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Un dimanche de 1214 un évènement capital se passe. Le roi de France, Philippe II dit Auguste vainc lors d’une bataille dans le Nord de son Royaume les troupes coalisées du Roi d’Angleterre, Jean sans Terre, de l’Empereur Romain Germanique Othon IV, Ferrand de Portugal Comte de Flandre, Henri de Brabant et Guillaume de Hollande. Grace à la bravoure de ses troupes, le Roi est vainqueur et ses ennemis défaits. La France sort grandie de l’aventure. C’est toutefois le dernier haut fait du Roi qui meurt peu après…

Où en est l’Europe dans cette première moitié du treizième siècle. La France donc aborde une période de prospérité qui permet une explosion culturelle et artistique importante. L’Angleterre sort diminuée de sa confrontation avec la France car elle se trouve amputée de son domaine continental (Anjou, Normandie, Guyenne, Aquitaine…) le roi est contraint de concéder la Magna Carta qui consacre la diminution du pouvoir royal direct. Jean sans Terre est un roi méprisé et cela se fait sentir dans le royaume dans les grands vassaux relèvent la tête. Pas trop, heureusement pour le futur roi, car son tuteur, Guillaume le Maréchal les tient sous contrôle mais il est clair que l’autorité royale sort diminuée de la confrontation. Au niveau du Saint Empire Othon doit laisser la place à un intéressant personnage : Frédéric II de Hohenstaufen. Cet empereur va être croisé, ami avec des princes musulmans héritiers de Saladin, adopter certaines coutumes arabes et être excommunié un certain nombre de fois. Il reste un grand homme qui a réussi à restaurer en Terre Sainte, mais hélas de manière transitoire, une situation de compromis établissant même un pouvoir chrétien dans Jérusalem. La papauté ne lui pardonnera pas ses affinités musulmanes, l’époque est  à l’intolérance puisque le pape fonde l’Inquisition et la confie aux Dominicains pour le pire et le pire. L'empereur, lui, s'intéresse plus à la partie méridionale de son Empire et luttera fréquemment contre le Pape. Dans nos régions, les principautés sont autonomes, soumises à l’autorité impériale. Le cas particulier de Liège qui est principauté épiscopale est intéressant, l’élection de l’évêque est une pomme de discorde de plus entre l’Eglise et l’Empereur. .. Mais a terme, les liégeois connaissent la prospérité malgré la présence d’un tribunal d’inquisition… et la menace brabançonne.


On parle parfois dans les textes de « beau treizième siècle » C’est, en effet, pour l’Europe de l’Ouest une certaine accalmie : la guerre Franco Anglaise est terminée et les protagonistes mettront un temps certain à récupérer du conflit. Par ailleurs, les données archéologiques et particulièrement pollinologiques tendent à prouver que le climat est relativement doux et favorable, il y a donc des récoltes abondantes et le spectre de la famine s’éloigne. La prospérité économique est présente également.

Les acteurs de la vie politiques sont les Princes (Rois, Empereur et Grands Féodaux), l’Eglise régulière (certains abbés ont rang de comtes et sont par conséquent de très grands seigneurs), séculière avec l’armature des évêques et cardinaux.

Un mot particulier doit être dit au sujet des ordres monastiques et religieux ces ordres sont (pour les trois plus connus) l’Ordre des Pauvres Chevaliers du Temple de Jérusalem (les Templiers), l’Ordre de Saint Jean de l’Hospital (les Hospitaliers) et l’Ordre des Chevaliers Teutoniques. La création de ces ordres procède du désir des Croisés de protéger la Terre Sainte et la route des pèlerins. Rapidement ces ordres vont prendre une importance politique capitale en Terre Sainte la raison en est simple, eux seuls au départ ont un contingent militaire permanent sur place (et obligé par vœux d’y rester) et donc eux seuls connaissent  suffisamment la région pour en comprendre les subtilités politiques. Il ne faut en effet pas oublier qu’en dehors des Seigneurs ayant trouvé fief en Terre Sainte, les Croisés sont des pèlerins qu’un vœu oblige à aller en Terre Sainte, à y combattre un temps donné mais qui, pour la plupart ne désire que rentrer au pays. Le roi de Jérusalem va procéder comme ses homologues européens et distribuer des terres pour créer une noblesse (et donc un ost) résidante mais cet apport est faible et insuffisant ce qui explique les différents prêches de Croisades des papes successifs. Les Ordres militaires religieux vont maintenir en Terre Sainte leur contingent et menés par des grands maîtres avisés ils vont fonder au travers de toute l’Europe (surtout les Templiers et les Hospitaliers mais aussi les Teutoniques) un réseau de Commanderies qui sont des exploitations agricoles et banquières drainant des ressources et  un numéraire considérable. Une commanderie Teutonique se trouvait à Liège sur l’emplacement actuel de l’Eglise Saint André dont les racines pourraient être la chapelle de la Commanderie en question et une Commanderie Templière se trouve à Villers le Temple, village dans l’église duquel on peut voir des dalles funéraires templières (ne pas s’imaginer qu’il s’agit de tombes, ces dalles ont été déplacées) Ce qui pourrait paraître aujourd’hui choquant (ressources nationales partant pour l’étranger) est au XIII° plutôt bien vécu par le peuple qui est très investi de l’idéal de croisade, pour les seigneurs et les rois il peut en aller autrement, les Templiers, on le sait en feront la triste expérience. Mais à cette époque, les Ordres Militaires malgré leurs revers sont des entités respectées et puissantes.

D’autres acteurs apparaissent progressivement : les villes et les bourgeois, de plus en plus de villes obtiennent des Princes des Chartes qui leurs donnent des droits considérables.

La politique générale de l’Europe est influencée on l’a vu par l’esprit de Croisade, pas seulement en Terre Sainte mais aussi dans les Pays Baltes, et…en Albigeois, les hérétiques que l’on nommera plus tard Cathares sont légions et le roi de France qui succède à Philippe Auguste, Louis VIII entreprend une répression majeure, il est aidé en cela par de grand seigneurs de son royaume mais aussi étrangers, on y verra même un comte de Limbourg… Périodiquement des contingents plus ou moins organisés partent pour la Terre Sainte.

Pour parler chronologiquement, la quatrième Croisade (1202 1205) est la première qui intéresse notre période. Où en est-on ? La Terre Sainte Chrétienne existe toujours mais elle est réduite, Jérusalem est perdue et les Croisés maintenus dans ce qui peut ressembler à des réduits, fort heureusement ces réduits offrent un accès à la mer.

Mais le Pape Innocent III prêche la Croisade et cela fonctionne : une grande troupe se masse en Italie du Nord…Mais voilà, les fonds manquent pour poursuivre le voyage et les Marchands Vénitiens accordent leur aide…En échange d’un service : la prise de Constantinople. A suite de cette histoire se trouve sur la page croisade mais l’évènement capital est là : en ce début du XIII° siècle, les marchands sont parvenus à détourner l’idéal de Croisade à leur profit.