais guère de choix, répondit sa fille. »
La chasseresse s’agenouilla près de Xihiis, elle se trouvait à côté de Yaëlly, elle-même agenouillée près de son amie.
« J’admire la maîtrise dont tu as fait preuve tu vas bien ? »
Devant le signe affirmatif de la magicienne elle poursuivit : « Mais je crains que cette rencontre ne soit pas due au hasard, elle exhiba la gemme noire, regardez ça ! »
Immédiatement Malecgosa s’en saisit, l’examina, la passa à sa fille qui fit de même et la donna ensuite à Yaëlly.
« sssssssC’est bien sssssssce que vous croyez. ssssssssC’est une écaille de dragon…Noir. »
Ils firent cercle autour du paladin inconscient pendant que Alrik finissait de soigner la jeune magicienne.
« Apporte-moi un seau d’eau de mer, dit Alcarlach à la Sentinelle – qui semblait bien plus détendue depuis la défaite de Diamien- celle-ci fit un signe de tête et apporta ce qu’on lui demandait. »
La chasseresse lança le contenu du seau à la tête du Paladin mais celui-ci ne donna aucun signe d’éveil.
« Non, Alcarlach, ssssssssssssça ne foncssssstionnera pas, dit Malecgosa, il faut que Xihiissssssssssssss annule sssssont sssssort elle-même. »
Celle-ci s’approcha du paladin et d’un geste de la main qui alluma une lueur dans ses bijoux elle lança un contresort qui prit la forme d’une lumière bleu clair en forme d’oiseau qui entra dans le front du paladin étendu.
Il émit un grognement, puis remua légèrement et, enfin, ouvrit les yeux.
« Que, quoi, je… »
« Qu’est-ce que je fais par terre ? Pourquoi me menacez-vous, demanda-t-il à la chasseresse ? »
Celle-ci haussa un sourcil : »Vous avec provoqué notre amie en duel et vous avez tenu des propos tellement agressifs que je le sentais obligée de vous tenir en respect pour éviter l’attaque surprise à votre réveil… ».
Diamien ouvrit de grands yeux. Mais c’est impossible, je ne vous ai jamais vu ! Aucun d’entre vous ! Où est la Dame que je suis supposé avoir agressé ?
« C’est moi fit Xihiis, et je confirme ce que vous dit mon amie. »
Le paladin médusé s’assit par terre.
« Attendez…Où sommes-nous ? »
« A Auberdine, dit Yaëlly. »
« C’est impossible, la dernière chose dont je me souvienne est d’avoir pris un verre dans une taverne à Forgefer avec un Elfe de la Nuit. Nous avons bu très peu d’ailleurs car je devais partir aux Maleterres. »
Les amis s’entre regardèrent : l’histoire semblait un peu grosse pour être crue…
Mais Yaëlly prise d’une impulsion demanda : »Quel était le nom de cet Elfe ? »
Le Paladin fit un effort de mémoire visible.
« C’est trouble. Attendez. O…Ony…Oui c’est cela Onytharion ! »
Les autres eurent un regard entendu.
« Hum, fit Yaëlly, c’est possible, bien sur mais je voudrais savoir une chose. Vous êtes Gladiateur à vos heures perdues ? »
« Non, pourquoi ? »
« Votre armure dit le contraire et je souhaiterais que vous et elle disiez la même histoire cela me la rendrait plus facile à croire. »
« Mon armure ? »
Il regarda d’un air incrédule les plates qu’il portait. »Mais qu’est-ce que c’est que cette horreur ? Ce n’est pas mon armure du tout ! Je n’ai jamais mis un pied dans une arène. C’est contraire aux idéaux de Paladin, je ne veux simplement pas être considéré comme un de ces dégénérés qui s’entre déchirent pour le plaisir du public ! »
Puis ses yeux tombèrent sur le plastron étrange qu’il portait…
« Mais c’est de l’adamantium ! Je ne saurais jamais me payer ça et je n’ai aucune idée d’un trésor où l’on pourrait gagner une telle merveille. Je suis forgeron et ça c’est une pièce de grand maître. »
Xihiis regarda Nuit-de-Lune : »Tu pourrais vérifier ce qu’il dit ? »
Le druide eut un signe affirmatif : « Mais je ne le ferai que s’il m’y autorise. Car sinon ce serait un viol psychique et cela aucun druide ne se le permettrait. »
Le Paladin regarda gentiment le Tauren : » J’ai pour votre race le plus grand respect car elle connaît et pratique l’honneur, je vous en prie, procédez… »
Le Tauren hocha la tête flatté et posa ses deux mains sur le front de l’humain.
« Je vois ses rêves déclara-t-il, je vois l’Elfe dont il parle, il ressemble à Onytharion. Je vois aussi qu’il n’a jamais été dans une arène. Et Oh ! Je vois, je vois… Je LE vois, couché inconscient dans une caverne, on le vêt de cette armure. Ce sont des Draconnides… Il y a du Magma, c’est le Mont Blackrock ou cela y ressemble… »
Nuit-de-Lune retira ses mains.
« Dans la mesure des mes connaissances, je pense qu’il a dit la vérité…Et que nous connaissons les responsables. »
« Bien, dit Xihiis, voici maître Paladin, vous avez été victime d’un enchantement, un puissant enchantement qui vous a fait perdre votre identité, qui vous a rendu marionnette d’un autre. Et que mon dernier sort à fort opportunément dissipé. »
« Il l’a dissipé parce qu’il a désserti la gemme que voici, dit Yaëlly en la passant à l’infortuné Diamien. »
« Pouah, dit-il en prenant la pierre, elle sue le mal. »
« Elle peut le faire, c’est une écaille de dragon noir, c’est à eux que vous devez votre aventure. »
« Engeance ordurière ! Ils ont eut tort de s’en prendre à moi. Je vais prévenir mon ordre. Un tel affront ne restera pas impuni ! Les Chevaliers de la Main d’Uther ne laisseront plus un seul dragon noir en paix tant que cet affront ne sera pas lavé. »
Alrik eut un sursaut : »Vous êtes de la Main d’Uther ? »
Diamien confirma.
« Vous avez mon respect, il se tourna vers les autres, les Chevaliers de la Main d’Uther forment un groupe de paladins puissants et respectés parmi nous. Ce sont de braves guerriers et d’extraordinaires soigneurs. »
Alcarlach opina. « J’en ai entendu parler. Je suis ravi de savoir que votre guilde décide de lutter contre les dragons noirs. »
« M’accorderez-vous votre pardon ? »
Xihiis le rassura.
« Il me faut quitter ces rivages au plus tôt, je dois me rendre aux Maleterres ! »
« Ce n’est pas un problème, dit la Sentinelle, il y a un navire en partance pour Ménéthil dans une heure. »
Profitant d’un autre navire, le petit groupe s’embarqua pour Ruth’Eran : la Sentinelle reconnu que son opposition lui avait été dictée par Diamien auquel elle n’avait pas osé s’opposer sachant très bien que la force de sa magie dépassait ses compétences propres. Durant le court trajet entre Auberdine et Ruth’Eran, Yaëlly vint entretenir Xihiis discrètement : « Dis-moi, quel était ce dernier sort que tu as utilisé ? Attends ! Il n’est pas de nature arcanique et ne fait que ressembler à un sortilège de givre. J’ai vu tes mains aussi et je ne suis pas la seule. Ce n’est quand même pas un gangresort ? »
Xihiis eut un sourire : »Ce n’est pas un gangresort, tu le sais bien. C’est…autre chose…Qui me vient de ma nature profonde. Ma mère pourrait t’en parler mieux que moi. Mais pense à son nom et tu comprendras. »
Yaëlly n’insista pas mais ajouta quelque chose : »Je ne te demande rien de secret, Xi, mais tu dois savoir une chose, ce paladin, je suis certaine que nous le reverrons et d’autre part, cette écaille de dragon n’était pas seule. Il y avait aussi, serti avec elle ceci, elle exhiba un cristal violet, et ceci c’est un fragment d’âme. »
« Mais seul les démonistes… »
« Oui, nous seuls…Et sûrement pas les dragons ! »
« C’est curieux et il vaut mieux le savoir. »
« En effet, le conseil des ombres pourrait avoir un rôle mais lequel, je ne sais »
Le village de Ruth’Eran est accroché aux racines énormes de Teldrassil. Battu par les flots, il est la porte ouverte des Elfes sur le monde. Là s’ouvre le portail magique qui mène, si les Sentinelles n’y voient pas d’obstacle, le voyageur à Darnassus.
Le groupe franchit le portail et se trouva téléporté à Darnassus. Si le spectacle n’avait pas grand-chose de nouveau pour Xihiis, Yaëlly et, bien sur Alcarlach, c’était différent pour les autres membres du groupe.
Kéran résuma l’opinion générale : »C’est magnifique ! »
Alcarlach eut un sourire à la fois flatté et triste.
« Oui, Kéran, c’est très beau mais à quel prix…Connais-tu ce poème ? Et elle commença à chanter doucement :
Feuille d’or sur la Mer Teldrassil Teldrassil
Branches longues dans les cieux Teldrassil, Teldrassil
Ville de rêve et de lumière Darnassus
Havre de joie au creux des branches
Palais elfiques aux routes blanches
Eau, arbre et pierre unis pour Darnassus
Mais où aujourd’hui sont les Aspects
Bénissant notre monde
Mais où aujourd’hui sont les Aspects
A l’humeur vagabonde
Teldrassil Teldrassil
Ton ombre obscure devient Ténèbres
Tes racines pourrissent au fond de la Terre
Ton avenir est de Ténèbres
Ta couronne défie le tonnerre
Ta beauté est de Ténèbres
Teldrassil Teldrassil
Tu fais de la vie la mort
Où est donc celui qui dort
Notre avenir est de mort
Où est donc celui qui dort
Teldrassil Teldrassil
As-tu le droit
Teldrassil
As-tu le droit ? »
A ce moment une voix froide comme la glace de montagne interrompit le poème.
« Ca te va bien de chanter ces ordures ! »
Le visage d’Alcarlach se décomposa.
« Qu’y a-t-il, demanda Yaëlly, un ennemi ? »
« Pire que cela, dit la chasseresse d’une voix lamentable, c’est ma mère ! ».
La démoniste se retourna pour regarder dans la direction d’où provenait la voix. Elle découvrit une elfe de la nuit en robe de soie argentée qui toisait l’ensemble du groupe avec une expression qui tenait de l’indifférence et du dégoût. Elle était aussi grande que son amie, mais arborait des cheveux argentés tressés en une coiffe somptueuse mais aux yeux de la jeune femme, vieillie. Son teint, d’un lilas très pâle, impossible de savoir si c’était habituel ou du à un quelconque sentiment allait à merveille avec ses yeux clairs et lumineux. Yaëlly ne put s’empêcher de trouver quelque chose d’arrogant dans le maintien de la vieille dame.
« Très vieille, se dit-elle, si elle à l’air vieille alors que Tyrande n’en n’a pas vraiment l’air.» Pendant qu’elle se faisait ces réflexions, l’expression de la dame s’était muée en une indifférence elfique tellement parfait qu’elle aurait pu être celle d’une statue.
« Viens rendre visite à ton oncle, j’y allais justement, Alcarlach, tu n’as pas été là de longtemps et il est temps que tu prennes ta place dans notre société. »
Yaëlly trouva savoureuse la manière dont la Dame feignait d’ignorer le groupe hétéroclite accompagnant sa fille. Elle ne put s’empêcher de pouffer.
La mère d’Alcarlach tourna la tête vers la démoniste et la toisa, méprisante, avant de l’apostropher : « Vous disiez quelque chose ? »
« Je ne me serais pas permis d’interrompre un si charmant discours, madame, dit la jeune fille avec un sourire. »
« En général, les enfants de 15 ans ne se permettent pas de parler quand des adultes discutent, jeune fille, souvenez-vous en ! A moins bien sur qu’ils soient mal élevés, ce qui, je dois.le dire me semble probable.»
« Vous me flattez, madame ! »
« Telle n’était pas mon intention ! Et je ne vois pas en quoi ce que je vous dis revêt un caractère flatteur… »
« En ceci, il y a bien longtemps que je n’ai plus quinze ans, vous me rajeunissez, ce qui est flatteur. Quant à l’éducation, je préfère encore la mienne à celle qui me ferait oublier les devoirs sacrés de l’hospitalité. »
La dame eut une moue désagréable : »Je n’oublie rien. L’auberge est plus loin sur la gauche et pour les animaux, voyez le maître des écuries. »
« Bien, dit alors Xihiis, Alcarlach, nous devons aller au Temple avant tout, si tu nous y conduisais –bien sur la jeune fille savait très bien où était le temple mais cela donnait une chance à leur amie de s’éclipser. »
« J’ai formulé un autre désir, dit la mère de la chasseresse. »
« Oui fit celle-ci et il m’est impossible d’y satisfaire, mère, je suis en mission diplomatique et elle ne souffre aucun retard. »
« Tu prends toujours tes animaux familiers en mission diplomatique ? »
Sa fille la regarda sans comprendre : »Mais je suis chasseresse, évidemment que mon familier m’accompagne. »
« Je ne te parle pas de celui-ci, elle désigna Fauvecroc, mais de ceux-là, et d’un geste elle couvrit l’espace où se trouvaient Malecgosa, Kéran, Nuit-de-Lune et Dela’na. »
« Mère ce sont les envoyés diplomatique que j’escorte et j’ajoute que ce sont devenus des amis. »
La vieille dame renifla de dégoût.
« Tu as toujours eut une fâcheuse propension à mal choisir tes amis, déjà ceux-là, un geste vers les deux humains, le nain et le gnome, mais ceux-ci…Non, de quoi allons nous avoir l’air. Rappelle toi que tu fais partie des Alcalor et que ta lignée remonte à l’éveil de notre peuple. Tu devrais t’en montrer digne. »
« Je pense que notre amie est extrêmement digne de ce noble héritage, madame, dit Déla’na »
La vieille dame regarda dans sa direction mais ne manifesta rien, en fait elle regarda exactement comme si la jeune chasseresse était transparente. Cette façon de traiter leur amie exaspéra le paladin Nain : »Madame, Damoiselle Dela’na vient de vous parler, et de votre fille, et en termes élogieux en plus, vous pourriez tout de même faire l’effort de lui répondre ! »
Elle baissa ostensiblement la tête pour regarder le Nain alors qu’en fait elle le voyait parfaitement en restant naturelle.
« Je n’ai rien entendu, maître Nain, mais si vous me parler de la chose la bas, je ne répondrai rien, l’Honneur et la Gloire n’ont rien à dire à la faiblesse et la lâcheté. »
Kéran gronda en même temps que le Tauren.
« Vous pouvez dire ce que vous voulez mais pas que les Elfes de Sang sont lâches ! Ce sont des gens courageux, le chasseur orc s’exprima en un commun rocailleux mais très compréhensible. »
« Ne m’en veuillez pas dit la dame aux deux humaines mais dorénavant je voudrais ne plus être interrompue par ces…choses, je m’exprimerai donc en Darnassien, qu’il ne comprend sans doute pas ! »
« Mais que je comprends, moi, marmonna Dela’na ! »
La mère d’Alcarlach fit mine de ne rien entendre.
Sa fille en eut assez.
« Mère, tu es grossière, j’ai honte de toi. Nous ne sommes pas les seigneurs de ce monde je te signale. Quant à Kéran, elle désigna l’Orc puis un sourire radieux illumina ses traits, tu ferais bien d’être gentille avec lui, car…J’entends me marier avec lui ! »
A cette phrase, dite très calmement, succéda un bref silence durant lequel, tous les regards, sans exception, allèrent de l’orc à la Chasseresse.
Si Yaëlly et Xihiis avaient l’air surprises, ce n’était rien à coté des autres et surtout de Kéran, mais fort heureusement les expressions faciales des orcs ne sont pas faciles à déchiffrer.
« Co..Comment ? Toi te marier avec ce monstre, mais tu ne peux y penser ! Ils ont assassiné Cénarius. Ils sont sont laids, sales et puants. Verts… Ils n’ont aucun raffinement de vie, pas d’artistes, de poètes, de philosophe. Tu cherches à me couvrir de honte, à me faire mourir ! Comme si ce n’était pas assez de te voir affublée de ces oripeaux dégoûtants. La famille va penser quoi de cette horreur ? Tu y as pensé à la famille… »
Elle aurait pu continuer longtemps mais lorsqu’une voleuse, même Gnome, donne un –léger- coup de matraque, la victime reste muette un moment.
Oupss se dévoilà et dit : »Bon, on y va ? »
Les deux humaines mortes de rire opinèrent.
« Si tu désires quoi que ce soit, dit Alcarlach, je te l’offrirai, et elle embrassa sur les deux joues la gnomettes ce qui assorti ses joues à ses couettes ! «
« Et Kéran, ajouta-t-elle, en serrant l’orc dans ses bras, si je romps nos fiançailles, tu ne m’en veux pas ? »
L’énorme rire de l’orc fit trembler les vénérables arbres de Darnassus.
« C’est extraordinaire, déclara le Tauren, nous sommes dans un bâtiment et on ressent l’impression d’être à l’extérieur dans une nuit claire. »
Alcarlach sourit : »Oui, le Temple de la Lune est fait pour cela, on doit s’y sentir à l’aise –ceux de mon peuple en tout cas car certains n’aiment pas trop la nuit- et rien ne met plus à l’aise un Elfe de la Nuit que…la Nuit, la Lune et la Nature. »
Le titanesque hall du temple était, malgré l’heure approchant le milieu de la journée baigné dans la lueur nocturne que l’astre des nuits répand sur ses fidèles. La radieuse statue d’Elune qui marque le centre de cour intérieure déclencha l’admiration de Déla’na.
« C’est superbe, Alcarlach, beaucoup plus beau que Silvermoon. «
« Mais non, fit gentiment la Chasseresse, c’est différent et c’est nouveau pour toi, c’est pour ça… »
« C’est très beau tout de même, insista la Thalassienne. »
Aucun des membres du groupe ne se souciait trop des regards lancés sur eux. Mais à vrai dire, à part ceux qui lançaient des regards noirs (quoiqu’argentés) à Dela’na, le groupe était plutôt considéré avec indifférence ou même, parfois bienveillance.
« Pour rejoindre Maîtresse Tyrande il faut prendre les rampes, sur les côtés, dit Alcarlach. »
Prenant lesdites rampes, ils arrivèrent sur un premier palier, où débute une seconde rampe qui permet de rejoindre la terrasse d’Elune où siège, le plus souvent, Tyrande. Mais au départ de celle-ci se trouvaient, assez logiquement deux sentinelles qui haussèrent les sourcils à la vue du groupe hétéroclite.
« Que voulez-vous, demanda l’une des gardes ? »
« Nous souhaiterions voir maîtresse Tyrande, soeur, répondit doucement Alcarlach. »
« Avec ceux-là ? »
La chasseresse soupira.
« Ne sont-ils pas enfants d’Elune aussi ? »
« Peut être… le ton était empli de doute, mais elle –elle désigna Dela’na- elle n’est plus enfant d’Elune, ils ont rejeté son héritage ! Il y a longtemps. »
« Et tu crois que c’est en les rejetant qu’on pourrait les ramener à Elune, demanda Alcarlach ? »
« N.. Non, sans doute pas. »
« Elle a raison, fit une voix douce qui venait des hauteurs, ce n’est que par l’exemple que l’on peut espérer convertir les gens, par la force, en général, ça ne marche pas bien. »
Tous les protagonistes de la petite scène levèrent la tête pour voir quoi parlait comme cela.
Celle qui venait de prononcer ces paroles de sagesse n’était autre que Tyrande Whisperwind !
Nuit-de-Lune essaya de faire le tour des connaissances qu’il avait de la personnalité de la grande prêtresse. Née il y a plus de dix mille ans, aimée de deux puissants magiciens dont le premier des Druides, elle choisit ce dernier. Guèrrière et prisonnière pendant la guerre des anciens, elle a lutta contre la Légion lors de cette première invasion et dirige –ou presque- son peuple depuis lors. Aimée donc de Malfurion Stormrage, elle lui est fidèle alors même que celui-ci s’est retiré dans le rêve (ou le cauchemar) d’émeraude. Grande prêtresse d’Elune depuis la guerre des anciens, elle représente aussi le contre-pouvoir à la mainmise trop importante, peut-être, que prend l’archidruide de Darnassus sur le monde Elfique. Et nombreux sont ceux à suivre son enseignement et sa façon d’être.
«Le visage d’Alcarlach s’éclaira visiblement : »Maîtresse Tyrande, s’exclama-t-elle ravie ! »
« Pour toi, ce sera toujours Tyrande, tu le sais, dit doucement la grande prêtresse, cela fait bien longtemps, Alcarlach. »
« L’Outreterre est loin et en revenir n’est pas toujours simple et puis… »
« Et puis, Darnassus est hors des chemins, je le sais fort bien, jeune amie. »
Tyrande fit signe aux gardes de laisser passer le groupe.
« Venez dans mes appartements, dit-elle. »
Yaëlly et Xihiis furent surprise de la simplicité avec laquelle la grande prêtresse de Darnassus les accueillait. Elles eurent toutefois l’impression qu’Alcarlach était bien connue de la Dame.
Les appartements de Tyrande Whisperwind étaient à la fois simples et raffinés, presque dépouillés, d’ailleurs. Malgré la longue durée de sa vie on aurait dit que la Dame n’avait accumulé que bien peu de chose pour lui faire souvenir des temps passés.
Elle s’assit dans un fauteuil de bois bleu clair incrusté de gemmes couleur de givre. le sol représentait en mosaïque les phases de la Lune en motifs colorés de bleu et d’argent.
« Bonjour messire Orc, cela fait longtemps j’ai bien connu un de vos guerrier, il était valeureux et j’étais fière de le compter au nombre de mes amis, soyez le bienvenu, Kéran, médusé s’inclina. Quant à vous maître Tauren, j’espère que les vents de la Grande Terre Mère porteront vos pas vers des Contrées de chasse propices. »
« Merci, madame, dit le Tauren de sa voix profonde. »
« J’ai du respect pour votre destinée chère Dame, dit Tyrande à Malecgosa, la lumière vous accompagne où que vous alliez. »
« Vos paroles sont d’amour et je vous en remercie dit la Réprouvée. »
Alors Tyrande regarda Dela’na un moment avec une expression extrêmement douce.
« Il y a longtemps que les pas des vôtres ont été oublié ici. Mais votre venue est peut être le présage de temps nouveaux. Soyez la très bienvenue à Darnassus, Damoiselle Dela’na. »
La jeune elfe de sang posa un genou en terre et remercia la grande prêtresse, Alrik qui était près d’elle, comme souvent, remarqua des larmes dans les yeux vert brillant.
Ensuite, leur hôtesse souhaita la bienvenue à Xihiis, Oupss et Alrik.
« Et vous Damoiselle Démoniste…Qui vous servez du mal pour faire le bien…Je vous souhaite la bienvenue car j’apprécie beaucoup l’humour de votre démarche. »
Sur ces paroles sibyllines Yaëlly rougit et remercia la Dame de son bon accueil (comme démoniste, on est jamais trop sur d’être accueilli.).
« Bien, ma jeune amie, que me vaut le plaisir de te voir en cette compagnie si…originale. Oh avant tout, avez-vous vu votre mère ?»
Alcarlach se rembrunit.
« Oui, nous l’avons vue ! »
« Et vos amis sont resté tels que je les vois…Leur patience les honore. »
Un murmure de rire agita le petit groupe.
« A part ça, que me vaut le plaisir de vous voir tous ici ? »
Xihiis prit la parole : »Et bien, nous sommes envoyé par le Chef de Guerre Thrall pour négocier une paix définitive avec le Chef de l’Alliance. »
Tyrande hocha la tête : »Et vous faites étape par Darnassus pour me faire vos salutations, voilà qui est courtois, jeune mage ! »
« Euh…Non, pas exactement, voyez-vous, nous avons d’abord été envoyés vers Jaina Proudmoore mais elle refuse le titre de Chef de l’Alliance. De retour à Orgrimmar, après réflexion, Thrall nous a envoyé vers vous. »
« En tant que chef de l’Alliance ? Curieux…Je ne suis pas le Chef de l’Alliance, voyons ! »
« Mais qui est-ce alors, demanda Kéran ? »
« Je pense que le Chef de Guerre le sais, après le refus de Jaina –elle va bien à propos ? Mais qu’il est fort ennuyé. »
« Si vous me permettez de donner mon avis, dit Dela’na, Tyrande eut un sourire affirmatif, je pense que le Chef de Guerre nous a envoyé vers vous plutôt pour bénéficier de vos conseils et de votre opinion relativement à cette paix. »
« Je le crois aussi, dit Yaëlly approuvée par Xihiis »
« Il y a autre chose que vous devez savoir, dit Alcarlach, notre quête a déjà été plusieurs fois perturbée par les Dragons Noirs. »
« Rien d’étonnant à cela quand on sait quelle influence néfaste ils ont sur la politique des races mortelles depuis longtemps déjà. »
A ce moment un bruit ce fit entendre dans l’antichambre des appartements de la grande prêtresse. Une cacophonie de voix dans lesquelles on reconnaissait la voix froide et aristocratique de l’Archidruide Fandral et la voix plus énervée de la mère d’Alcarlach. A ces voix, revendicatrices, s’opposaient celles de deux Sentinelles très calmes mais manifestement débordées.
Tyrande se leva et ouvrit la porte.
« Pourrais-je savoir ce qui motive cette bruyante intrusion ? »
Les Sentinelles sourirent à la supérieure de leur ordre : »Et bien messire Staghelm s’est présenté avec Dame Alcanor en prétendant que vous étiez en danger, nous savions que ce n’était pas le cas mais que vous étiez en audience, donc nous n’avons pas accepter de les laisser passer et ils se sont mis en colère. »
« Voyons, Fandral, pourquoi serais-je en danger, je reçois simplement des ambassadeurs. »
« Dame Alcanor, que voici, a été agressée par un de ces ambassadeurs, en pleine ville, l’un d’entre eux l’a assommée. »
La dame opina.
« Pourrais-je savoir dans quelles circonstances vous avez été agressée ? Et par qui ? »
« J’étais en train de réprimander ma fille sur son projet d’union avec cette, cette chose (elle désigna Kéran) et d’un coup, j’ai perdu connaissance. Quand j’ai repris mes esprits, ils étaient tous partis. J’ai immédiatement couru chez l’Archidruide (car ils avaient laissé échapper qu’ils se rendaient ici)… »
« Et me voilà conclut Staghelm ! »
« Oui, mais si je vous comprends bien, vous étiez occupée à injurier les ambassadeurs officiels du Chef de Guerre Thrall et quelqu’un vous a fait taire. De plus ce quelqu’un –qui nous a sans doute évité un incident diplomatique- vous ne l’avez pas vu. »
« Les voleurs, on le les voit pas souvent, fit aigrement la dame, c’est la…profession la moins honorables que je connaisse et elle bénéficie de talents beaucoup trop affûtés pour que les honnêtes gens… »
« C’est cela, dit Tyrande, si vous passiez votre temps en entraînement comme nos autres sœurs, plutôt qu’a discutailler avec vos amies autour de tasses de rosée –Alcarlach eut un gloussement- vous les repèreriez les voleurs. Enfin, vous en voyez un ici de voleur ? »
« Je suis Chasseur, dit Kéran, Kikoo se frottant à ses jambes, personne n’aurait pu mettre le fait en doute. »
« J’imagine que vous remarquez que je suis Druide, dit Nuit-de-Lune froidement, Fandral opina tout aussi froidement. »
« Je sssssssssuis Prêtresssssssse , ajouta Malecgosa. »
« Et moi Forestière, conclut Dela’na. »
L’archidruide eut un reniflement de mépris en entendant la voix de la jeune Elfe de Sang.
« Et eux, il désigna le reste du groupe. »
« Mage, Démoniste, Paladin, Chasseresse et elle désigna Ouppss elle début son entraînement de guerrière. »
La gnommette regarda Tyrande avec affection et rougit.
« Soit, nous dirons donc que c’est un voleur qui passait qui a agressé Dame Alcanor, mais c’est étrange. »
Tyrande fit un geste vague montrant qu’elle n’y pouvait rien.
« Quoi qu’il en soit, je voudrais savoir pourquoi ces ambassadeurs ne sont pas venus à moi ? »
Tyrande allait répliquer mais elle fut prise de vitesse par Xihiis : »Parce que le Chef de Guerre Thrall nous a envoyé à Maîtresse Tyrande qui dirige les Elfes de la Nuit…Selon les opinions les plus répandues. »
Le teint de Fandral Staghelm vira au lilas très pâle mais il se contint ; La jeune fille avait son air angélique, celui que Yaëlly estimait être le plus grand mensonge que Xihiis pu proférer, et l’archidruide n’osa passer outre.
« Et il est possible de savoir ce que Thrall nous veut ? »
« A vous ? Rien ! »
C’était Nuit –de-Lune.
« Il souhaite faire la paix, de manière durable, ce que la Nature ne saurait qu’envisager avec bonheur et pour cela voudrait faire un traité avec le chef de l’Alliance. »
« Justement, je… »
« Et c’est pourquoi, il nous envoie vers celle qui dirige les elfes de la Nuit ! »
La potion était amère mais se mettre en colère aurait été donner trop d’importance à celui que Fandral considérait comme à peine digne d’attention. Donc…Il ravala sa rage et fit appel à son intelligence.
« Et bien mais c’est une bonne idée, passer du statut d’ennemi… »
« Nous sommes en trêve, Fandral, lui rappela Tyrande. »
« Peu importe, c’est une question de mots, passer du statut actuel au statut d’ami, ou d’allié…Il faut signer ce traité tout de suite, à l’instant même. Nous pourrons régler les détails plus tard comme l’abandon des terres que les Orcs ont prises en Ashenvale et… »
« Et le fait que ni vous ni moi n’avons qualité pour décider au nom de l’Alliance ! »
« Allons, les autres membres de l’Alliance savent que les Elfes de la Nuit agissent toujours pour le plus grand bien de tout le monde. »
« Si vous le dites, Fandral dit Tyrande, mais il reste que je ne suis pas le Chef de l’alliance et que je ne peux en aucun cas signer ce traité au nom de l’Alliance. »
« Allons, la Horde n’est pas si pointilleuse, ce qu’il leur faut c’est un traité de paix et ils nous laisseront tranquilles. »
« Je crois que vous percevez mal le propos de mon Chef Thrall, dit Kéran, il veut un VRAI traité, pas un document signé par quelqu’un n’ayant aucune autorité sur l’Alliance. Sans vouloir vous vexer, mais aucun Orc ne va croire que les Humains vont obéir à un traité signé par un Elfe, ou un Nain, ou même un Gnome, et la même chose est vraie pour les autre race de l’Alliance… »
« Si les orcs se mettent à être aussi pointilleux sur des sujets aussi futiles. »
« La paix n’a rien de futile, Fandral. Et prendre aussi légèrement la proposition de Thrall est offensant pour lui et nos amis. »
« Mais, entendons-nous bien, Tyrande, je ne signerais ce traité que pour permettre des négociations concernant l’abandon des possessions orcs en Ashenvale et peut être dans les Tarides. »
« Il est fort heureux en ce cas que vous ne soyez pas vraiment concerné, car si je le signait, moi, ce serait pour assurer une coopération entre toutes les races de Kalimdor d’abord et d’Azeroth ensuite pour lutter contre la corruption de ce monde. Corruption à laquelle nous ne sommes pas étranger, vous le savez bien. »
« Quoi qu’en dise le Cercle Cénarien, Teldrassil n’a rien à voir avec… »
« Ce n’est pas le lieu, Fandral. Et je pense que vous êtes dans l’erreur. »
« Pensez ce que vous voulez. A ce propos, je vous rappelle que faire la Paix avec la Horde impliquerait de faire la Paix avec ceux-là, il désigna dédaigneusement Dela’na. »
« Que vous ont-ils fait ? A vous personnellement ? »
Fandral voulu répondre, mais il fut coupé par la Grande Prêtresse qui laissa poindre sa colère : »Je suis une des rares à me souvenir de tout, car j’y étais. Je pense que leur choix, pour n’être pas le mien a été assumé, qu’ils ont payé le prix, le prix des larmes et du sang. Ils méritent plus notre respect que notre vindicte aujourd’hui, je crois. »
L’archidruide ne répondit rien.
« Qu’allez-vous faire, si vous ne signer pas le traité ? »
« Leur fournir de l’aide, car j’ai quelqu’idée de l’identité de celui qu’il cherche. Le problème c’est plutôt l’identité de ceux qui ne veulent pas de cette paix. »
Staghelm la regarda d’un air interrogateur.
« Le vol noir est sur leur piste et ils ont déjà été attaqué. Leurs pas les mèneront en Azeroth mais je crains pour eux car le vol noir y est puissant. »
Fandral Staghelm se redressa et eut un sourire condescendant.
« Le vol noir…Hum hum, c’est vite dit… Et puis cela dramatise l’histoire. Cela la rend intéressante. Franchement je ne crois guère que les principaux maîtres du vol noir soient impliqués dans tout ceci. »
Xihiis blêmit : »Dois-je en déduire que vous doutez de notre parole ? »
« Non, pas explicitement, je pense à une interprétation erronée de données correctes. »
« Voilà qui est mieux, dit Yaëlly, soit nous sommes des menteurs soit nous sommes suffisamment stupides pour ne rien comprendre à ce qui nous arrive. »
« Et bien si vous aviez la clairvoyance des races anciennes, peut être que… »
« Archidruide, il suffit, dit Alcarlach, j’ai ce que vous nommez la clairvoyance des races anciennes et qui n’est la plupart du temps que de l’aveuglement, elle jette un regard à sa mère, et j’ai moi-même eut la preuve de l’implication de dragons de haut rang. »
« Si vous le dites, le doute perlait dans le ton de l’Archidruide comme la rosée sur les feuilles matinales. »
« Vous n’avez aucune raison de douter de leur parole, laquelle est d’ailleurs confirmée par le seigneur Thrall, Tyrande tendit la missive incrustée de rubis à l’Archidruide. »
Celui-ci eut à nouveau un reniflement de mépris mais que Yaëlly perçu comme teinté d’envie à la vue des rubis. D’ailleurs la réflexion que fit le lecteur la confirma dans son impression : »Des rubis, où par Elune, les orcs en trouvent-ils autant ? »
« Le sol de Durotar en est plein, grommela Kéran. »
« Bon ce que je lis semble confirmer ce que vous dites Mais je suis surpris. »
Il se tourna vers Tyrande : »Si je comprends bien, je ne vous être d’aucune aide ? »
« En effet je ne vois pas ce que vous pourriez faire… »
« Très bien, je suis un Elfe occupé, le bonsoir vous tous. »
La sécheresse de ton et la rapidité de sa prise de congé surpris tous ceux qui ne connaissaient pas l’archidruide : Alcarlach et Tyrande échangèrent un regard résigné.
Par contre Alcanor ne manifestait aucune envie de s’éclipser.
« J’en reviens à ma requête dit-elle d’une voix sucrée, je veux qu’Alcarlach vienne prendre sa place au sein de la famille. »
« Mère, ce n’est pas possible. »
« Ton association avec ces…gens ne change rien à tes devoirs. Il est temps que tu restes davantage à Darnassus. »
Mais Tyrande secoua la tête : »Ce ne sera pas possible Alcanor, car je la renvoie en mission. »
« Depuis quand enoyez-vous une chasseresse en mission, d’ordinaire ce ne sont que des prêtresses. »
« Depuis que je dirige la sororité d’Elune, à moins que vous ayez quelque chose à en dire. »
« Je ne dis rien à cela, je dis que ma fille me m’obéit pas ! »
Tyrande eut un soupir agacé.
Nuit-de-Lune prit la parole : « Madame, ne comprenez-vous pas que votre fille travaille avec nous et avec nos dirigeants pour une meilleure entente entre les peuples de ce monde ? »
La dame regarda dans la direction du Tauren mais ce fut à la jeune mage humaine qu’elle choisit de s’adresser : »Voyons, mademoiselle, vous faites partie d’un peuple qui respecte la famille, je suis sure que vous me comprenez. »
Xihiis sourit : »Je pense que mon ami Nuit-de-Lune vous avait dit quelque chose, madame. Il serait courtois de lui répondre. Quant à mes vues sur la famille, je suis fidèle à mes attaches familiales, elle eut un regard tendre pour Malecgosa, mais aucune personne de ma famille n’oserait me demander de manquer à l’honneur. »
« Décidément les humains sont bien décevants…Je suis désolée mais je n’ai pas pour habitude d’écouter les propos de l’ennemi, surtout quand l’ennemi est quasiment un animal. »
Tyrande sursauta.
« Un animal, vraiment, dit une voix glacée dans laquelle tous furent surpris de reconnaître celle de Dela’na, vous me rappelez, madame, et ce n’est pas un compliment ma grand-mère qui était magistère et tellement intolérante qu’elle a refusé l’aide d’un Troll quand il lui a proposé de lui sauver la vie dans l’incendie de notre village lors de l’attaque du Fléau. Je sais que vous ferez semblant de ne point m’entendre mais tant pis pour vous car ce que je vais vous dire maintenant, seule vous, moi et deux autres personnes ici vont le comprendre. Elle poursuivit en Darnassien ancien : Je suis Dela’na Alcadhrim, je suis de votre sang à des générations d’écart et j’ai honte de voir que ma famillle soit, des deux côtés, capable de produire des gens aussi bornés que ma grand-mère ou vous. J’espérais que ce sentiment dynastique idiot s’était tari en ces lieux, je me trompais. Si Nuit-de-Lune est un animal, vous en êtes un autre. La paix est au prix de l’oubli de nos haines. Votre fille, elle, est digne du nom qu’elle porte. »
La vieille dame blêmit mais ne dit rien.
La grande prêtresse d’Elune ajouta : « Vos propos sont offensants pour quelqu’un qui ne vous veut que du bien. Je vous retire mon autorisation de séjourner ici, retournez en Féralas et pensez que tous les habitants de ce monde sont des enfants d’Elune. »
Alcanor n’avait plus qu’à sortir et elle s’en alla non sans ponctuer son départ d’une phrase vipérine sur la détérioration des traditions à Darnassus.
Quand la porte se ferma sur elle, tous eurent un soupir de soulagement.
« Je suis désolée, dit Tyrande, je vous certifie que tous les Elfes de la Nuit ne sont pas comme cela. »
« Je sais, dit Nuit-de-Lune, mon amie Alcarlach m’a convaincu de ce fait. »
On entendit le bruit léger de l’eau du lac de Darnassus poussée par le vent léger qui baignait la ville.
« Bon, revenons à notre sujet. Si Thrall veut mon conseil, je n’y vois pas d’inconvénient. Pour moi, l’Alliance est d’abord un phénomène humain, il serait absurde pour mon peuple d’en revendiquer le commandement. Et, ne le prenez pas mal, digne Paladin, pour moi les Nains ne sont pas plus que nous susceptibles de pourvoir le poste. »
Alrik éclata de rire : »Je ne crois pas qu’un seul d’entre nous soit assez fou pour essayer ! »
« De même, damoiselle, poursuivit Tyrande à l’intention de la gnommette, je ne vois pas votre peuple assumer ce poste. »
« Euh, non, moi non plus et d’ailleurs je pense que ça n’intéresse personne. »
« Tiens, une question jeune fille, vous êtes bien…voleuse, n’est-ce pas ? »
La gnommette rougit : »Euh, oui, oui, en effet… »
« Félicitations pour votre prestation de tout à l’heure alors, Tyrande arborait un sourire en coin, mais vous n’avez pas frappé assez fort que pour remettre les idées à leur place.»
Alcarlach éclata de rire : »Je sais que ce n’est pas bien mais c’est tellement pénible, quand je pense que mon père était tout le contraire. »
Tyrande eut un sourire lointain. Comme perdue dans des souvenirs d’au-delà du temps.
« Elle a beaucoup changé à sa mort, tu le sais bien. »
« Bref, se reprit Tyrande, pour moi c’est du coté humain de ce monde que vous devez chercher. »
« C’est amusant ça, dit Yaëlly. »
Tout le monde la regarda.
« Que trouves-tu de sssssssi amussssant, demanda Malecgosa ? »
« Et bien, quelle ville allons-nous visiter, Gilnéas nous est fermé, Kul Tiras aussi, Stromgarde est ruiné ainsi que Dalaran. Les deux seuls candidats potentiels sont Stormwind et Lordaeron. »
« Et alors, demanda Kéran, il nous suffit de contacter les chefs de ces deux villes et… »
« C’est bien là l’ironie de la chose, dit Yaëlly : Lordaeron n’existe plus comme royaume humain et l’hériter de son trône n’est autre qu’Arthas, ce serait assez drole de lui parler de paix, je dois dire…Quant à Stormwind…Xihiis, Alcarlach, vous pensez ce que je pense ? »
Les deux interpellées et Tyrande se rembrunirent.
« Oui, dit Xihiis, je nous vois débarquer devant Katrana Prestor et lui raconter notre histoire… »
Kéran poussa un rugissement presque digne de Grom Hellscream : »Est-ce qu’il serait possible de nous expliquer ou bien c’est une affaire privée ? »
Alrik hocha la tête : »Moi non plus je ne comprends pas »
Ce fut Tyrande qui répondit : »Ce n’est pas privé mais c’est une longue histoire. La première chose que vous devez savoir c’est qu’effectivement, à mon avis, le Chef de l’Alliance, c’est le Roi de Stormwind. »
« Et bien alors dit l’orc sans réfléchir, oh ! »
« Ah je vois que tu as compris, dit Nuit-de-Lune, rassure toi je viens de comprendre aussi. »
« Mais, fit Alrik, le Roi, pas le petit garçon, quand même ? »
« Non, maître Nain, non, dit Tyrande. «
« Le Roi de Stormwind, celui qui a disparu et au sujet duquel presque tous les aventuriers de l’Alliance ont été interrogé, dit Yaëlly »
« Et qui est gardé par les dragons Noirs, dit Xihiis ».
Mais Alcarlach eut un signe de dénégation : »Je ne crois pas, l’île sur laquelle il était sans doute détenu –j’ai rencontré quelqu’un qui avait vu, de loin, un prisonnier qui lui ressemblait- l’île est désormais déserte. Il doit s’être évadé. »
« Ce qui explique l’excitation des Dragons Noirs, dit Tyrande. »
« Mais ne résout pas notre problème, dit Kéran ! »
« Et bien disons…Que nous devons le chercher ! »
« Un moment, dit Dela’na, c’est peut-être clair pour tout le monde mais pas pour moi. Si je vous comprends bien, l’Alliance s’est débrouillée pour perdre son chef ? »
« Oui, c’est un peu ça, fit Xihiis. »
« Bon, donc ce roi s’est volatilisé ? »
« Euh oui si on veut… »
« Grandiose, dit la jeune Elfe de Sang, perdre son dirigeant de cette manière, c’est vraiment…Bizarre, et un peu comique aussi : la Grande Alliance qui est sans chef, c’est assez amusant. Mais fort ennuyeux. Dans quelles circonstances a-t-il disparu ? »
« Son navire a fait naufrage alors qu’il rejoignait Kalimdor, on pense qu’il voulait négocier une paix avec…Oh ! C’était Yaëlly qui venait de saisir le fil de la pensée de la Thalassienne. »
« Oui, amie, je vois que tu as compris : si nous ne voulons pas disparaître aussi, nous ferions bien de faire fort attention à nous. »
Tyrande regarda le groupe avec intérêt : »Je crois que vous préfigurez ce que notre monde pourrait devenir si nous nous entendions. »
« Bon, dit Nuit-de-Lune, que fait-on ? »
« Il me semble, dit Tyrande, que vous devriez retournez raconter cela à Thrall –en passant, mes meilleurs souvenirs à Dame Nale- par ailleurs, il me semble que vous devriez aller voir ce curieux marchand de fromage de Stormwind. Je suis certaine qu’il a d’autres informations que celle qu’il laisse passer au tout venant. »
Oupss poussa un soupir…
« Comme j’aimerais aller avec vous… »
Xihiis eut un haussement de sourcil. »Ca t’intéresse de parcourir Kalimdor et prochainement Azeroth en tout sens pour la cause de la paix ? »
La gnommette rougit.
« Vous êtes les seuls qui avez été assez gentils pour m’accepter malgré mes défauts, je sais bien que je suis assez nulle mais voilà j’ai apprécié de me trouver avec vous tous. »
Alcarlach sourit : « Je te jure qu’aujourd’hui tu as été plus brillante que jamais ! »
« Mais, dit Kéran, qu’est-ce qui te fait croire qu’on refuserait de te prendre dans notre groupe ? »
La gnommette eut un regard triste : « L’habitude de la façon dont on me traîte, Kéran, rien de plus. »
Le tauren s’approcha, il saisit la gnommette par les épaules et l’amena pour la regarder dans les yeux.
« Jamais je ne refuserai de te prendre avec moi. Ceux qui refusent ne savent pas de quels trésors de gentillesse ils se privent. Tu es des nôtres si tu le veux. »
Ce faisant il lançait un regard affirmatif par-dessus les couettes violettes et reçu des hochement de tête en réponse.
« De toute façon, dit Tyrande, je pense que plus de races seront représentées, mieux ce sera. Dans la quête de la paix, il ne faut refuser personne. »
« Si ceci est réglé, dit Kéran, il ne nous reste qu’à reprendre la route. »
« Non, dit Xihiis, je peux nous téléporter (faire un portail) jusqu’Orgimmar, Thrall m’en a donné la possibilité. Mais je ne pourrai le faire que vers Orgrimmar car je nous vois mal débarquer dans le Sanctuaire des mages à Stormwind…C’est d’ailleurs ennuyeux, on gagnerait du temps. »
Ils firent leurs adieux à Tyrande et la jeune mage commença son incantation, le portail apparu et le groupe le franchit.
Dès que Xihiis qui était passé la dernière pour surveiller la manœuvre arriva de l’autre côté, ce fut pour voir Kéran et Nuit-de-Lune au prise avec un garde d’Elite vert émeraude de colère.
« Mais qu’est-ce que vous imaginez, qu’on fait des portails ici comme on veut ? C’est un endroit d’accès règlementé ici. Une ville civilisée. Vous ne le savez pas ? Vous êtes deux euh non trois euh quatre crétins. »
Puis, le garde vit les deux humaines, l’elfe de la nuit le nain et le gnome.
« Et en plus vous ne savez pas sécuriser un portail, pour que l’ennemi ne l’utilise pas, abrutis dégénérés ? Qui est le mage, je lui retire sa licence de portail à l’instant. »
« Le mage, dit Xihiis en orc, c’est moi. »
« Taisez-vous, les prisonniers n’ont rien à dire. »
« Mais fit Xihiis très calmement, je ne suis pas prisonnière. »
Le garde poussa un hurlement de rage et de l’écume apparu à ses lèvres.
« Si, je viens de vous faire prisonnière et les quatre autres aussi ! Je suis assez fort pour ça vous savez, quand à vous, ajouta-t-il à l’égard des quatre hordeux, vous êtes en état d’arrestation tout ce que vous ne direz pas pourra être retenu euh non le contraire, enfin je vous arrête. »
Ils se trouvaient tous dans une chambre éloignée du Fort Grommash que Thrall avait choisie pour son calme et sa discrétion.
« Le grunt en colère fait plus de bruit qu’un Kodo en rut, pensa le Druide Tauren et il se mit à rire. »
Ceci mit le comble à la colère du garde.
« Ce n’est pas drôle et je vous conseille d’écraser de suite. Vous ne vous en rendez pas compte mais je roxx quand on m’emm…bête. »
« Vous …quoi, demanda Xihiis ? »
Le garde ne répondit pas directement à la question : »Toi par contre je suis sur que tu suxx ! »
Xihiis le regarda froidement, s’avança d’un pas et le gifla à toute volée.
Le garde essaya de saisir la jeune fille mais déjà elle s’était transférée et l’avait immobilisé dans la glace.
« Je vais t’apprendre moi à parler aux femmes, dit la mage rouge de colère. »
Sur cet évènement on entendit un pas lourd mais dynamique dans le couloir et Thrall fit son entrée.
« Ah, vous êtes là, dit-il le visage éclairci par un large sourire, je suis bien content. »
Puis il remarqua la glace aux pieds du garde et la marque de main très visible sur la joue de celui-ci.
« Que se passe-t-il, demanda-t-il d’un ton inquisiteur. »
« Et bien fit Xihiis, lorsque nous sommes apparus ici, nous avions pris soin que kéran, Nuit de Lune, Dela’na et Malecgosa arrivent les premiers, ce garde a mal pris la chose et a tenté de nous arrêter, à ce moment Thrall se passa une main sur le visage en soupirant, puis il m’a injuriée, alors, j’ai répliqué moins agressivement tout de même. »
« Qu’a-t-il dit ? »
La jeune fille rougit : »C’est gênant…Il m’a dit…Qu’il était sûr…Que je suxxait, malgré son accent, j’ai bien compris… »
« Le chef de Guerre regarda le Garde qui hocha la tête : »C’est vrai et encore maintenant, j’en suis sur ! »
« Toi, tu es un imbécile, dit le chef de Guerre, combien de fois vous a-t-on dit de ne pas utiliser pareil vocabulaire lorsque vous êtes en service. Tu as bien mérité ta gifle et tu as de la chance que ce ne fut pas pire. Car en humain ce que tu as dis, à une femme, devant son mari par exemple mais aussi devant tout homme bien élevé, ça se traduit par un duel à mort. »
Il se tourna vers la mage : « Ce crétin parle l’orc comme un Kévin, vous ne pouviez comprendre ses termes argotiques, vous devrez me faire confiance et croire que ce qu’il voulait dire n’est pas ce que vous avez entendu. »
Le grunt protesta : »Je ne parle comme un Kévin, chef, c’est du aissaimess, la langue de mon clan. »
« Oui ? Et bien tu es prié de parler l’orc tout court quand tu es en service histoire que tout le monde te comprenne. »
Thrall allait quitter la pièce suivi du groupe lorsqu’il s’arrêta brusquement.
« Je peux savoir qui t’a posté ici, il ne devrait y avoir personne, normalement. »
« Ben c’est un démoniste qui portait un lettre avec le cachet officiel. »
« Oui, mais son nom ? »
« Ben je sais pas il y avait le cachet alors je me suis dit que c’était bon. »
Thrall gronda.
« Ce n’était pas bon espèce d’idiot, ce démoniste est surement un espion. Tu n’as pas lu l’ordre ? »
Le grunt redevint vert foncé : »Je ne sais pas très bien lire, chef. »
La colère de Thrall retomba aussitôt, le manque d’instruction était une plaie du peuple orc, et ce grunt n’avait probablement jamais eu la chance d’approcher une école.
« Ce n’est pas de ta faute, ça. La prochaine fois vérifie, c’est tout. »
Le grunt gêné hocha la tête puis demanda : »Heu Chef ? »
« Oui ? »
« Que croit-elle que je lui ai dit ? »
Thrall devint visiblement plus pâle : »Hum…Il vaut mieux que tu ne le saches pas ! Mais fais attention.»
« Oui chef ! »
Thrall passa dans le couloir puis regarda la jeune mage et soupira : »Encore désolé ! »
« Non, ce n’est rien, c’est bien la preuve que la communication est la clé de tout entre nous. »
Elle lui adressa un radieux sourire.
« Vous savez, dit Yaëlly, à sa place un humain n’aurait pas avoué qu’il ne savait pas lire. »
Thrall hocha la tête, il était bien placé pour savoir à quel point les humains étaient orgueilleux.
« Bon dit Thrall, je vais faire quérir Nale et nous pourrons parler. »
Quoi ? C’est une plaisanterie ? »
Les messagers s’entreregardèrent, la stupéfaction de Thrall était bien compréhensible.
« Pas du tout, l’avis de Tyrande Whisperwind est bien que le Chef de l’Alliance est le roi de Stormwind
. C’est, selon elle, le plus logique, dit Xihiis. »
Manifestement la nouvelle ne plaisait pas au Chef de Guerre qui le fit savoir immédiatement : « Mais bon sang, il n’y a que les humains pour désigner comme chef un roi disparu, c’est complètement idiot. Si on doit négocier quoi que ce soit avec l’Alliance, on ne saurait même pas à qui s’adresser. Enfin quoi, un roi ça ne se perd pas comme ça. Et puis même, il disparaît, c’est ennuyeux mais on lui choisit un remplaçant. »
Les cinq allianceux se regardèrent puis Yaëlly se lança : » C’est bien le problème ! AU niveau militaire, celui qui le remplace c’est Bolvar, mais le niveau politique semble plus être sur les épaules de Dame Prestor…Et vous savez bien qu’elle… »
Mais le regard de Thrall se fit interrogateur : visiblement il ne savait pas qui était cette dame, par contre Nale eut un hochement de tête affirmatif.
« Mon cher mari ne sait pas la nature de Dame Prestor et je parierais même qu’il ne sait pas trop dans quelles circonstances le Roi Varian Wrynn a disparu. »
« J’ai suffisamment à faire avec toute la Horde sur le dos pour ne pas me mêler d’une politicienne d’importance locale, quant au Roi, il me semble qu’il a fait naufrage, non ? »
Yaëlly eut un sourire amer : »La politicienne en question, nous la soupçonnons d’être une dragonne noire incarnée en humanoïde, il est même possible que ce soit la propre fille de Deathwing. »
« Et le Roi, poursuivit Xihiis s’est embarqué pour Kalimdor, les bruits les plus insistants disent qu’il voulait rejoindre Theramore et de là vous envoyer un messager pour discuter d’un vrai traîté de paix. Apparemment lui aussi trouvait cette hostilité larvée hors de saison. »
« Et on sait aussi, ajouta Alcarlach, que le naufrage n’est pas naturel, le roi a été vu dans une île qui était aux mains des dragons noirs, indirectement à vrai dire. Et je peux vous certifier qu’il n’y est plus…Maintenant s’en est-il évadé, ou l’a-t-on simplement changé de prison, je ne sais pas. »
Thrall avala les informations sans mot dire. Son regard bleu glacier se faisant lointain.
« Mon devoir est clair, dit-il enfin : je dois tout mettre en œuvre pour retrouver le roi Humain. Cela peut sembler fou, mais les être de sagesse et de paix sont trop rares pour laisser perdre ceux qui existent. Mais j’ai une question concernant cette dame…Prestor. Cette dragonne. Personne ne la jamais défiée ? »
Un soupir lui répondit.
« Il y a tant à faire en Outreterre, que depuis la réouverture du portail, les gens préfèrent s’intéresser à ce qui se passe la bas pltôt qu’aux problèmes d’Azeroth. Mais je crois qu’ils sont dans l’erreur, dit Alcarlach d’un ton désabusé, il faut être nombreux pour la traquer, c’est un bien grand risque pour un gain peu assuré. J’ai essayé de monter des groupes et je sais que Xihiis et Yaëlly aussi mais peine perdue…Les gens préfèrent les trésors de Kharazan ou les récompenses des arènes.»
Ce mot d’arène fit bondir Thrall.
« Tiens oui, justement Nale, ce Reghar, cet esclavagiste dépravé : où en est-on ? »
« Pas loin, il n’a pas rejoint Orgrimmar et est à la recherche de son équipe vedette qui s’est semble-t-il évadée… »
« Pas mal ça, dès que je lui mets la main dessus… »
« Il y avait un Elfe de la Nuit, une Elfe de Sang et un Humain : à trois ils ont vaincu trois Ogres à Hache Tripes. »
Thrall eut un hochement de tête approbateur : »Ils se sont bien battus… puis il eut un sursaut, comment une Elfe de Sang était-elle escale d’un Orc ? »
« On dit que c’était une voleuse condamnée par un chef de Clan »
‘ »QUI ? Il ne sait pas que je refuse les condamnations à la servitude ? »
Nale haussa les épaules : »Qui, je ne sais pas, il sait sans doute que tu refuses tout ça mais il sait aussi que tu n’es pas partout tout le temps… »
« Même les deux autres ne devaient pas être esclaves, il est complètement hors la loi, ce Reghar. »
Nale haussa les épaules : elle savait bien mais elle savait mieux que Thrall (qui pouvait parfois avoir la naïveté des purs) que nombre de gens se situaient en marge des lois avec un parfaite bonne confiance.
« Bien, fit Dela’na, mais que souhaitez-vous que nous fassions ? »
Thrall regarda la jeune elfe avec une certaine surprise : les Elfes de Sang n’étaient pas à son idée réputés pour leur dévouement.
« Vous voulez faire autre chose ? »
L’ensemble du groupe hocha la tête et le paladin Nain renchérit : »On peut vous le chercher ce roi, et s’il faut aller enquêter à Stormwind…Et bien nous irons. »
Le groupe rit mais approuva cependant Alcarlach prit la parole : »Il faut être clair que si nous nous engageons sur ce sentier là, les dragons noirs font faire encore davantage que ce qu’ils ont déjà fait. Il faut que nous tous le sachions. »
Elle raconta à Thrall l’épisode du paladin ensorcelé d’Auberdine et du curieux Elfe de la Nuit disparu au refuge des sentinelles.
« Il faut donc qu’ils aient de gros intérêt à maintenir l’état de guerre… Je serais curieux de savoir l’avis des autres grands dragons là-dessus. »
« Oh, fit Malecgosa, Malgygossssss ssssss’intéressssssssse assssssssez peu aux racssssssssssses jeunes mais sssssssssss’il peut mettre sssssssssssson pouvoir en travers des dragons noirs, il ssssssssera heureux ! »
« A ce que je sais, dit Xihiis, Yséra a des soucis ainsi que Nozdormu mais je pense qu’Alexstrasza serait plutôt favorable à la paix : elle est l’Aspect de la vie après tout ! »
Si Thrall avait l’air de suivra la conversation, le Paladin Nain et Kéran semblaient désorientés.
Le second osa poser la question qui lui brûlait les lèvres : »C’est qui ces gens là ? »
« Et bien, dit Dela’na, ce sont les quatre Aspects de Dragons qui restent encore non corrompus, Malygos est la main de la Magie, Yséra la Tisseuse de Rêve et Nozdormu le maître du temps tandis qu’Alexstrasza est la reine de la vie, ils sont respectivement les pères et mère des quatres vols bleu, vert, bronze et rouge. Mais si les Aspects ne sont pas corrompus, certains vols ont des membres qui le sont, c’est le malheur des dragons… »
Xihiis eut un hochement de tête qui trouva son écho chez Malecgosa.
« Nul n’aurait mieux pu résumer cette matière. Il est certain que ces histoires sont bien connues des mages et des Elfes mais c’est vrai que cela reste une matière…confidentielle. Même s’il n’y a aucune raison que tous aient cette connaissance.. »
Nale approuva puis dit « Ceci toutefois ne résout pas notre problème, je ne crois pas que les Aspects vont nous envoyer du soutien, si noble soit notre cause. Nous devrons donc faire nous même. »
« De toute façon, dit Nuit-de-Lune, que faisons-nous ? Vers où partons-nous ? »
« Je crois, fit Yaëlly, que nous n’avons pas le choix, il faut nous rendre à Stormwind, parler à un certain marchand de fromage… Le problème c’est que jusque ici nous allions dans des villes hostiles mais dont le chef pouvait nous être favorable, ici, ce sera autre chose.»
« Oui nous allons avoir besoin…de voleurs, dit Nale, avec un sourire de fierté professionnelle. »
« TOI tu ne vas nulle part, dit Thrall. »
« Mais… »
« Pas de mais, je ne veux pas perdre le Chef de mes Services Secrets ! »
« Seulement, chuchota-t-elle ? »
« Non, pas seulement, reconnu Thrall. »
« Nous avons une voleuse, dit Alcarlach en poussant doucement Oupss, elle est très bien. »
La gnommette rougit fortement et dit : »Oui, oui, je suis voleuse, c’est vrai ! »
« D’accord, dit Nale, mais deux ce serait mieux et vous devriez vous trouver un guerrier de confiance, enfin si vous en connaissez un. »
« Pour la voleuse, j’ai mon idée, dit Dela’na, j’en parlerai au groupe. »
Yaëlly sourit : »J’ai peut être un guerrier…Draeneï ! »
Thrall pâlit légèrement, le souvenir des atrocités des Orcs vis-à-vis des Draeneïs lui était toujours pénible.
« Il ne vous manquera qu’un Troll et tous les peuples seront représentés, observa Nale. »
« C’est sans doute que la paix concerne un peu tout le monde, dit Nuit-de-Lune en riant. »
Oui la paix concerne tout le monde sauf ceux qui la veulent détruire. Dans l’ombre, certains agissent pour conserver leur pouvoir basé sur les conflits et ceux-là profitent de la faiblesse des justes, faiblesse qui est justement inhérente à la justesse de leur cause qui leur interdit d’employer les moyens que leurs ennemis utilisent.
« C’est qui exactement ton guerrier Draenei, Yaëlly, demanda Xihiis ? »
Ils étaient tous, sauf Kéran, réunis dans une salle autour de laquelle s’ouvraient les chambres que Thrall leur avait attribuées.
« C’est Thio, tu te souviens peut-être de lui, on l’avait croisé à Darkshore, il est vraiment gentil. »
Nuit-de-Lune s’esclaffa : »Gentil pour un guerrier, c’est le comble, le regard du Druide indiquait clairement qu’il plaisantait. »
Yaëlly sourit : « Ce n’est plus le même …Euh homme quand il y a un ennemi, autrement il est vraiment très agréable et très courageux. »
« Si tu sais le contacter, pourquoi pas, dit Xihiis, mais n’était-il pas en duo avec une druide ? »
« Si, Triskélia, mais je crois qu’elle est en formation à Moonglade actuellement. »
« Pour le contacter, ce n’est pas difficile, il forge beaucoup du côté de Darkshore et je vais lui écrire de Ratchet, ça ira vite. »
Un murmure d’approbation agita le groupe.
« Et toi, Dela’na, tu parlais d’un voleur en plus, dit Oupss, ce serait pas mal la Dame Nale a raison. »
La jeune Thalassienne rougit : « Euh, en fait, j’ai peut être parlé un peu vite. »
« Tu ne connais pas de voleuse alors, demanda Alcarlach ? »
La question augmenta encore la confusion de la jeune fille.
Le paladin Nain s’approcha de son amie : »Ne t’inquiète pas dis-nous, on verra bien. »
Elle baissa (il est difficile pour une elfe de lever les yeux sur un Nain) ses yeux verts vers ceux, bleu clair, de son interlocuteur puis un léger sourire.
« Bon, je me lance : ma sœur est voleuse, elle a…mal tourné, elle devait être forestière, comme moi, mais après l’invasion, notre société était tellement en lambeaux qu’elle n’a connu aucune discipline pendant un moment, mes autres sœurs et moi –elle est la plus jeune- étions trop occupées à simplement survivre pour faire de l’éducation fouillée. Elle sait survivre à peu près partout, elle sait faire des tas de choses que je n’aurais jamais crues possibles. Mais ce n’est pas une elfe habituelle et elle est…Un peu directe dans sa manière d’agir et de parler. Parfois, elle sait être une peste, mais nous l’aimons bien mes sœurs et moi, on s’en veut un peu aussi de ne pas avoir su mieux l’aider. Par contre, comme voleuse…J’ai rarement vu mieux chez notre peuple. »
Yaëlly sourit gentiment : »Donc en gros tu trouves que c’est une bonne voleuse mais tu crains que ses manières nous déplaisent ? »
« C’est un bon résumé, oui. »
« Alors je ne sais pas pour les autres mais moi ses manières, je m’en fiche complètement, je ne suis pas certaine d’avoir les meilleures du monde, dit la démoniste, en plus si elle ne ressemble pas aux magistères, je ne voilà qu’une qualité. »
La remarque fit rire tout le monde, Dela’na la première mais elle reprit : » Je voulais dire ceci, si jamais elle faisait l’une ou l’autre réflexion blessante ne lui en veuillez pas trop. C’est une peste mais je l’aime bien. »
Yaëlly s’approcha de la chasseresse et lui passa le bras autour des épaules : »Ne t’inquiète pas, nous sommes sans doute le groupe le plus bizarre de l’histoire d’Azeroth, je suis sure que ta sœur s’y fera ! »
Dela’na eut une moue sceptique mais ne dit plus rien.
Nuit-de-Lune s’en aperçu : »Contacte-là, et qu’elle se joigne à nous si elle le veut bien, je t’assure que nous sommes assez grand pour comprendre beaucoup de chose. »
L’elfe opina et finit par sourire : »D’accord, vous l’aurez voulu, son sourire se fit malicieux, vous verrez bien après tout. »
« Kéran tu es le seul Orc du groupe, dit Thrall. »
« Oui, Seigneur, c’est un Honneur… »
« C’est plus que cela, c’est une responsabilité aussi ! «
Dans les appartements de Thrall, la lumière des torches, fantasque au vent qui entre par les fenêtres ouvertes sur le fleuve projette des ombres dansantes. Près de la table de travail du chef de guerre un énorme loup blanc somnole en levant de temps à autre un œil doré vers les deux orcs assis autour d’une table basse.
« Le décor est un curieux mélange d’orc et d’humain, se dit Kéran, il y a bien sur les quelques cadeaux personnels que Cairne et Vol’jin ont fait à leur ami, des braseros à la mode orc mais aussi une peinture représentant un navire humain entrant au port-je me demande lequel, réfléchit le Chasseur, mais Thrall poursuivit. »
« Je suis extrêmement fier de toi et des autres membres de la Horde, votre cohabitation et plus votre amitié avec des membres de l’Alliance ne doit pas être si simple, je suis heureux de vous voir ainsi. »
Kéran sourit : »Ce n’est pas si difficile, il suffit de penser que ce sont des gens avant de penser que ce sont des ennemis. »
Thrall eut un large sourire fier à l’idée de cette jeune génération d’orc qui s’ouvrait plus largment à la sagesse.
« Oui, bon, le problème vient de ce que tu vas entrer en contact avec un Draenei. Je n’ai, les Eléments m’en sont témoins, RIEN contre eux. Mais EUX ont des choses à NOUS reprocher. »
Kéran approuva : « Je connais notre histoire seigneur. »
« Oui j’imagine bien, mais rends-toi compte que vu la durée de vie des Draenei, ce…Thio doit avoir été contemporain du Massacre de son peuple par le notre, si ça se trouve il a connu Shattrath avant sa chute, il a peut être même vu mon père, Orgrim,,Blackhand, Gul’dan…Je ne sais pas ce que Vélen peut enseigner de nos jours, je pense aussi que la sagesse des Naruu imprègne ce peuple, mais…Nous avons tant à nous faire pardonner. »
Il y eut un silence.
« Je voudrais que tu sois prévenant avec ce Thio, même s’il est froid avec toi, voire même s’il est hostile, il en a presque le droit. Ce n’est peut-être que par tes actes que tu gagneras son respect et, qui sait, son amitié. Souviens-toi aussi que chez eux, même les guerriers sont instruits. »
Kéran hocha la tête.
« Je ferai de mon mieux. »
« C’est déjà beaucoup. »
Le grand Chef de Guerre de la Horde leva sa chope et invita son interlocuteur à faire de même.
« Alors, c’est arrangé, demanda Thrall ? »
« Oui seigneur, dit Alcarlach, nous avons réussi à contacter Thio et une voleuse elfe de sang, nous les retrouverons à Ratchet. »
Thrall eut l’air pensif : »Oui, Ratchet… Bien sur, tout le monde passe par là. Rien n’est moins discret, en fait, donc rien ne l’est plus. »
La jeune démoniste acquiesça : »La foule sera notre masque ! »
« Mais votre trajet ensuite, intervint Nale ? »
« A partir du moment ou nous cherchons à éviter les postes de la Horde et de l’Alliance, di Dela’na, nous allons remonter Stranglethorn. »
La compagne du chef de guerre hocha la tête : »Oui mais tout de même, c’est une zone où les accrochages sont légions et la nature elle-même semble se dresser contre le voyageur ! »
« ssssssssC’est vrai, reconnu Malecgosa, mais nous en avons disssssssscuté, déjà entre nous : ssssssi nous débarquions à Ménéthil, les essssssspions sssssssseraient vite prévenus et leurs maîtres de même. »
« Quant à débarquer au port de Stormwind, Xihiis laissa sa phrase en suspend mais tout le monde en comprit la fin. »
Thrall échangea un regard lourd avec sa compagne : »Ce sont de périlleux chemins que vous vous apprêtez à prendre, pour le bien commun. Faites attention à vous. »
Les compagnons s’entreregardèrent avec un sourire : ils en avaient bien l’intention !
Le lendemain la petite caravane sortit par la grande porte d’Orgrimmar, à une heure suffisamment matinale pour ne pas trop attirer l’attention. Mais l’expérience leur ayant appris que le secret n’est au mieux qu’un rêve et au pire un leurre dangereux ils ne firent guère d’efforts exagérés pour dissimuler leur départ.
« Et bien, fit Kéran, je pense que le mieux est de prendre au nord vers les Tarides puis de longer le fleuve en passant par les plateaux, vous êtes d’accord ? »
Nuit-de-Lune inclina la tête en signe d’acceptation et Xihiis approuva aussi.
« Tu es chez toi, ajouta Alcarlach, le mieux est certainement de t’écouter. »
L’air frais du matin se réchauffait vite au soleil brûlant de Durotar.
Soudain, prise d’une pensée, Yaëlly se tourna vers Dela’na : »Dis moi, Dela’na, comment devrons-nous appeler ta sœur ? Quel est son nom public ? »
Dela’na sourit, elle voyait en pensée le visage de sa sœur et cette pensée lui procurait un plaisir certain.
« Son nom public ? Et bien…Maintenant que tu le dis, j’imagine que c’est seulement parce qu’elle n’y a pas encore pensé qu’elle ne porte pas publiquement notre nom de Clan, elle éclata de rire, n’allez surtout pas lui dire ça ! Son nom le plus connu c’est Valneesa. »
« C’est sympathique, Ratchet, dit Nuit-de-Lune. »
« Oui, approuva Oupss, il n’y aurait pas les gens ce serait idyllique. »
Kéran et Alrik éclatèrent de rire s’attirant les regards désapprobateurs d’un groupe de Réprouvés.
« Souvenez-vous, dit l’un d’entre eux, prudence, discipline. »
Le regard que Malecgosa leur lança leur ôta toute idée de poursuivre dans cette voie.
Yaëlly s’arrêta face à la mer qu’ils dominaient encore de très haut, n’étant qu’à l’entrée de la ville, elle jeta la tête en arrière ce qui mit en valeur ses traits fins dans le soleil presque couchant : »J’adore la mer et le soleil. »
« Je sais, maîtresse, mais l’obscurité et le froid peuvent avoir leur charme, gronda Grak’kath. »
La moue de la démoniste disait clairement qu’en cette circonstance particulière elle n’était pas de cet avis.
« Allons à l’auberge, c’est un bon moyen de rencontrer du monde, dit Alrik. »
« Et de boire une bière, dit innocemment Xihiis. »
Le Nain ne se troubla pas : »Oui en effet, vous avez soif aussi ? »
« Que venez vous faire en ville, demanda une voix criarde. »
C’était un cogneur Gobelin.
« Rencontrer des amis, boire un verre et prendre le bateau. »
« Attention à ce que vous ferez, ici, pas d’affrontement, compris ? »
« Ca devrait aller, dit la Chasseresse Thalassienne. »
Le cogneur ne comprit jamais pourquoi le groupe partit d’un grand éclat de rire en marchant calmement vers l’auberge.
Pour ceux qui n’y ont jamais été, il faut voir Ratchet au moins une fois, c’est un conseil. De l’auberge, la vue est splendide sur les mers du sud d’un azur profond, scintillant au soleil brûlant, à droite (en sortant) on a la côte des marchands qui est un repaire de voleurs et de pirates, mais qui sans cela serait un endroit agréable pour une villégiature (d’après Nuit-de-Lune), elle se termine au Fort du Nord qui est un repaire de soldats humains que même leur chef, Jaina Proudmoore, trouve trop zélés.
A gauche, derrière la maison d’un démoniste la cote est plus abrupte et déchiquetée, on aperçoit au loin les falaises rougeâtres de Durotar.
Et puis il y a le ballet incessant des navires de la ligne qui mène en Stranglethorn. Curieusement ce port qui est un des plus actif du monde a toujours l’air désert. C’est sans doute la poussière et le soleil qui font fuir les gens hors des ruelles vers le poste de départ des montures volantes ou la taverne-auberge.
« Il fait toujours sale, ici, fit remarquer Oupss. »
« Ben tu sais, dit Keran, il ne pleut jamais, les saletés disparaissent donc lentement, et la pousière n’aide pas à donner une impression de propreté. »
« Oh mais ça ne me gène pas vraiment, ça fait partie de l’endroit.»
« Moi ce que je préfère ce sont ces rues désertes, sous le soleil…On dirait un western, dit Yaëlly. »
« Un quoi, demanda Dela’na ? »
La démoniste rougit : »Un western ? Ce sont des légendes de la marche de l’Ouest, on dit que certains villages de l’Ouest de la région ont été déserté et sont devenus des repaires de brigands, il sont toujours déserts en apparence mais peuplés en réalité de gens dangereux qu’on ne voit jamais. Mais je crois que c’est un conte pour faire peur aux enfants ! On raconte même que des buissons se déracinent et roulent au vent, qu’il y a des duels dans la ville et même des gens pendus aux arbres… »
« Ils sont sympa les contes pour enfants chez les humains dis-donc, dit l’Elfe en souriant. »
Kéran rit d’un rire sonore et caverneux : »Je ne te raconterai jamais ceux des orcs, alors ! »
« Pourquoi pas, répondit dignement son amie, j’adore les histoires effrayantes ! »
Ce qui redoubla le rire de l’orc.
Ils arrivaient en vue de l’auberge qui se trouve donc sur une terrasse surplombant la ville et la mer lorsqu’ils entendirent une conversation assez vive.
« S’ke tu veux exactement, demanda une voix féminine rauque et plutôt musicale ? » »
On entendit pas la réponse, sans doute chuchotée par l’interlocuteur de la voix.
« Tuer des canonniers ? Oh mais ne fais pas cette tête-là, y’a pas grand monde qui écoute. Bon tuer des canonniers. Pourquoi faire ? »
Ils entendirent vaguement « …Couler mes navires… »
« Ben oui quoi, ils font leur Taf les gars là : un canonnier ça canonne, logique. »
« …grosse gène pour mon commerce…atteinte à la souveraineté de la Horde… »
« Ouais, c’est ça je suis sure que tu t’en fous de la souveraineté de la Horde, mon gars, arrête de me coller comme ça, merci, tu vends quoi au juste ? »
« Minerai, matières précieuses… »
« Et esclaves ! Mais oui mon gars ! Je le sais très bien, je les ai vu accoster tes navires, de la marchandise qui marche et qu’on débarque de nuit, ce sont des esclaves ! »
« Oui enfin tu pourrais m’aider ! Entre Sin’dorei…»
« Ecoute comique, avec ton costume de pirate à la manque, pas très viril, je dois dire surtout avec tes yeux maquillés, tu étais où quand le Fléau a attaqué ? »
« Ici, je commerçais, tu comprends… »
« Ouais et bien tu n’es pas Sin’dorei pour moi, pas du tout, tu n’es qu’un lâche, planqué et déserteur. »
« Comment oses-tu… ?»
« Comme ça, parce que JE suis du bon coté de la dague ! Alors tes canonniers, s’ils te gênent tant que cela…Vas donc les tuer toi-même. Salis un peu tes jolies mains de…attends, je devine…Chevalier du Sang pas vrai ? »
« Et alors tu as quelque chose contre… »
« Oui, j’aime pas les gens qui prient pour tuer et qui prient un dieu auquel ils ne croient qu’à moitié. »
« Nous sommes l’honneur et la défense de notre peuple. »
« C’est ça oui bien sur en l’enfermant d’abord dans les mensonges de Rommath et Kael’Thas puis en retournant vos armures quand les choses ont changés…Ah on peut dire que vous avez eut du bol que les Naarus sont des mecs biens. Mais sans complexe, pas même un petit profil bas…Non, trop surs de vous, certains de votre bon droit et de votre supériorité... Bon écoute de toute façon je veux pas tuer tes canonniers, ils ne m’ont rien fait et ce qu’il te font. .Je m’en fous complètement. »
« Une telle grossièreté chez l’une des nôtres ça, ça, ça me… »
« Ca te laisse sans voix et il vaut mieux pour tes abattis, couillon. »
L’ensemble du groupe riait de bon cœur à l’audition de cette conversation (ils s’étaient arrêtés encore hors de vue pour ne pas en perdre une miette). Kéran qui connaissait le capitaine Elfe victime de la vindicte de la jeune fille pouffait de rire.
Seule Dela’na ne riait pas.
Mais pas du tout.
« Allons à la taverne, dit l’orc, je veux la connaître. »
Ce qui lui valu un regard appuyé d’Alcarlach et un regard mi amusé mi gêné de Dela’na.
Quand ils entrèrent dans la taverne, sur l’esplanade qui lui servait de cour, le capitaine Sin’dorei se remettait de ses émotions et Nuit-de-Lune ne put s’empêcher de jeter un regard sur les yeux affinés au khôl de Tanaris du marin Elfe de Sang qui lui rendit un regard assassin lequel laissa le Tauren de marbre. Au bar par contre était accoudée une jeune elfe de sang au cheveux brun roux, longs et peu disciplinés en tenue de cuir. Deux dagues pendaient à sa ceinture, l’une d’elle scintillant des feux d’un enchantement et quand elle se retourna pour voir les arrivants ils aperçurent deux bandoulières de coutelas de lancer. Son visage d’abord indifférent s’éclaira soudain.
« Alca...commença-t-elle mais un regard glacial comme le Berceau de l’Hiver et un geste rapide de Dela’na lui coupèrent la parole. »
« On se connaît, demanda Alcarlach en orc ? »
« Nnnnnon, c’est juste que voyant ma sœur je…J’ai voulu lui remettre mes vœux de gloire :Alcana Alore, pourquoi cette question, fit la jeune voleuse ? »
« Je me nomme Alcarlach, mais on me surnomme souvent Alca, voilà tout.
Dela’na toussa pour s’éclaircir la voix : »Et bien, voilà, je vous présente à tous ma sœur Valneesa. »
« Ce sont tes potes ça ? Ben dis donc c’est un zoo ! Non je déconne, t’inquiète. Enfin c’est original au moins il y en a pour tous les goûts. »
Dela’na poussa un léger gémissement.
« Mais qu’est-ce que j’ai encore dit ? C’est pas méchant, je suis seulement surprise. J’ai le droit d’être surprise, non ? Qu’est-ce qu’il y a comme filles… C’est marrant on se croirait au pensionnat de Silvermoon, non elles ont l’air normales, enfin presque, je connais pas grand chose aux humains et aux gnomes. »
Sa sœur réussit à profiter d’une inspiration pour interrompre le flot de paroles.
« Je peux faire les présentations ou tu continues à parler toute seule… »
« Rooooooh mais ske t’es rabat joie alors… Vas-y présente, présente… »
« Bien Alcarlach est chasseresse, Elfe de la Nuit… »
« Ah j’aurais dit gnome moi, Valneesa fit un clin d’œil à Alcarlach, évite de dire les choses évidentes, tu commences à ressembler à un magistère. »
Xihiis éclata de rire.
« Là tu vois, elle, elle est mage, pas besoin de le dire, ça se voit, mais son nom, ça je ne sais pas. »
Dela’na soupira : »Soit, c’est Xihiis, Yaëlly est juste à côté, Oupss est à gauche de Alrik qui est un Nain –tu suis,demanda-t-elle d’un air malicieux ? -Notre ami Tauren c’est Nuit-de-Lune, Kéran est à côté d’Alcarlach et Malecgosa est à côté de Xihiis. Et le serviteur de Yaëlly est Grak’kath. »
Valneesa sourit à l’ensemble du groupe et le simple fait de ce sourire lui fit perdre sa moue insolente pour lui faire prendre une expression rieuse et fort charmante.
« Et maintenant buvons un verre, dit Alrik ! »
« Je ne sais pas si tu es assez grand pour qu’on te serve à boire fit Valneesa ! »
Alrik rougit, sa barbe pointa vers l’avant.
« Hummm, je pensais l’offrir à tout le monde mais il va falloir que je fasse des exceptions semble-t-il. Son ton détaché, arracha un éclat de rire à Dela’na. »
« Je te le dis tout de suite, nous sommes peu susceptibles, donc… »
« Je peux y aller pour rigoler un peu ! »
« Ce n’est pas ça que je voulais dire ! »
Valneesa eut un sourire narquois mais ne dit plus rien, par contre elle envoya une bourrade à Alrik.
Soudain, une voix rocailleuse à l’accent épais comme les brumes du nord se fit entendre : »Yaëlly, Xihiis, mes amies, vous avez des frréquentations pitorresques. »
L’accent aurait suffit mais la silhouette qui se découpait en contre jour dans la porte était celle d’un Draenei, grand, large et porteur d’une armure impressionnante.
Xihiis sauta sur ses pieds et enserra le guerrier d’une accolade chaleureuse tandis que Yaëlly s’approchait également. Le draenei souleva la jeune magicienne du sol pour l’amener à la hauteur de son visage et l’embrassa sur les deux joues. Quand il la reposa sur le sol, la jeune fille était légèrement rougissante et avait sur le visage une curieuse expression, Thio se pencha pour saluer la démoniste puis se redressant : »Oooooh tu n’as pas avec toi la toute charrrmante Sylissia ? »
«Le marcheur du vide émit un bruit caverneux qui attira sur lui l’ensemble des regards.
« Héhé Grrrrak’kath, toujours aussi susceptible, dit le guerrier, je t’ai bien eu une fois de plus. »
Le bleu du démon devint plus intense dans ce qui lui servait de visage.
« Assieds-toi avec nous, dit Xihiis, et elle fit une place entre elle-même et Yaëlly, ça ne te dérange pas d’être avec nos amis de la Horde ? »
Le Draenei secoua la tête : »Si je ne voulais pas voirrr de Horrrdeux je serrrais rrresté à l’Exodarr et je ne serais surement pas venu à rrrRatchet, de toute façon si ce sont vos amis, il ne termina pas sa phrase et son regard bienveillant passa sur tous les membres du groupe, un air lointain apparu lorsqu’il fixa Kéran, mais ce fut tout. Les yeux clairs et lumineux du Draenei ne trahissait pas beaucoup l’émotion seule l’expression de son visage se modifia, et encore : à peine, il gardait pour l’essentiel un air sévère et profond caractéristique de sa race. Il était d’une belle couleur bleu clair et son armure de métal argenté était incrustée de gemmes bleues tandis que son épée flamboyait d’un éclat enchanté couleur de feu pâle.
« Qu’est-ce qui vous amène en ces lieux en fait, demanda le Draenei ? »
« Eh ben voilà, il a raison le poulpe, naaan t’inquiète, rien de personnel, je sais pas non plus très bien pourquoi je suis là, en fait… »
Le draenei ne regarda même pas vers Valneesa : » Il doit se fairrre tarrrrd l’école semble être finie, les enfants sont de sorrrtie. »
« Tu l’as dit Papy poulpy, ponctua Valneesa, allez quoi dites-nous ce qui nous vaut l’honneur incommensurable de nous joindre au groupe le plus farfelu que j’ai jamais vu. »
Xihiis jeta un regard à sa mère puis rapide sur tout le monde : »Je pense que nous allons profiter de ce beau temps pour acheter des boissons et aller manger sur la côte. »
Valneesa leva un sourcil ce qui, remarqua Nuit de Lune, mis en valeur une boucle d’oreille délicatement ornée de tresses d’or et d’argent.
« J’adorrre moi aussi le brrrrruit de la merrrr sur les rrrrochers, tu as rrrrraison, mon amie, dit Thio d’un air entendu… »
Déjà, en effet, l’aubergiste gobelin s’approchait, mine de rien d’eux, en tendant soigneusement ses oreilles pointues et poilues.
« Que désirez-vous messeigneurs, demanda-t-il obséquieusement ? »
« De quoi boire et manger…dans un panier s’il vous plait, lui répondit Xihiis. »
« Vous n’êtes pas bien ici ? »
« Si, si mais nous souhaitons aller au bord de la mer, cela vous pose problème, c’était Alcarlach autour des jambes de laquelle se lovait Fauvecroc ? »
« N..Non, balbutia le gobelin en fixant le lynx qui dardait su lui un regard vert intense en découvrant ses crocs impressionnants. »
Il y a moyen d’être au bord de la grande mer sur un rocher pour pouvoir parler tranquille sans trop s’éloigner de Ratchet. C’est sur ces amas de rochers majestueusement baignés d’écume que le groupe s’installa.
« Vas-y Dela’na, explique à ta sœur, je compléterai pour nous à l’égard de Thio ensuite, dit Xihiis. »
La jeune chasseresse opina.
« Donc voilà, comme je t’ai écrit il s’agit de mener une mission conjointement avec des membres de l’Alliance… »
Sa sœur la coupa : »Pourquoi et pour le compte de qui ? »
Son ton sérieux et froid était très différent de son impertinence coutumière.
Sans se troubler, Dela’na repris : »Au départ c’est sur l’initiative de Thrall seul, ensuite, nous avons bénéficié de la bénédiction de Dame Proudmoore et de Dame Whisperwind. Quant au but de la mission, c’est de conclure un vrai traité de paix entre la Horde et l’Alliance pour pouvoir mieux utiliser nos énergies qu’en nous déchirant en permanence sous l’œil amusé et ravi de nos ennemis communs. »
Valneesa lui lança un regard perçant : »Et tu as besoin de quelqu’un d’aussi insupportable que moi pour vous aider ? Tu déconnes j’imagine, tu as trouvé des feuillerèves. Qu’est-ce que je viens faire la dedans. Et d’ailleurs comment il me connaît le Grand Chef ? J’ai bien été lui dire bonjour mais comme on doit être des centaines à se présenter à lui, je ne sais pas si…Ma fidélité va plus à Sylvanas, même si j’ai un grand respect pour Thrall. »
« Non le Thrall ne te connaît pas personnellement mais sa compagne qui est une voleuse… »
« Ah et bien il a bon goût au moins… »
« Oui enfin bon elle nous a conseillé d’avoir au moins deux voleuses avec nous. »
« Et tu as pensé à moi ? Etrange… »
« Pourquoi étrange, ne put s’empêcher de demander Nuit de Lune? »
Valneesa sourit ironiquement.
« Je suis le mouton noir de la famille, chouchou, et mes sœurs ne se pardonnent pas d’avoir foiré mon éducation ! Remarque qu’elles ont tort, les gens les mieux élevés que je connaisse sont ceux qui ont leur tombe au cimetière de Silvermoon, les bonnes manières dans un monde à la dérive, tu sais… Mais bon c’est pas très Bon Chic Thalassien tout ça alors… »
« Et bien disons que j’ai pensé à toi parce que tu es plutôt douée dans ce que tu fais…Et elle ajouta en Thalassien, et parce que je t’aime bien. »
Les deux Elfes rougirent mais seule Alcarlach compris pourquoi…
« Bien, fit le Draenei, je comprrrrends mieux l’idée. Pas mal que Thrrrrall souhaite la paix, il est vrai que son pèrrrre a longtemps rrrretarrrdé la guerrrre voulue parrrr Gul’dan le trrrraîtrrrre. Comment ne pas être d’accorrrrd. Je suis des votrrrres bien surrr. Quant à savoir pourquoi vous voulez un guerrrrier…Il me semble assez inutile de l’expliquer »
« Ou pas, dit Xihiis, en fait il y a des complications et je pense que ceux qui s’engagent avec nous le fasse en toute connaissance de cause. »
Le guerrier Draenei eut un air intrigué.
« Voilà, reprit Xihiis, les dragons noirs et peut être des démonistes non alignés sont sur nos traces. Les plus dangereux sont évidemment les dragons et je voulais que vous sachiez avant de vous engager que venir avec nous c’est s’attirer leur haine.
La jeune voleuse Elfe fit la moue : »Je m’en fous complètement. Non ce n’est pas que je les néglige mais je pense sincèrement que votre mission est suffisamment importante pour prendre ce genre de risque. »
Thio hocha la tête : »La petite fille a parrrrrrrlé pour moi, et il conclut sa phrase par un clin d’œil parfaitement inattendu dans un visage si solennel mais qui donna à son expression une lumière de gaité. »
« Tu as de la chance que je n’aime pas les fruits de mer, ricana Valneesa. »
« Mangeons alors, dit Alrik avec un sourire. »
« Bon , fit Alcarlach, nous allons donc prendre le bateau jusque Booty Bay et ensuite remonter Stranglethorn, pour après…Nous verrons… »
Les compagnons discutaient de choses et d’autres, Dela’na prenait auprès de sa sœur des nouvelles de ce qui subsistait encore de leur famille et Nuit-de-Lune échangeait avec Alcarlach des vues sur le devenir des forêts. Kéran, tout en flattant son familier écoutait leur conversation en glissant de temps à autre une observation.
Malecgosa discutait avec Yaëlly des démonistes Réprouvés sous le regard intéressé de Oupss lorsque ses yeux furent attiré par un spectacle auquel elle ne s’attendait que peu. Un peu à l’écart du groupe, Xihiis, et le Jeune Guerrier Draenei étaient assis sur un rocher devisant doucement de choses forts agréables si leurs sourires trahissaient leurs pensées. La prêtresse eut un vague sourire, puis haussa discrètement les épaules.
Le vent du large soufflait très doucement une haleine tiède et parfumée et la lumière du soleil à son déclin nimbait tout de couleurs orangées et d’une chaleur plus agréable que celle du jour.
« Bien allons-y, dit Xihiis. »
L’ensemble du groupe se dirigea vers le port pour embarquer dans un voilier grinçant.
« Ah j’aimais mieux quand les gobelins laissaient des vendeurs commercer à bord, dit Yaëlly. »
Les quelques voyageurs qui prirent le navire en même temps qu’eux les regardèrent d’un air suspicieux mais aucun commentaire ne fut fait.
Le grand large fut pris rapidement. Et sous les étoiles et les deux lunes, la mer scintillait de lumière.
Alcarlach assise le dos contre le bordage chantonnait doucement comme savent si bien faire les elfes.
Valneesa s’assit à côté d’elle.
« C’est un hymne à Elune, non, demanda-t-elle à mi-voix ? »
« Oui, cela me semblait de circonstance. »
« Comme toutes les nuits, répondit malicieusement la voleuse, mais il est très beau. »
La chasseresse sourit.
« Belle réponse, cela, c’est vrai que toutes les nuits… »
La voleuse l’interrompit : »Dites-moi, qu’est qu’Alc euh Dela’na vous a dit de moi ? »
La darnassienne, inspira profondément : »En gros, que votre vie avait été compliquée –c’est un euphémisme- par la destruction de Quel’Thalas et qu’en réaction et aussi parce que vous aviez du vous en sortir seule, vous aviez pris l’habitude d’être franche, directe et autonome. On voit qu’elle vous aime beaucoup. »
« Moi aussi, je l’aime beaucoup, le regard de Valneesa se perdit dans le vague ce qui en fit ressortir la couleur verte limpide. »
« Je vous assure, je n’ai jamais vu d’yeux aussi profond que les vôtres, Dela’na, le Paladin rougit ce qui rendit son visage rude plutôt comique. »
Mais la jeune elfe le trouvait plutôt touchant : »Vous aussi, vous avez de beaux yeux, dit-elle, ils sont bleu et profonds comme un lac de montagne, elle sourit, en nous entendant parler, on va croire à un couple d’amoureux, ajouta-t-elle. »
Alrik ne vit pas le regard interrogateur de la jeune fille et ce fut grand dommage pour l’art poétique car ce qu’il ressentait pour elle aurait pu être une oeuvre majeure du patrimoine d’Azeroth.
Au bordage bâbord, Kéran les yeux perdus sur la Grande Mer pensait solitaire. Mais Nuit-de-Lune, qui discutait avec Malecgosa fit un signe discret à la Réprouvée et hocha la tête et vient se placer à la gauche de l’Orc tandis que le Tauren se plaçait à sa droite.
« Ami, cela ne va pas ? »
« Mais si qu’est-ce qui te fait croire ça ? »
« Ceci, tu es un Orc d’exception, cultivé, intelligent et tout, mais je ne crois pas que les rêveries romantiques face à la mer ne te ressemblent pas. »
Kéran verdit (expression de gène chez les orcs).
« Mais pas du tout j’aime beaucoup la mer, que je connais peu pour tout te dire et je trouve que l’infini des eaux est propice à la méditation. »
Malecgosa lui posa la main sur l’épaule.
« Je vous aime bien, ami, et je peux vous dire une chose, vous êtes comme tous les orcs, un déplorable menteur, non, elle arrêta un geste de protestation, je ne cherche pas à ssssssssurprendre votre secret qui n’est pas tout à fait un pour moi… »
Le vert de Kéran devint tellement intense qu’on aurait juré une malachite.
« Je..je ne comprends pas bien ce que vous voulez dire… »
« Mais si…N’oubliez pas que je ssssssssssuis plus âgée que vous, pas du tout de la même rasssssssce –un