Quelques remarques concernant les images anciennes.
Pour réaliser des vêtements médiévaux, il y a plusieurs possibilités, la première et la plus connue est sans doute de plonger dans l’encyclopédie médiévale de Viollet-Le- Duc.
Viollet qui était architecte dessinait très bien et a un grand mérite, quand il dessine quelque chose, le dessin est précis. Mais que dessine-t-il?
Il est patent aujourd’hui que Viollet a inventé des choses quand il ne les savait pas. Il a déduit des choses de certaines sources d’une manière que nous trouvons aujourd’hui critiquable. EN fait quand la source dont Viollet a fait le dessin est identifiée, le dessin est fiable mais pas toujours la datation car la datations des artéfacts a fait de grands progrès. Viollet est un livre pour évocateur averti capable de faire le tri mais pour d’étranges raisons, il est le livre de chevet des débutants (qui feraient sans doute mieux de lire Osprey ou de regarder les enluminures).
Car en effet, si on est plus ambitieux, on peut se centrer sur l’étude d’une image ou d’une sculpture médiévale pour, par l’observation, comprendre les vêtements portés. Le mieux étant encore de se baser sur plusieurs illustrations du même objet. On doit toutefois réfléchir en matière de datation.
En effet, prenons par exemple les œuvres de Jean Fouquet. Il représente souvent ses commanditaires, il y a peu de chance qu’un riche personnage du moyen âge se soit fait représenter dans ses vêtements « de tous les jours », la représentation est sans doute celle d’un quelconque costume d’apparat ou de cérémonie. Or que voyons-nous de nos jours comme alors : les cérémonies se font le plus généralement en des tenues fort éloignées de ce que portent les gens tous les jours (exemple, un mariage), souvent, même, le costume est « rétro » (toujours le mariage : costume 3 pièces pour le marié et crinoline pour la mariée). Donc, prudence dans la datation des costumes des personnages représentés. De surcroît, quand un peintre médiéval veut représenter une scène ancienne, il a tendance à peindre le costume habituel d’une génération en deça. Enfin, parallèle avec notre époque, je doute que tout le monde ai suivi la pointe de la mode (hormis les grands seigneurs), de plus, il y avait surement des gens « ringards » et « branchés » comme de nos jours. Donc, en pratique, si le costume est antérieur à l’époque représentée (bon, pas style cinquième siècle pour le quatorzième) il faut, je pense, se montrer tolérant. En acceptant une incertitude de 25 ans pour le treizième siècle on peut, je pense se trouver dans « le bon ». Il faut savoir aussi que nombre d’historiens pensent qu’un objet représenté « pour la première fois » existe sans doute depuis au moins 15 à 25 ans. Il faut donc être très prudent avant de jeter aux orties le travail d’autrui.
Une méfiance immense doit aussi être accordée aux œuvres allégoriques. Une bible ou un évangéliaire n’est pas destiné à la base à nous servir de base de travail. Ils représentent des personnages plus ou moins mythiques dans des atours qui ne sont pas les leurs. (Jamais sans doute Saul n’a porté de haubert…). L’artiste peut avoir délibérément orientalisé son dessin, ou vieilli (voir ci-dessus), pire, le commanditaire peut avoir influencé par ses goûts les réalisations artistiques : Saint Louis, on le sait, n’aimait guère sur le tard les ornementations vestimentaires et des manuscrits commandés par lui montrent des personnages vêtus de manière très dépouillée…Est-ce toutefois la réalité alors que d’autres manuscrits nous montrent le contraire ? Peut-être pas ou peut-être ne l’est-ce que pour Paris et sa région, ou peut- être le Saint Roi était-il tellement charismatique qu’il créa la tendance…Difficile de le dire…
Il faut donc absolument comprendre l’intérêt de croiser les sources (c'est-à-dire prendre plusieurs sources différentes et non plusieurs enluminures du même manuscrit) et de réfléchir aussi. La réflexion est capitale, sinon on risque de fabriquer un objet parfaitement inutilisable. Certains disent qu’on ne doit reconstituer que ce qui est visible sur les sources...C’est sans doute vrai, mais que faire quand un usage n’est pas illustré? (j’ai souvenir d’une savoureuse discussion concernant le papier WC qui n’a jamais été représenté ni retrouvé en fouilles). Parfois aussi, on possède d’un objet des traces indirectes: usage d’arcs courts en Germanie: il faut regarder les archères et essayer de s’imaginer y utiliser un arc long pour comprendre que c’est impossible et que par conséquent il dut y avoir des arcs courts. Même remarque pour les chaussures, au treizième on constate que sur les enluminures, les personnes nobles portent des chaussures basses. C’est bien. Mais qu’en est-il du noble en voyage, à la chasse...N’avait il pas des botillons? Oui? Non? Peut être? Je ne pense pas que dans ce genre de chose la réponse doive être absolue mais par contre il est presque certain qu’un noble ne portera pas une tenue d’apparât avec des bottines.En tout cas il existe des bottes d'abbés (et les abbés ont souvent rang de comtes) donc rien n'est vraiment sur dans ce genre de domaine.
Une grande modestie (qui fait défaut à bien des évocateurs –ce sont surtout ceux qui disent reconstiteurs “ à l’identique”) est de rigueur : on ne connait jamais toutes les sources, ce n’est pas parce qu’on ne connait pas quelque chose que cette chose n’existe pas. Et avant de se gausser d’autrui, lui demander sa source, et le faire gentiment (encore quelque chose de rare) pour lancer une discussion instructive pour tous est tout de même plus correct.
Notre démarche est plutôt de coller à la norme et non à l’exception mais quelqu’un qui prendrait une enluminure et s’attacherait à reproduire le personnage représenté serait, c’est l’évidence, une exception mais il serait à coup sur historique. Le but est seulement différent sur le plan « pédagogique », il faut faire comprendre aux gens que le personnage est une possibilité de vérité et non LA vérité. Car en suivant certaine personnes convaincues de bien faire et de savoir, on se retrouve avec un nombre incalculable de clones de la même armure, du même casque comme si ceux-ci avaient été produits à la chaine. Il est évident que c’est incorrect sur le plan historique: l’individualisme est partie de la nature humaine et on imagine mal le commanditaire d’un objet de prix comme une armure ne pas demander à l’artisan d’y mettre sa touche personnelle... Il existe un style général à reproduire mais le détail...C’est la place de l’artisan et de la personne tout court.
En conclusion interprêter les images, les sculptures et reproduire les artéfacts, c’est bien mais il n’est pas sur que ce soit le garant de l’historicité absolue...Qui n’existe pas.